Marion Cotillard a mis Hollywood à ses pieds mais elle a su rester simple. Elle raconte sans fausse pudeur ses doutes passés et le chemin qui l'a menée où elle est. Elle partage ses convictions écologistes et son point de vue sur le milieu du cinéma.

Marion Cotillard à Londres en 2016
Marion Cotillard à Londres en 2016 © Getty / Mike Marsland WireImage

Elle est l'actrice française la plus « bankable » et ça fait 15 ans que ça dure. Elle a mis Hollywood à ses pieds, remportant l'Oscar pour son incarnation de Piaf dans La Môme. Les César, les BAFTA et les prix des festivals du monde entier ont suivi. Elle aurait pu se contenter de faire sa star entre films bien payés et égérie de luxe sur tapis rouge… Mais c'est bien mal la connaître. 

Intranquille, intelligente, engagée, elle met sa notoriété au service de son combat. Sa grande cause : l'avenir de la planète. 

Parlez-lui d'écologie, parlez-lui de la Convention citoyenne et ses yeux s'animent, elle connaît les dossiers par cœur, elle les bosse. Et tant pis pour ceux qui ricanent sur ces artistes engagés. Elle nous reçoit dans une maison cachée dans une petite impasse du 20ème arrondissement de Paris, celle de son manager et meilleur ami. Tee-shirt blanc, pas coiffée, pieds nus, Marion Cotillard est simple, fraîche et directe. Elle est notre invitée.

Léa Salamé et Marion Cotillard pour "Femmes puissantes" printemps 2021
Léa Salamé et Marion Cotillard pour "Femmes puissantes" printemps 2021 © Radio France / Alexandre Gilardi

Extraits de l'entretien :

A la question « Etes-vous une femme puissante ? », Marion Cotillard répond  un "oui " franc. Elle explique d’où lui vient ce sentiment.

Reconnaître ses peurs rend plus fort  

Marion Cotillard : "C'est une question qui m'a donné matière à réflexion. La première chose qui m'est apparue, c'est la manière dont j'ai reconnu, dont j'ai regardé et dont j'ai dépassé mes peurs profondes pour les transformer en quelque chose de créatif... 

Ces peurs m’ont été nécessaires, elles ont été des maitres qui m'ont révélé cette puissance que j'avais en moi.

Ça m'a permis d'avancer, de me construire, de me donner la permission d'être moi-même, même si j’ai encore du chemin. » 

Léa Salamé : D’où vient cette peur profonde dont vous parlez souvent ? 

Marion Cotillard : "Mes parents avaient confiance en leurs enfants, cela donne de la force pour se reconstruire aux endroits où on est tombée. Pourtant ils n’étaient pas parfaits, ils avaient vécu dans leur enfance des choses extrêmement douloureuses qui ont déclenché des peurs chez eux. Ces peurs se transmettent. C’est pour ça que je m’attache à gratter pour trouver plus de lumière."

La puissance d’une actrice, le succès et la reconnaissance

Marion Cotillard lors de sa rencontre avec Léa Salamé pour "Femmes puissantes" 2021
Marion Cotillard lors de sa rencontre avec Léa Salamé pour "Femmes puissantes" 2021 © Radio France / Alexandre Gilardi

La puissance d’une actrice ce n’est pas l’ego, c’est sa puissance émotionnelle.

Marion Cotillard a inspiré les plus grands réalisateurs, Jacques Audiard, les frères Dardenne, Christopher Nolan, Xavier Dolan… mais la puissance d’une actrice, à ses yeux, ne tient ni au nombre d’entrées, ni au salaire… 

"La puissance d’une actrice c’est sa capacité à être le vecteur d'une histoire, sa façon d’être en connexion avec le personnage qu'elle interprète, qui tend à une certaine universalité. Lorsqu’une histoire résonne à l'intérieur de celui qui la voit, on peut dire qu’une actrice est puissante. Cela n’a rien à voir avec le nombre d’entrées. "

La reconnaissance est un animal très curieux qu’il faut apprivoiser, mais un Oscar, s’il fait du bien, ne vous rend pas puissante…

Vous êtes ambitieuse ?

"J’ai longtemps vu l’ambition comme quelque chose de négatif, qui écrase… alors que pas du tout. J’ai réalisé qu’il me fallait accepter mon ambition pour m’exprimer de la manière dont j’avais besoin. " 

Vous dîtes que vous vous êtes longtemps trouvée passive, inintéressante… à quel moment avez-vous changé de regard sur vous ?

Marion Cotillard sur le tapis rouge cannois en 2017
Marion Cotillard sur le tapis rouge cannois en 2017 © Getty / Loïc Venance

"C’est très intime. Une personne m’a fait du mal et j’ai été capable d’aller la trouver, quelques années plus tard, pour lui dire le mal qu’elle m’avait fait. Ça a été un acte d’amour et de reconnaissance envers moi-même et le début de la transformation du regard que je portais sur moi, je me suis dit : "arrête de te dénigrer ! " Je crois profondément en la capacité de changement des êtres. "

Vous avez obtenu un Oscar à 32 ans pour le rôle de Piaf dans La môme, vous restez simple malgré votre succès. D’où cela vous vient ?

