Un projet de « charte et statuts des imams » a été présenté à Strasbourg, jeudi, qui propose un code de déontologie.

C’est la première fois que l’on propose concrètement un Code de déontologie à respecter par ces ministres du culte. Il a été rédigé dans le cadre de l’instance régionale de dialogue avec l’islam de la Région Grand Est.

Un imam, c’est comme un prêtre, ou un pasteur ?

Non, pas vraiment. Le prêtre tient un rôle central dans la religion catholique, à la fois pour le culte, mais aussi dans l’organisation et la hiérarchie de l’Église. Le rôle de l’imam est plus proche de celui du pasteur, chez les protestants, ou du rabbin chez les juifs, qui n’ont pas ce poids dans les institutions religieuses. Avec des nuances : si dans le Sunnisme, le rôle de l’imam n’est pas fixé, souvent confiné à la mosquée, au contraire, dans le chiisme, il s’inscrit dans une organisation, a un rôle de conseil spirituel et de famille. Mais surtout, cela varie en réalité énormément d’un pays à l’autre, et même d’une mosquée à l’autre. L’imam est parfois juste celui qui mène la prière, celui qui fait le prêche du vendredi. Parfois, il est aussi enseignant, voire conseiller d’une communauté. Dans certains pays, il est très reconnu, avec un statut de fonctionnaire, financé par l’État, comme en Turquie. En revanche, au Maroc, les imams sont rémunérés uniquement pour les plus grandes mosquées : dans ce pays, 1 500 touchent un salaire de l’État, alors qu’on compte plus de 70 000 mosquées.

Et en France, qui sont les imams ?

En France, on compte environ 2 200 à 2 500 imams. La grande moitié est totalement bénévole, les autres reçoivent un défraiement de leur communauté, plus ou moins important.

Leur situation est très fragile : aucune garantie en termes d’emploi, de formation, de statut. Ils peuvent parfois être renvoyés par l’association qui les emploie : on a vu ce phénomène se multiplier, avec la radicalisation de parties de communauté sous l’influence de meneurs, et des imams jugés trop consensuels, remplacés par des salafistes directement venus des pays du Golfe. En France, n’importe qui peut être imam. Il n’y a aucun contrôle. Cela peut ouvrir la porte à des excès, des personnalités radicalisées, ou bien peu recommandables.

Dans les autres religions, il existe un statut. Pour les prêtres, c’est le droit canon, qui impose un niveau de diplôme, un mode de recrutement de nomination et des sanctions. Pour les pasteurs, c’est dans la Constitution de l’Église protestante unie ; pour les rabbins, dans le règlement du consistoire (1972).

La charte signée à Strasbourg peut-elle combler ce vide ?

C’est une première étape, et ce n’est encore qu’un projet. Il y a un an, après les attentats du 13 novembre, le CFCM avait annoncé la mise en place prochaine d’une « certification » des imams, mais pour l’instant, au niveau national, rien n’est sorti. Cette charte est la première tentative pour formaliser, et elle ne sera valable que pour les imams de l’Alsace-Moselle. Attention, pas question pour autant de payer ces imams : il est vrai que dans cette région, les prêtres, pasteurs, rabbin sont payés par l’État. Mais le Conseil constitutionnel considère cela comme une exception au droit commun de la laïcité, qui s’explique par l’histoire, et il refuse que cette exception soit étendue à d’autres confessions. Mais du fait du régime concordataire, il y a sans doute dans cette région une intégration plus grande de l’islam dans la société, un soutien des mairies, qui peuvent financer les mosquées, etc. Un climat plus consensuel, qui peut expliquer la rédaction de cette charte.

La charte propose deux choses très importantes :

Un code de déontologie pour les imams, où par exemple, ils s’engagent à s’abstenir de toute forme d’endoctrinement, ne pas faire des sermons contraires aux valeurs de la République et à la Constitution, à encourager un « vivre ensemble » dans la société française…

– Des modalités de recrutement précisées : la charte confie au CFCM le pouvoir exclusif de délivrer le titre d’imam, et prévoit des conditions pour ce recrutement : carte de séjour, diplôme rédigé en français, casier judiciaire vide… Et aussi des sanctions possibles, placées sous le contrôle du CFCM, avec un appel possible.

Mais cette initiative est limitée à l’Alsace ?

Oui, on est encore loin du rêve caressé par le gouvernement français d’avoir un statut précis pour les imams de France. Mais c’est un premier pas intéressant, d’autant plus que cela a été fait de manière concertée avec le CFCM au plan national. Donc c’est sans doute l’ébauche pour la rédaction d’un futur statut par le CFCM, valable pour toute la France. Mais un tel statut se heurte déjà aux divisions à l’intérieur du monde musulman de France, qui est pluriel : même s’il y a un jour un statut, il est certain que des organisations ne rentreront pas dedans. De plus, il gêne les pays étrangers, qui souhaitent conserver leur droit de regard sur les musulmans de France. Il y a en France aujourd’hui 150 imams financés et envoyés par la Turquie, 150 par l’Algérie, et 30 par le Maroc. Tous sont contrôlés par ces pays ! Et enfin, cette charte ne règle pas le problème de la formation des imams, qui reste embryonnaire en France, faute de moyens, et de possibilité pour les universités publiques d’en dispenser. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de l’État français, qui réclame à cor et à cri un statut des imams en France, mais dont le président de la République a signé, cet été, une convention avec le Maroc, pour financer une formation les imams aillent se former là-bas !

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