Longtemps, les femmes étaient considérées comme des intrus dans la gendarmerie. Aujourd'hui encore, elles ne sont que 9 en France à avoir le grade de colonel. Si elle a fait sa petite révolution féministe dans la caserne, la colonelle Lejeune est aussi une pionnière dans la lutte contre les violences faites aux femmes.

Léa Salamé et Karine Lejeune
Léa Salamé et Karine Lejeune © Radio France / Paola Puerari

C'est au groupement de gendarmerie de l'Essonne que Léa Salamé a retrouvé Karine Lejeune. C'est depuis cette caserne où elle a pris son commandement il y deux ans, qu'elle gère les 745 gendarmes et 420 réservistes opérationnels du département.

Madame le colonel ou madame la colonelle ? 

"J'ai fait ma mue depuis quelques années. Maintenant, je suis attentive au fait qu'on m'appelle Madame la colonelle, avec deux L et un E, commandantE de groupement. Pendant longtemps, je suis partie du principe que c'était une fonction, c'était un grade et que donc il n'y avait aucune raison de le féminiser. J'ai fini par changer d'optique.

Sans féminisation des fonctions, des grades, vous continuez à perpétuer cette invisibilité des femmes dans les postes de commandement ou les postes de responsabilité.

Et puis également sur la colonelle, il n'y avait rien qui m'agaçait plus d'entendre. "Oui, mais la colonelle, c'est la femme du colonel."

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Y a-t-il une manière féminine d'être chef ?  

"Je ne suis pas certaine. La particularité d'un chef militaire, parce que c'est ce que je suis, c'est qu'il a l'exercice de l'autorité et il commande.

Commander, ce n'est pas inné. Commander, ça s'apprend. Donc, si les hommes peuvent l'apprendre, les femmes peuvent l'apprendre.

Et personnellement, c'est peut être plus difficile pour une femme parce que, petits, les garçons, on leur a appris qu'ils pouvaient avoir de l'autorité, qu'ils pouvaient avoir de la force, qu'ils pouvaient s'imposer. Les filles sont un peu plus en retrait et on leur renvoie souvent une image de douceur et d'empathie. La particularité, c'est que le chef militaire qu'il soit homme ou qu'il soit femme, il est avant tout chef."

Son combat, les violences faites aux femmes

Ancienne porte-parole de la gendarmerie, elle a mis un chiffre sur la violence conjugale. En 2006, Karine Lejeune lance la première étude sur les morts violentes au sein du couple. 

"J'étais affecté à l'époque à la délégation aux victimes au ministère de l'Intérieur. Avec un commandant fonctionnel de police, Maryvonne Chapalain, qui était très, très impliquée au sein de la police nationale sur la lutte contre les violences faites aux femmes, on a décidé de commencer à comptabiliser ce que nous, on avait appelé à l'époque, pas encore les féminicides, mais les homicides au sein du couple

Comme on n'avait pas de logiciel informatique, on n'avait pas de bases statistiques qui nous permettaient d'extraire ces données. On s'est mis en tête de les comptabiliser. Elle, pour la police nationale et moi pour la gendarmerie nationale. "

Elles mettent au point une méthodologie et se lance dans ce travail de longue haleine pour arriver à ce chiffre : la mort, tous les trois jours, d’une femme sous les coups de son conjoint.

"On était à la fois abasourdi par ce chiffre parce que un pays comme la France, il était pour nous impensable que l'on ait autant de faits d'homicides dans le cadre du couple. Et puis parfois, dans des circonstances très difficiles, très violentes. Ça a été un choc pour nous, mais pour autant, ça a été quelque chose de très bénéfique parce qu'enfin, on arrivait à objectiver ce phénomène." 

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