Pourquoi le védisme ressent-il le besoin de se faire reconnaître en France, et plus largement en Europe ?

Sadhu  (saint indien) assis dans le temple.
Sadhu (saint indien) assis dans le temple. © Getty / Bartosz Hadyniak

Lancée officiellement en octobre 2015, la Fédération Védique de France, qui regroupe huit associations de tradition hindoue, vient de tenir, à grand renfort de publicité, le jeudi 2 mars une cérémonie inaugurale au siège de l’Unesco, avec le soutien de l’ambassadrice de l’Inde.Pourquoi ce besoin de reconnaissance ?

Comme souvent avec la religion, les intérêts sont mêlés : il y a à la fois la volonté de la part des hindous en France de mieux faire connaître l’une des grandes traditions religieuses de la planète, mais aussi, sans aucun doute, l’objectif de conforter une certaine vision de l’Inde et de l’Hindouisme, telle qu’elle est véhiculée aujourd’hui par le parti nationaliste au pouvoir en Inde et son premier ministre Narendra Modi. L’ambassadrice de l’Inde s’est en effet beaucoup mobilisée dans cet événement, à dimension religieuse, culturelle et politique.

Mais que signifie le védisme ?

C’est la base de l’hindouisme. Les Védas, ce sont des manuscrits très anciens. Les hindous aiment à dire que ce sont les plus vieux écrits au monde, en tous les cas, une série de manuscrits écrits en sanscrit, il y a plusieurs milliers d’années, et qui touchent à un nombre invraisemblable de domaines : musique, médecines, cuisines, prières, beaucoup de grammaire, etc… Ces Védas sont le socle qui permet d’organiser le culte pour les prêtres, les Brahmanes.

C’est une sorte de Bible ?

Il est vrai que les musulmans, lorsqu’ils ont envahi l’Inde au XVIe siècle, avec l’empire Moghol, ont considéré, à partir de ces Védas, que l’hindouisme faisait partie des religions du livre, au même titre que les juifs ou les chrétiens, et donc respectaient cette religion. Les mariages mixtes, par exemple, étaient possibles, entre musulmans et hindous. Mais en réalité, c’est beaucoup plus qu’un seul livre religieux, puisqu’il y a toute une partie qui relève de la culture, comme des traités de musique, juridique, un Code pénal, et aussi rituelle, très importante. Et toute l’organisation sociale, et notamment le fameux système des castes, et des sous castes, est décrite là.

À quoi cela sert-il aujourd’hui ?

C’est là que les brahmanes puisent leur science, et leur pouvoir. Car eux seuls y ont accès, eux seuls étudient, sachant que c’est la caste la plus haute (3% de la population). Leur capacité de Brahmane se juge à leur facilité à réciter des pans entiers des Védas, en sanscrits, à les interpréter (il y a des écoles hindoues différentes) et à les transmettre. Le brahmane est le savant, dont la fonction est d’apprendre les Védas, de les travailler. Il maîtrise le sanscrit. Les rites sont ainsi extrêmement fastidieux, car le brahmane doit respecter à la virgule ce qui est écrit et prévu dans les Véda. Une faute dans le rituel annule l’effet d’un sacrifice. D’où cette fascination du monde entier pour les Védas, la richesse de cette langue, sa précision, son ancienneté. Le brahmane pense que la connaissance de la grammaire sanscrite, telle qu’elle est exposée dans les Védas, permet au monde de tenir.

Pourquoi l’Inde fait-il cette promotion à l’extérieur ?

C’est une fierté, légitime car il s’agit d’un patrimoine extrêmement riche. Mais aussi un acte d’orgueil national. Promouvoir la culture védique renforce le pouvoir de cette caste en Inde, en se servant du sentiment nationaliste. Car cela permet de mettre en valeur l’ancienneté de ce pays, de sa culture, sa supériorité, et surtout le caractère immuable de son organisation en caste, qu’il ne faut surtout pas remettre en question. Beaucoup de brahmanes sont proches de l’organisation hindouiste patriotique RSS, et participent au « Ghar Wapsi » (Retour à la maison, pour les confessions non hindoues), un mouvement souvent violent de conversion à l’hindouisme, favorisé par le premier ministre Narendra Modi.

Tous les Brahmanes continuent-ils aujourd’hui d’apprendre les Védas ?

Non, et on peut même dire que cette fonction travers une crise des vocations, un peu comme pour les prêtres dans la religion catholique. Car pour les jeunes, c’est extrêmement fastidieux de suivre cette vie : il est interdit de boire de l’alcool, il faut respecter un régime extrêmement strict, des purifications nombreuses, une vie de prière, se marier dans sa caste, etc… On est Brahmane de père en fils, mais aussi de gourous en élève, sans que gourous ait ici un sens négatif. On a aujourd’hui des brahmanes qui ne respectent que d ‘assez loin tout cela. Et des jeunes qui refusent de rentrer dans cette fonction.

Même s’il existe en Inde une tradition de piété populaire (Bhakti), qui ne passe pas par les Brahmanes pour prier, on a besoin d’eux pour toutes les cérémonies. Mariage, funérailles… Il y a aussi des brahmanes européens, qui vont se former en Inde, et pour lesquels on a créé un statut spécial. Mais ils sont rares. En France, il y a beaucoup moins d’hindous qu’en Grande Bretagne, ou au Canada. Il y a des brahmanes hindous, avec quelques temples très vivants, par exemple dans le 18e, à Paris.

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