Demain dimanche, on sera en 2017… 2017 après Jésus-Christ. Est-ce que cela signifie que c’est l’Église qui a fixé ce calendrier ?

Le 1er janvier, sur un calendrier allemand
Le 1er janvier, sur un calendrier allemand © Getty / Caspar Benson

L’Église a fixé ce calendrier ?

Oui, et non. C’est vrai que l’on pourrait aussi bien dire que l’on est en l’an 5777 du 3e Tebeth, ou bien le 2 Rabi’out Tari de l’an 1438. Ou encore, le 23 de Keihac 1733 (pour les Coptes) ou, plus facile, le 19 décembre 2016 (pour les orthodoxes).

Autant de dates différentes en fonction de sa religion

Oui, et en même temps, le calendrier que nous utilisons date d’avant les chrétiens : il est directement issu du calendrier romain, réformé en 46 avant JC par Jules César. Il met fin au décalage avec l’année astronomique, en introduisant une année bissextile.

Mais il y a bien le « JC » qui sert de point zéro, donc la référence est religieuse ?

En réalité, c’est venu assez tard. Comme les romains, les premiers chrétiens comptaient à partir de la naissance de Rome (753 av JC) et surtout, de manière plus courante, en fonction des consuls de l’année. C’est le moine Denys le petit, qui, au début du VIe siècle, va chercher à fixer la date de l’ère chrétienne à partir de la mort de Jésus, c’est-à-dire de Pâques. Et il fixe l’an I de l’ère chrétienne. Le problème, c’est qu’il s’est trompé dans ses calculs, et en réalité, Jésus serait né entre 6 et 4… avant Jésus-Christ ! Mais c’est au tournant de l’an 1000 que cette façon de compter s’impose.

Comment expliquer cette volonté des religions de contrôler le calendrier ?

A travers la religion, c’est toute une conception du temps qui se manifeste. Et de se référer à un an zéro, pour une religion, c’est important. Dans l’Antiquité, le temps est cyclique, il n’y a pas un début et une fin : il y a un temps originel, sacré, mais passé, dont on se souvient à travers les mythes que l’on se raconte, et qui permettent de revivre ce temps sacré, d’années en années, avec les mêmes gestes. Au contraire, avec le peuple juif, on entre dans une conception linéaire du temps : les juifs ont calculé, de manière arbitraire, un début de temps, en fixant la création du monde il y a 5777 années. Le calcul a été fait à partir des générations bibliques, il n’a aucune valeur scientifique. Mais ce qui est important, c’est que Dieu intervient directement dans l’histoire de l’homme, et il donne une direction à ce temps. Même si, chaque année, on fête les mêmes fêtes, il y a une histoire sur le temps long, avec un début, et donc une fin. Le christianisme, et l’islam reprennent cette même conception. Donc c’est pour cela que les religions, toutes les religions fixent leur propre calendrier. Le calendrier musulman part de l’Hegire, (622), départ de Mahomet pour Médine. C’est un calendrier purement lunaire, contrairement au calendrier juif, il n’y a pas de mois intercalaires pour récupérer les saisons, (on ne triche pas avec Dieu dit le Coran). C’est pourquoi les fêtes sont toujours décalées d’une année sur l’autre, et que l’on peut avoir le Ramadan en hiver comme en été.

Notre calendrier n’a jamais été réformé ?

Si, la grande réforme a été faite par... un pape, Grégoire XIII en 1582, car le calendrier Julien des Romains perdait un jour tous les 134 jours. Grégoire XIII modifie le calcul des années bissextiles et rattrape le bon temps. Donc on voit bien par-là que le calendrier est éminemment le fait de la puissance religieuse, à cette époque. D’ailleurs, les pays dépendant de l’Église d’Orient, qui se sont séparé de l’Occident lors du grand schisme en 1054, sont toujours sur le calendrier Julien.

Mais ensuite, avec la sécularisation, la remise en cause du pouvoir religieux, il y aura des tentatives pour prendre en main le calendrier de la part du politique : le calendrier républicain révolutionnaire (12 mois de trente jours, en 1793) est la tentative la plus connue. Au XIXe siècle, Auguste Comte va aussi tenter de mettre au point un calendrier positiviste, sans plus de référence religieuse. Et aussi, la SDN et même un temps l’ONU vont travailler sur un calendrier unique. Mais ces tentatives seront là aussi abandonnées.

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