Y a-t-il une opposition au pape François dans l’Église ?

Sans aucun doute. Et cette opposition se manifeste effectivement de manière très violente. Début février, les rues de Rome, sous les fenêtres du pape pratiquement, se sont couvertes d’affiches très critiques pour le pape, où on le voit avec une mine renfrognée, l’accusant de dérive autoritaire.

Il y a une semaine, c’est un faux numéro de l’Osservatore Romano, le très sérieux journal officiel du pape, qu’un certain nombre de prélats ont reçu dans leur boîte mail, et rempli d’affirmations fausses du pape. Le 25 janvier, le pape a demandé la tête du Grand maître de l’ordre de Malte, (frère Fra Matthew Festing), un acte d’autorité jamais vu.

Et en décembre, une sorte de pétition signée par quelques cardinaux, demandait au pape de revenir sur certains points de doctrine, en lui disant qu’il était dans l’erreur.

En théorie, un catholique ne s’oppose pas au pape, car c’est lui qui doit garantir l’unité de l’Église et de ses 1,2 milliard de fidèles. En pratique, ce n’est pas la première fois qu’un pape rencontre des oppositions, (cf l’affaire Vatileaks avec Benoît XVI), mais jusqu’ici les oppositions étaient feutrées, jamais on n’aurait remis en cause publiquement l’autorité du pape.

Que reproche-t-on à ce pape ?

Les critiques se cristallisent d’abord sur e plan financier. C’est là que tout a commencé, tout comme pour Benoît XVI. Le pape François continue le travail de son prédécesseur, et de manière plus efficace, pour l’IOR, où des prélats naïfs ou bien indélicats, utilisaient des comptes pour blanchir de l’argent. Le pape a fermé des centaines de comptes, il a édicté des règles précises pour l’ouverture de comptes, il a créé un comité antirecyclage, un secrétariat indépendant pour l’économie, et refusé ce que préconisaient des membres de la Curie, de passer une partie du patrimoine en placement défiscalisé au Luxembourg.

Le clash avec l’Ordre de Malte s’est joué là-dessus : puissante et riche organisation fondée en 1048, qui a obtenu le statut d’extraterritorialité à Rome, elle compte 13.500 membres, 100.000 volontaires et 25.000 professionnels de la santé, dans le monde entier, au secours des populations, (urgence, hôpitaux, etc). Une organisation complexe et hiérarchisée, en fonction du degré d’engagement de ses membres, (qui désormais ne doivent plus être nobles). Or le grand maître s’en est pris à son chancelier, prétextant une distribution de préservatifs qu’il aurait couverte. En réalité, il était le frère de l’un des proches du pape, chargé justement de faire le clair dans les finances du Vatican. C’est pourquoi le pape a pris l’offensive très au sérieux, ne voulait pas voir une telle puissance tomber dans une opposition frontale à son pouvoir, et a très vite réagi.

Mais ce n’est donc qu’une histoire de gros sous ?

Non, même si cela est important. Il y a aussi des oppositions de fond.

Tout d’abord, les opposants reprochent au pape de relativiser la famille stable, le mariage, etc. Car le pape dans un document a donné la possibilité aux couples divorcés remariés, et plus largement à tous ceux qui ne sont pas en règle avec l’Église, de retrouver la possibilité de réintégrer la communion, à condition qu’il y ait une démarche sincère. Revendication demandée à la base qui souhaite que l’Église tienne mieux compte de la diversité extrême des situations familiales. Mais insupportable aux yeux de ceux qui estiment qu’on va finir par brader le mariage.

Autre opposition de fond, l’économie : le pape a un discours très critique sur l’économie libérale, il met en cause la théorie du « ruissellement » très en cours aux États-Unis, il s’attaque de front au capitalisme et dénonce une économie qui tue. Là encore, cela ne plaît absolument pas à certains responsables de l’Église, qui l’accusent de déviance marxiste.

Mais d’où viennent ces oppositions ?

De l’intérieur de la Curie, par des responsables qui voient leur rôle diminuer. Et assez nettement des franges les plus conservatrices des États-Unis, qui vivent très mal ce discours anti capitaliste. La fronde est menée par certains cardinaux américains, qui semblent avoir le soutien de l’administration Trump, ce qui expliquerait que la fronde se soit manifestée après l’élection de Trump à la Maison-Blanche. Stephan Bannon, conseiller stratégique de Trump, et catholique très conservateur, entretient des relations étroites avec cette opposition, et critique ce pape qui va à l’encontre des intérêts climato sceptiques. Cette opposition interne a les faveurs de certains dirigeants d’Europe de l’Est, notamment Orban, et aussi de Marion Maréchal Le Pen qui se dit catholique, mais, dans un entretien à La Croix, a clairement pris ses distances avec le pape.

Ces opposants peuvent-ils l’emporter ?

Non, même si la charge est rude. Le pape a nommé des cardinaux qui lui sont plus favorables aux États-Unis, et qui prennent vigoureusement parti contre les mesures de Trump anti migrants. Surtout, l’opposition, très structurée, est minoritaire : rarement un pape a été aussi populaire, dans l’Église et à l’extérieur de l’Église. Le plus inquiétant finalement, c’est une attitude plus répandue que l’opposition frontale, une sorte d’attentisme, dans la Curie, des prélats qui ne disent rien ouvertement, regardent les coups passer, et attendent en espérant que, avec le prochain pape, les choses se remettront dans l’ordre…

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