C’est le sens de la remarque, agacée, de Jean-Luc Mélenchon adressée à Marine Le Pen, lors du débat de mardi soir. A-t-il raison ?

Le pape Francçois rencontre François Hollande, Président de la République Française le 24 mars 2017
Le pape Francçois rencontre François Hollande, Président de la République Française le 24 mars 2017 © Maxppp / Osservatore Romano/EIDON

Les religions ont-elles trop pesé sur la campagne ?

Oui et non. Les polémiques autour de la religion ont pu polluer la campagne par certains aspects, depuis quelques mois. Ce que l’Observatoire de la laïcité, qui a publié mardi son rapport annuel 2016/2017, appelle assez justement le « culte de l'immédiateté » et du "clash" dans, dit-il, un contexte de « sensibilité toujours très forte » autour du fait religieux en période pré-électorale.

Il y a eu effectivement des instrumentalisation de la religion, à partir de polémiques : installation de crèches de Noël dans des lieux où elles n’avaient jamais été installées au nom d’un patrimoine « religieux et culturel », refus de repas sans viande dans les cantines scolaires, ou autres polémiques autour du burkini qui enflamme les réseaux sociaux à partir d’un ou deux exemples. Il y a une manière d’instrumentaliser la religion pour faire peur, relancer les polémiques, etc.

Ceci dit, il faut noter que cela ne vient pas des religions elles-mêmes.

Les religions, en France, ne sont-elles pas, elles aussi, trop intervenues dans le débat politique ?

Oui, elles sont intervenues, et sans doute plus que lors de précédentes élections. Trop ? C’est un jugement de valeurs que chacun a la liberté de faire ou ne pas faire. Si on estime, pour reprendre les chiffres donnés par Jean-Luc Mélenchon, que cela concerne 40% des Français qui affirment croire en Dieu, après tout, on voit bien divers mouvements de pensée et d’opinion, qui sont moins importants pour les gens, prendre position et interpeller les candidats, alors pourquoi pas les institutions religieuses, à partir du moment où elles restent dans le respect du pluralisme ? Ainsi, la Fédération protestantes de France a reçu l’ensemble des « grands » candidats (cette semaine, c’était François Fillon) ; l’Église catholique a aussi vu, de manière plus discrète, tous les candidats ; le CRIFJ a reçu chaque candidat. Les musulmans ont envoyé une lettre à tous.

Prennent-ils position pour tel ou tel candidat ?

Aucune ne dit pour qui voter, ni à l’inverse pour qui ne pas voter. Le problème a pu se poser, il y a quelques années, à propos du Front national, mais désormais il fait partie du paysage, et il y a sans doute des électeurs de toute religion qui votent pour lui. Les institutions religieuses ne peuvent donc plus se permettre de désigner tel ou tel candidat.

Les religions chrétiennes, les catholiques et protestants dans notre pays, ont une longue habitude d’intervention dans la vie publique, au nom de ce qu’elles estiment être le bien commun de l’homme. Elles vont donc parler, non seulement pour elles-mêmes et les nécessités des communautés qu’elles représentent, mais au nom d’une certaine idée de l’homme.

Ceux qui l’ont fait sans doute avec le plus de vigueur pour cette campagne sont les protestants. La fédération protestante de France a pris la parole cette semaine pour dire son inquiétude devant la colère et la frustration des Français, reprochant aux candidats d’oublier l’éthique. Surtout, elle critique très vigoureusement toute « crispation identitaire », se prononce pour une société solidaire, « ouverte à la diversité ».

En mars, le président de la Conférence épiscopale de France, Mgr Pontier, a fait un long discours contre le « repli sur soi » et le « dangereux regard de méfiance » porté sur les musulmans. Une manière de s’opposer au Front National sans jamais mentionner le nom du parti de Marine Le Pen.

Car les évêques, tout comme les catholiques d’ailleurs, sont divisés. Et certains refusent de condamner le Front national. Enfin, on a vu des responsables locaux, que ce soit des évêques, prêtres, ou côté protestants des pasteurs, prendre des positions plus tranchées, pour tel ou tel candidat. Mais ils le font à titre personnel, comme Georgina Dufoix, ancienne ministre sociale, mais convertie au protestantisme évangélique, qui a créé un groupe de prière pour prier pour François Fillon.

Et l’islam ?

C'est là que les positions sont les plus nouvelles. Collectivement, le CFCM (mais dont la représentativité est assez critiquée au sein des musulmans, notamment d’Algérie), a publié un texte assez large et plutôt consensuel, qui invite les hommes politiques à ne pas faire d’amalgame entre islam et terrorisme, et aussi à respecter la laïcité telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, notamment pour le port du voile.

C’est une forme de normalisation, si on se souvient des réactions extrêmement virulentes qu’il y avait eu, au sein de la communauté musulmane, en 2007, contre certains propos de Nicolas Sarkozy autour de ces musulmans qui égorgeaient des moutons dans leur baignoire. De ce point de vue, le débat s’est apaisé. C’est la première fois que le CFCM rend ainsi publique une lettre aux candidats, qu’ils vont essayer de rencontrer.

En revanche, on peut noter que contrairement aux protestants et catholiques, leurs propos restent assez strictement limités aux problèmes de la communauté musulmane elle-même : islamophobie, port du voile, etc. On peut dire que, à certaines exceptions près, il n’y a pas encore en France un « islam social », c’est à dire une réflexion indépendante du pouvoir politique, qui leur permettrait de parler pour l’ensemble de la société, à partir de leur foi. Ce qui est assez logique, car l’islam n’a pas encore cette tradition d’être en dialogue avec le politique : l’islam s’est surtout développé dans des pays où l’État est lui-même islamique, et où il n’y a pas de distinction entre le politique et la religion. D’une certaine manière, les musulmans n’arrivent pas encore complètement à avoir et à énoncer une pensée « laïque », c’est à dire autonome, sur la société.

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