Aucune chance, en réalité, que Jésus soit né à Bethléem un 25 décembre de l’an zéro

Aucune chance, en réalité, que Jésus soit né à Bethléem un 25 décembre de l’an zéro
Aucune chance, en réalité, que Jésus soit né à Bethléem un 25 décembre de l’an zéro © Getty / tarinnoel

À vrai dire, Noël est une fête tardive, pour les chrétiens. La fête chrétienne la plus importante, c’est Pâques, qui célèbre la mort du Christ, et elle reste la principale fête chrétienne. De Noël, il n’est pas fait mention dans les Évangiles, aucune date n’est donnée ; seul indice, ce que dit Luc, dans son évangile, sur la mangeoire où serait né Jésus.

C’est que pour les chrétiens, dans les débuts du christianisme, seul comptait la résurrection. Ils considéraient, comme Origène, que le règne du Christ n’était pas de ce monde. D’ailleurs, ils attendaient la fin du monde. Ce n’est que vers l’an 350, que, à Rome, on commence à célébrer la naissance de Dieu, Dies natalis, qui va donner Nael, puis Noël.

Pourquoi le 25 décembre ?

Là encore, un concours de hasard et de culture. En fait, les romains avaient pris l’habitude de fêter les saturnales, au moment du solstice d’hiver. Et on a par erreur fixé ce solstice le 25 décembre (et non le 20) suite semble-t-il à un mauvais calcul. À partir du règne de Aurélien, en l’an 270, on fête à ce moment-là une journée dédiée à l’empereur, assimilé au soleil : Sol Invictus. Avec l’idée que le soleil devait revenir de sa mort, et renaître.

Et là, les chrétiens, pour lesquels il n’y a qu’un empereur, le Christ, vont progressivement christianiser cette fête païenne, en appliquant cette symbolique de la lumière à Jésus : Celui qui montre la lumière. Jésus qui pour les chrétiens est ressuscité, donc triomphe de la mort. Mais il va falloir encore près de trois siècles avant que Noël ne soit définitivement adopté par tous les chrétiens de l’empire. Par exemple, en Orient, on commence à fêter cette naissance de Dieu le 6 janvier, dans ce qui est l’Épiphanie (manifestation). Au VIe siècle seulement, la fête de Noël est stabilisée pour les chrétiens, avec les trois messes : celle de la nuit (et non de minuit), qui célèbre la naissance d’un enfant et les bergers, celle de l’aurore qui insiste sur l’apparition du Christ comme lumière, et celle du jour, pour célébrer la naissance du fils de dieu.

Cette symbolique de la lumière est importante pour les religions ?

Oui, il est en quelque sorte naturel qu’une religion comme le christianisme ait réutilisé ou investi ce symbole de la lumière à ses propres fins. Il faut de ce point de vue signaler la proximité avec la fête juive de Hanoukka, qui est célébrée à peu près en même temps, dans la communauté juive. Hanoukka non plus, n’est pas une fête biblique. Elle célèbre la résistance des juifs lors de la révolte des Macchabées, contre les Grecs, au IIIe siècle avant JC, à un moment où les juifs étaient en grand danger d’assimilation. Et célèbre ce miracle que, malgré les destructions, la lumière du chandelier du temple ne s’est pas éteinte. D’où cette symbolique : durant les huit jours de Hanoukka, on va allumer les huit bougies, chaque soir, et en même temps, on réserve une place pour la neuvième, celle qui a servi à allumer. Là aussi, c’est bien volontairement que les juifs ont placé cette fête lors du solstice d’hiver, et c’est aussi sa signification spirituelle : même dans la nuit, qui était alors l’occupation de la Judée, la lumière de Dieu continue de briller, et porte son espoir aux hommes.

Noël est très fêté partout en France, et même par les non chrétiens. En Allemagne, où ce Noël prend, du fait de l’attentat, une coloration particulière, la fête de Noël revêt-elle là aussi la même importance ?

C’est même plus important ! De ce point de vue, l’attentat sur le marché de Noël avait une symbolique forte. Disons qu’en Allemagne, c’est une fête très ancrée dans la culture. Est-ce parce que, comme d’ailleurs dans tous les pays nordiques, le solstice d’hiver et le manque de lumière est vécue de manière plus intense ? En tous les cas, les marchés de Noël datent, pour les premiers, de la fin du Moyen Âge. Beaucoup des symboles de Noël nous viennent d’Allemagne ou du nord de l’Europe : l’arbre de Noël apparaît à Sélestat, en 1521, c’est à la fois l’arbre de la connaissance, et aussi celui de la permanence de la vie. En 1858, sécheresse, donc pas de pommes, cela va donner les boules de noël.

La couronne de l’avent : il y en a dans toutes les familles, c’est un temps important, et dans toutes les entreprises, il y a une fête de l’Avent. Et aussi dans les écoles, on prépare en faisant de soirées de bricolage pour préparer Noël. Les calendriers de l’avent sont aussi nés en Allemagne. Quant au Père Noël, c’est aussi une tradition de l’Est, venue par la Lorraine avec saint Nicolas, (avec les reliques du saint de Myre), et américanisé en Père Noël…avec les bons soins de Coca-cola.

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