C'est une femme sereine et assurée qui a reçu Léa Salamé. Une femme qui sourit des rumeurs qui la disent candidate en 2022. Mais ce sourire cache-t-il une ambition de fer ? On a essayé de cerner la très secrète Anne Hidalgo.

Léa Salamé et Anne Hidalgo
Léa Salamé et Anne Hidalgo © Radio France / Paola Puerari

Elle est adorée par la moitié des Parisiens qui voient en elle la visionnaire de la ville de demain. Et elle ulcère l'autre moitié, qui conspuent l'icône de l'urbanisme politiquement correct et la reine des bouchons. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est qu'elle ne laisse personne indifférent. 

Longtemps numéro 2 dans l'ombre de Bertrand Delanoë et de Martine Aubry, elle fait aujourd'hui de l'écologie avec Arnold Schwarzenegger et Leonardo DiCaprio. Et elle est la seule Française à figurer cette année dans le top 100 du magazine Time des personnalités les plus influentes du monde.

Anne Hidalgo accueille Léa Salamé "chez les Parisiens" selon son expression, dans son bureau de l'Hôtel de ville. 150m², 10 mètres de hauteur sous plafond, vue sur la Seine, c'est l'un des plus beaux, si ce n'est le plus beau, bureau de Paris.

Mais lorsque Léa lui parle de puissance, elle répond liberté.

"Je ne sais pas si je me sens vraiment puissante. Ce n'est pas une question qui me travaille ou qui me taraude. J'ai toujours voulu être libre, c'est-à-dire choisir. Choisir ma vie. Est-ce que c'est ça être puissante ? Peut être. Auquel cas, depuis, je suis toute petite, je veux choisir ma vie. Même si j'étais assez timide, j'ai toujours eu le sentiment que je ne voulais pas qu'on me mette une étiquette, dans une case

Après, quand on parle de femmes puissantes, ce qui me vient à l'idée, ce sont quand même les portraits de Marie N'Diaye. Moi, j'aime bien la puissance au sens de la force intérieure qui fait qu'on va quand même chercher dans son histoire, ses racines et dans ses rencontres, quelque chose qui vous permet quand même de vous dépasser en permanence." 

Alors qu'elle entame son second mandat, la maire de Paris évoque ses premiers pas d'élue, période où les interrogations intimes ont été nombreuses.

"Quand j'ai été élue en 2001, durant mes cinq premières années de mandat d'élue, tous les jours, mais vraiment tous les jours, je me posais la question : Est-ce que c'est vraiment ce que tu veux faire? Parce que c'était quand même l'arrivée dans un monde où la bienveillance n'était pas au coin de la rue. 

Je savais ce que je faisais là puisque je l'avais décidé. Je m'y étais engagée. Puis on n'arrive pas là sans engagement et sans désir d'y être. Parce que je voyais aussi beaucoup de femmes autour de moi qui se posaient exactement les mêmes questions, dans l'univers politique, je me suis dit : 'Qu'est ce qu'il se passe?'

Nous, les filles, on est là, on arrive presque par effraction. On nous tolère. On fait joli dans la galerie et on a énormément de problèmes pour pouvoir être crédible et réaliser ce qu'on a à faire. Est-ce que c'est vraiment là que j'ai envie d'être pour m'accomplir ? Être heureuse ? Faire des choses qui me correspondent et j'ai tranché cette question. Mais ça m'a pris un petit peu de temps et je me suis dit non, je vais y aller." 

Sexisme et politique

Anne Hidalgo évoque les gestes et paroles déplacés rencontrés tout au long de sa carrière : "Je me souviens à un congrès international. Je n'avais pas trente ans et le soir, je rentre dans la chambre de l'hôtel et là, j'avais une pile de messages de ces messieurs qui m'invitaient à venir dans leurs chambres. Là, vous vous dites 'c'est qui ces gens qui ne savent pas se tenir?'

La génération qui est la mienne n'est pas allée jusqu'à "balancer". Je pense que c'était vraiment nécessaire et que c'est courageux."

2022

Elle l'a souvent dit avant de le devenir, "être maire de Paris. Ça fait des années que j'y pense en maquillant le matin". Est ce qu'en ce moment, en se maquillant le matin, Anne Hidalgo pense à la présidence de la République?

"Non, je ne suis pas du tout justement dans cette fabrication là. En revanche, je pense qu'il faut absolument donner à notre pays un choix qui soit un choix plus large. Et en ce qui me concerne, de faire en sorte que ce qu'on appelle la social écologie, l'humanisme, une approche démocratique apaisée puisse s'exprimer. 

Ce n'est pas une question d'envie. C'est une question de pourquoi faire, avec qui et comment. C'est le drame de cette élection française, c'est qu'on en fait une question d'envie personnelle. C'est juste une question de destin collectif."

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