"Mon savoir si j’en ai un, c’est d’être parmi le commun des mortels."

L’amour de soi n’a pas été si naturel que ça chez moi. J’ai mis tant de temps à être moi-même, je n’aspire pas à autre chose.

Le milieu du cinéma : critiques et rivalités

Vous arrive-t-il d’être traversée par des passions tristes, de la jalousie, des mauvaises pensées ?

"Oui  j’ai été jalouse, mais je crois que je n’ai pas perdu de vue que cette jalousie m’appartenait. Je n’aime pas la méchanceté, je ne vois pas ce qu’elle apporte. J’aspire à être dans le ressenti et pas dans le jugement. "

Comment vivez-vous les critiques ou les moqueries ?  Au moment de Dark Night vous avez essuyé quelques critiques sur les réseaux sociaux…

"Par rapport à cette scène de Batman, c’est vrai que je meurs certainement mal, j’avais espéré que ça passerait inaperçu, c’est raté…"

Jouer c’est s’exposer à des critiques, mais ça ne grandit personne d’appuyer là où ça fait mal.

L’engagement écologiste

Vous êtes actrice, mais la grande cause de votre vie c’est l’écologie. Cet engagement ce n’est pas du marketing mais quelque chose de très ancré. Vous vous considérez comme une activiste ?

La vraie puissance ce serait de faire de vraies promesses et de les tenir. Je ne vois aucune puissance dans nos politiques, ça m’attriste profondément.

"Je n’ai pas cette vocation de leadership, mais quand on regarde le monde on peut se demander quel est l’endroit qu’on n’a pas abîmé… Cette nouvelle génération a une puissance d’indignation et d’action qui ne fait que grandir, ça donne de l’espoir. On a des efforts à faire. Quand je peux éviter l’avion je le fais. J’invite les Français à lire la Convention citoyenne pour le climat, il y a des alternatives passionnantes qui sont proposées."

La place des femmes dans le cinéma

Plus il y aura de femmes derrière la caméra, plus il y aura de rôles pour les femmes de tous les âges.

"Même si il y a de plus en plus de réalisatrices cela reste une profession très masculinisée. On a fait énormément de chemin pour que la femme prenne la place qu’elle a mais il y a encore des espaces où les femmes n’osent pas." 

Et vous, vous allez réaliser ou vous n’osez pas ?

"J’aimerais diriger des acteurs, mettre en scène mes propres mots, ce sera peut-être plutôt sur scène…" 

Au sujet de la place des femmes dans le milieu du cinéma, la situation a-t-elle vraiment changé depuis l’affaire Weinstein ? Vous aviez favorablement réagi au discours d’Adèle Haenel sur Mediapart…

"On vit les prémices d’une vraie révolution, dans le cinéma comme dans tous les milieux. Adèle Haenel est extrêmement puissante, quand elle évoque ces bourreaux qui s’en prennent aux femmes, elle le fait sans jugement, avec beaucoup d’humanité."

Harvey Weinstein vous avez travaillé avec lui ?

"J’ai travaillé à plusieurs reprises avec lui, il ne m’a pas fait d’avances. Je n’avais pas pris la mesure de sa perversité, même si je savais qu’il avait un problème.  Mais j’ai subi des atteintes de certains hommes du milieu, comme toutes les actrices je crois. J’ai su me protéger assez pour que cela ne tourne pas mal. C’était toujours dans un contexte de casting, je croyais que cela faisait partie du travail de s’abandonner, notamment avec Jean-Claude Brisseau. C’est un métier où le désir de l’autre est fondamental, ce qui est assez ambigu."

Un homme féministe c’est un homme qui se réjouit du succès de sa femme dit Elisabeth Badinter, c’est le cas de Guillaume Canet ?

"Oui, on s’accompagne dans notre désir de grandir. On est toujours en mouvement, on essaie de regarder nos failles pour apaiser le tumulte."

La suite à écouter

Aller plus loin :

🎧 ECOUTER Le choix musical de Marion Cotillard : Björk - Hyperballad

👀 VOIR : Marion Cotillard à l'affiche d'Annette de Leos Carax, en salle le 6 juillet (Ouverture du festival de Cannes 2021)

Programmation musicale

  • Bjork - Hyperballad
  • Sparks - So may we start 
  • Grace Jones - La vie en rose

L'équipe

  • Productrice : Léa Salamé
  • Programmateurs : Paola Puerari et Alexandre Gilardi
  • Documentalistes : Marie-Elisabeth Jaquet 
  • Programmateur musical : Jean-Baptiste Audibert
  • Réalisation : Juliette Hackius
Les invités
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