L’association Zen internationale a fêté le week-end dernier les 50 ans de l’arrivée du bouddhisme Zen en France.

L’occasion de revenir sur cette pratique religieuse qui rencontre un vrai engouement sur notre territoire.

Mais d’abord, c’est quoi le Zen ?

Difficile, pour nos esprits occidentaux, d’entrer dans une définition, surtout en quelques minutes. À cette question, voilà ce que répondait un maître Zen à son disciple : ce peut-être « trois livres de lin », « une nouille qui pourrit », un « vase puant », ou n’importe quoi d’autres…

Mais en termes plus rationnels, Le Zen est l’une des grandes branches du bouddhisme, (Tibétain, Theravada…). Il s’inspire évidemment des enseignements du Bouddha, mais est apparu sous cette forme-là à partir du VIe siècle, en Chine, le « Chan » (« Zen » en japonais). Il se pose alors en antidote, à la fois du confucianisme, et d’un bouddhisme engoncé dans des institutions et une pratique très complexe.

Le Zen insiste sur l’expérience : la seule voie pour parvenir à l’éveil est la méditation, le Za zen, et non l’acquisition du savoir. L’idée est que le Bouddha, à travers la posture assise, est parvenu à expérimenter cette union entre le corps et l’esprit, qui permet de savoir l’origine de la souffrance, qui est l’insatisfaction, et de s’en libérer. Car, vous le savez bien, nous souffrons d’être éternellement insatisfaits

C’est une sorte de relaxation ?

Non, les adeptes du ZaZen vous expliquent même que c’est extrêmement exigeant et précis: il s’agit d’un enseignement de recommandations, qui permet de déterminer notre attitude par rapport aux pensées, aux émotions. Cela demande au contraire une grande rigueur, une discipline avec un effort à faire. « S‘il suffisait de s’asseoir les jambes repliées pour connaître l’éveil, toutes les grenouilles depuis le fond des âges seraient Bouddha » dit-on…

Permet de parvenir aux grands préceptes du bouddhisme (compassion, sagesse,…) comme fruit de cette méditation. Encore une fois, l’important est d’expérimenter : il n’y a pas de livre, la parole est loin d’être nécessaire. C’est, très schématiquement, une manière de percevoir le présent, l’immédiat, et d’être dans ce présent. Avec une attention donnée à chaque acte du quotidien.

Peut-on dire que le Zen est une religion, qu’il y a un au-delà ?

Oui, à condition effectivement de ne pas la comprendre avec nos lunettes judéo chrétiennes. Il n’y a pas une promesse de Salut dans le futur. S’il y a un absolu, il est présent ici et maintenant. C’est dans cette vie que nous pouvons progresser. Mais encore faut-il savoir voir cet absolu dans le concret. Car nous sommes conditionnés par notre manière de percevoir le monde, de ne voir que le visible, et de séparer ce qui est absolu de ce visible : il ne faut pas regarder le monde ordinaire comme étant seulement ordinaire.

Est-ce que l’on peut être chrétien et pratiquer le Zen, musulman et Zen, juif et Zen ?

Oui, jusqu’à un certain point. Beaucoup de chrétiens, par exemple, pratiquent le Zen comme technique de méditation. Celui qui a été le plus loin, c’est un jésuite allemand, le P.Hugo Lassale, qui vivait au Japon, à Hiroshima, et fut, le 6 août 1945, blessé lorsque la bombe atomique est lancée sur la ville. Lassalle revient au Japon, très marqué par cette expérience et dans une volonté de favoriser la paix et la connaissance entre les peuples, il va lui-même pousser très loin son initiation au bouddhisme Zen et va le propager dans les milieux chrétiens.

Aujourd’hui des monastères chrétiens où l’on pratique le Zen, et même des rencontres intermonastiques, permettant des partages d’expérience entre moines bouddhistes et moines chrétiens.

Mais les spécialistes du bouddhisme Zen mettent en garde sur les différences: les religions abrahamiques sont fondées sur l’existence de l’âme, qui fait le permanent et le singulier de chacun. Dans l’enseignement du Bouddha, comme tout est impermanence, il n’y a pas de véritable soi, pas de singularité, cette construction de notre individualité est illusoire. Il n’y a pas de moi indépendant, stable, durable.

Et en France, le Zazen, cela marche ?

Le ZaZen connaît une forte expansion. Historiquement, c’est en France que l’on a fait les premières études occidentales sérieuses sur le sujet, notamment avec la publication, en 1844, par Eugène Burnouf, d’une très complète « introduction à l’histoire du bouddhisme ». C’est à lui que l’on doit sans doute une forme d’excellence française dans la recherche sur le bouddhisme en Europe.

Mais comme pratique, le Zen n’est vraiment arrivé sur notre sol qu’il y a 50 ans, du moins dans sa forme la plus connue, celle du Zen Soto. C’est un maître japonais, doté d’un grand charisme, Taisen Deshimaru, qui est venu s’installer en France pour convertir. Il a ouvert en 1979 le temple de la Gendronnière à Valaire (Loir-et-Cher), qui reste le plus grand temple Zen en Europe.

A partir du milieu des années 80 que le Zen connaît un engouement important. Le pays compte une dizaine de temples Zen comme le monastère zen Kanshoji en Dordogne ou le Ryumon Ji en Alsace, qui sont, avec La Gendronnière, parmi les plus fréquentés. Toutes les villes de l’hexagone disposent d’au moins un dojo de méditation. On estime qu’il y a environ 80 associations Zen en France, même si le bouddhisme tibétain reste majoritaire auprès des bouddhistes d’origine française. Mais souvent, ces courants se mélangent.

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