Première femme à diriger le plus grand cabinet d'avocats américain, première femme ministre de l'Economie en France, certains la rêvent première femme, présidente de la République. Pour l'instant, elle gère, à la tête de la BCE, la crise financière et économique du siècle.

Léa Salamé et Christine Lagarde
Léa Salamé et Christine Lagarde © Radio France / Paola Puerari

On a essayé de déboutonner Christine Lagarde.

Elle vit à Francfort parce qu'elle y travaille, mais son refuge est à Paris. C'est chez elle que la patronne de la Banque Centrale Européenne reçoit Léa Salamé.

Ce qui marque d'abord chez elle, c'est l'allure. Tout semble parfait. La coiffure, la robe bleue marine, l'intérieur bourgeois, mais pas trop. Tout est "under control" comme elle dirait. Tout, sauf peut être les cuissardes qu'elle portait ce jour là. Petite touche rock dans un monde où l'on se tient. 

Même ceux qui critiquent en elle la gardienne du temple libéral au FMI, puis à la BCE, eux, reconnaissent que s'il y a bien une femme française puissante dans le monde, c'est elle. En tout cas, elle trône depuis quinze ans dans le classement Forbes des femmes les plus puissantes du monde.

Lorsque Léa lui demande à quel moment de sa vie elle s'est sentie la plus puissante, la réponse est à l'image du personnage :  "Ça m'arrive assez souvent, mais dans des circonstances parfois un peu improbables. 

Quand j'arrive à faire encore aujourd'hui 50 mètres sous l'eau sans respirer, je me sens très, très puissante. 

Elle persiste lorsqu'on lui rappelle le nombre de fois où elle a été la première femme à des postes dévolus aux hommes  : "Vous êtes en situation de pouvoir, pas en situation de puissance. Ce que je veux dire, c'est sérieux, quand je fais 50 mètres sous l'eau et que j'arrive au bout, j'ai un vrai sentiment d'exaltation et de puissance parce que je suis en maîtrise du souffle, de l'effort musculaire, etc... Et donc, je pense que c'est, pour moi en tout cas, associé à la maîtrise. 

Le pouvoir, c'est la capacité de décider. C'est la capacité d'entraîner. C'est la capacité de décider à peu près de son emploi du temps. C'est la capacité de donner des directions et d'emmener des équipes, des entreprises, parfois un pays dans une direction qui a été choisie."

La place des femmes

Si les hommes sont encore très nombreux aux postes majeurs, les règles qui ont été mises en place en Europe, et particulièrement en France, sur les quotas de femmes dans les conseils d'administration, bientôt quotas de femmes dans les comités exécutifs font bouger les choses. La discrimination positive, un processus auquel souscrit Christine Lagarde à 100%

"J'assume complètement parce que sinon, ça prendra trop de temps. Dans 160 ans, on sera encore même point. Il y a énormément de chemin à parcourir et particulièrement dans certains secteurs : la finance. Le droit, mais s'améliore un peu.

C'est une politique qui est appliqué au sein de la BCE. À compétences égales, c'est une femme qui sera embauchée."

Léa Salamé et Christine Lagarde
Léa Salamé et Christine Lagarde © Radio France / Paola Puerari

La chance, le hasard et les rencontres

Christine Lagarde est donc l'une de ces rares femmes à avoir brisé le plafond de verre à une époque ou c'était encore plus difficile. Et même si elle reconnait aussi quelques ratages (L'ENA, deux fois), elle ne néglige pas le rôle des rencontres dans ses réussites. Et c'est l'occasion d'évoquer sa maman.

"Il y a une faculté de rencontre, d'écoute dont j'ai hérité de ma mère. Ma mère était comme ça. C'était insupportable. On prenait le train avec elle. Elle réussissait à rencontrer cinq personnes. Elles lui racontaient leur vie et on avait à peine fini de voyager qu'elle avait déjà pris trois rendez-vous. Et donc, j'ai hérité un peu de ça d'elle. 

Je pense que les rencontres pour moi ont joué un rôle très important. Je crois que je suis devenue chairman de Baker McKenzie, qui était à l'époque le plus grand cabinet d'avocats au monde par des rencontres. Notamment la rencontre avec l'ancien chairman qui s'est dit 'Tiens, celle là, elle n'est pas sotte. Elle pourra aider dans telle ou telle circonstance.' 

Bien sûr, on n'arrive pas à tout ça sans travailler beaucoup. Consacrer beaucoup de son énergie. Faire des sacrifices. Mais je n'ai pas fait plus que d'autres. Je pense franchement que le hasard joue un rôle très important. La disponibilité aussi, la capacité à prendre un risque parce que chaque fois que j'ai dit oui, franchement, je n'ai pas tellement réalisé les risques que je prenais en même temps.

Dans les bifurcations professionnelles que j'ai eues dans ma vie. J'ai souvent dit oui sans beaucoup réfléchir.

Quand j'ai accepté de rentrer en France, alors que j'étais présidente de Baker McKenzie, j'étais à deux ans d'une retraite dorée comme associée au sein du cabinet. En toute logique, si j'avais fait une balance avantages, inconvénients, je n'aurais jamais dû rentrer. Mais évidemment que je suis rentrée. Il n'y avait même pas de questions. "

L'ambition

"Ce n'est pas un mot qui me gène, mais ce n'est pas un mot dans lequel je me reconnais. Et ce n'est pas parce qu'il me paraît dégradant ou indigne, c'est que je n'ai pas le sentiment d'être ambitieuse.

Une ambitieuse, c'est quelqu'un qui a un plan de carrière, qui a déterminé l'objectif vers lequel elle va, qui sera prête à éliminer au passage tous ceux ou celles qui vont la gêner pour réaliser cet objectif. Je sais que personne ne me croit quand je dis ça, mais je n'ai jamais fait de plan de carrière. Je n'ai jamais eu pour ambition ultime d'arriver en haut de la pyramide et je n'ai pas de cadavres dans les placards. Donc j'ai du mal à m'identifier à une ambitieuse." 

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