« Femmes puissantes » deux mots qui ne vont pas forcément bien ensemble, deux mots qui sonnent bizarre à l’oreille. On dit qu’elles sont belles, charmantes, piquantes, délicieuses, vives, intelligentes, parfois dures, manipulatrice ou méchantes mais on dit rarement des femmes qu’elles sont puissantes.

Chloé Bertolus
Chloé Bertolus © Radio France / Céline Villégas

Ce mot-là serait réservé aux hommes… Contre-exemple avec Chloé Bertolus. 

Ce n'est pas facile d'arriver jusqu’à elle. Il faut traverser l’immense Pitié-Salpêtrière, son dédale de ruelles, et de départements. Et puis la voilà : blonde, lumineuse, vous propose un thé vert dans son bureau blanc de l’hôpital public rempli de plantes... Elle parle vite, va à l'essentiel. Pas de temps à perdre. Elle sauve des vies, répare les visages des gueules cassées, des grands blessés ou des malades du cancer.

Son CV est magnifique : professeure des universités, cheffe de service d’une des unités les plus pointues de la médecine moderne, la chirurgie maxillo-faciale… Mais c’est un livre qui l’a révélée au grand public : Le lambeau de Philippe Lançon. Elle y est Chloé, la chirurgienne qui va réparer le bas du visage arraché du journaliste de Charlie Hebdo. Son portrait par Lançon y est si beau que Fabrice Luchini a choisi de le lire au théâtre.
Une grande médecin devenue héroïne littéraire est forcément une femme puissante : Chloé Bertolus est notre invitée.

Chloé Bertolus, une femme puissante ? 

Chloé Bertolus : "Je suis entre le rire et les larmes, le rire, parce que ça me paraît un qualificatif tout à fait hors de propos, en ce qui me concerne, et un peu les larmes parce qu’en accédant aux postes de responsabilités, l'impression que l’on avait quand on était soi-même externe, interne, etc que le patron, c'était un truc incroyable, une fois qu’on y est, on se rend compte - en tous cas en ce qui concerne les carrières hospitalo-universitaires - que les responsabilités sont le pouvoir.

Et en responsabilités, on a beaucoup de comptes à rendre à beaucoup de monde, et quand on est médecin, d'abord à ses patients. On n'a pas toujours ce qu'on aimerait avoir comme pouvoir, pour faire ce qu'on aimerait faire. Donc lorsqu'on rend des comptes, ils sont un peu biaisés. "

Léa Salamé : Parce que pour vous, la puissance, le côté femmes puissantes, c'est forcément le pouvoir ? 

CB : "Vaste question. Disons qu'il faut bien que cette puissance s'exprime d'une façon ou d'une autre, Dans la vie, mon moyen d'expression, c'est mon travail. Et là, la puissance s'exprime dans la capacité que j'ai à le faire convenablement, à faire les choses comme j'aimerais les faire, et à prendre des décisions. Souvent à trancher, et que cela soit suivi d'effet parce que, prendre des décisions, je n'arrête pas, mais qu'elles soient suivies d'effet, c'est un autre problème ! Et ça, c'est le grand dilemme dans lequel on se trouve et que l'on ignore quand on n'est pas aux responsabilités. (…)"

Léa Salamé et Chloé Bertolus
Léa Salamé et Chloé Bertolus © Radio France / Céline Villegas

Vous êtes patron aujourd'hui ou patronne ? 

CB : "En tout cas, je ne suis pas chirurgienne. Je trouve le mot très moche. Je dis : "Je suis chirurgien". Je ne le féminise pas. Ce n'est pas joli "chirurgienne". C'est pas une jolie fin. 

Vous savez quand on écrit à ses maîtres à l'Université, on débute par "Cher maître". Et quand j'ai été nommée professeur, tous mes anciens internes m'ont écrit des lettres en écrivant "Chère maîtresse", ce qui nous faisait vraiment beaucoup rire ! Vous voyez, la féminisation comporte quelques écueils !"

Les chirurgiens ont la réputation d'avoir un ego surdimensionné. Est-ce que c'est la même chose pour les femmes chirurgiens ? 

CB : "Pour moi l'ego surdimensionné des chirurgiens est une impérieuse nécessité. 

Je pense qu'au moment de prendre un bistouri pour ouvrir la peau d'un de ses congénères, il faut avoir une forme de certitude, si fausse soit-elle, que l'on est la bonne personne au bon endroit au bon moment. 

C'est à dire qu'on peut faire quelque chose pour cette personne et que ce que l'on va faire est le mieux qui puisse se faire. Autrement, on n'a pas le droit de faire le geste. Et si on n'a pas un minimum, ce qui relève aussi de l'inconscience, une petite certitude que l'on va bien faire, on n'a pas le droit moralement d'opérer.

Si on se dit : "je ne suis pas sûr d'y arriver. Et alors là, c'est la paralysie. Donc cet ego surdimensionné, il vous aide. 

La suite à écouter...

La programmation musicale 

  • Jacques Duvall et Elisa Point : Je suis ton homme, le choix musical de Chloé Bertolus
  • Véronique Sanson : Le temps est assassin 
  • Billie Eillish : Everything I wanted

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