Un tueur en série qui n'élimine que des salauds peut-il obtenir notre sympathie ? C'est la passionnante question qui hante cette série par ailleurs peu convaincante.

Image promotionnelle de la série télévisée "Dexter"
Image promotionnelle de la série télévisée "Dexter" © Maxppp / OHPIX.COM

Une série dont le héros est un tueur en… série, la boucle est bouclée avec Dexter ! 

Le jour, Dexter Morgan travaille pour la police de Miami. Il est expert médico-légal, spécialisé dans l'analyse du sang sur les scènes de crime.

La nuit, ce même Dexter se transforme en tueur de sang-froid, spécialisé dans les assassinats de pédophiles, de violeurs, d'agresseurs en tout genre.

L'image du gentil Dexter, toujours souriant et dévoué envers ses proches et ses collègues, n'est en fait qu'une couverture.

La seule chose qui l'anime, c'est le sang, le meurtre, depuis un traumatisme, vécu dans sa tendre enfance.

Voilà une excellente trouvaille des scénaristes : cette double vie, cette double identité, ces rituels au moment du passage à l'acte, rapprochent Dexter de l'univers des super héros.

Sauf que l’on a affaire ici à un super... anti-héros.

Il y a d'ailleurs une allusion dans un épisode à un autre exemple de déclinaison maléfique de la figure classique du super héros : le Patrick Bateman de Bret Easton Ellis, dans son roman American Psycho.

Sous ses airs de série policière classique, Dexter est en fait une série sur la peine de mort

Depuis l'adolescence, Dexter n'a qu'une idée en tête : tuer. Alors, son père adoptif (qui était policier) lui a conseillé d'assassiner uniquement des criminels en liberté afin d'être, au moins, "utile" à la société.

Mais peut-on cautionner ce type de pratique ?

Doit-on souhaiter que Dexter s'en sorte systématiquement ?

Ou mérite-t-il au contraire d'être arrêté ?

La morale du spectateur est sans cesse mise à l'épreuve

Ce que cette série interroge est éminemment politique, surtout dans un pays, les Etats-Unis, où la peine de mort est toujours en vigueur.

Se faire justice soi-même renvoie aussi à l'époque des cow-boys, à la conquête de l'Ouest, cette période ô combien mythique de l'Histoire américaine.

Pour contrebalancer toute cette noirceur, le choix du décor, Miami, y fait beaucoup.

Et la personnalité tout en froideur de Dexter contraste avec la fougue et le naturel de sa sœur, Debra, cette policière talentueuse, qui passe son temps à jurer comme un charretier.

Mais, Debra et sa vulgarité, Masuka et ses blagues salaces, LaGuerta et son autoritarisme... le simplisme de ces traits de caractère finit par lasser.

Les personnages secondaires sont ici bien trop monolithiques.

Pour une série qui débute en 2006, donc bien après les Soprano et The Wire, ce manque de subtilité est flagrant, et difficilement pardonnable.

Beaucoup de lourdeur dans la mise en scène

La voix off omniprésente, l'utilisation trop fréquente des ralentis et des filtres colorés pour exprimer telle ou telle émotion... les fautes de goûts sont malheureusement aussi nombreuses, que les gouttes de sang collectionnées par Dexter.

Dès le départ, Dexter est une série artistiquement un peu bancale, bien plus intéressante pour le fond que pour la forme.

Mais au fil des saisons – 8 au total - et après le départ d’une grande partie de l’équipe de scénaristes, la série devient une caricature d'elle-même.

Des méchants toujours plus méchants, un Dexter toujours plus torturé, des retournements de situation de plus en plus tirés par les cheveux et, aussi, de moins en moins de finesse dans le propos.

Mais malgré cette décrépitude qui devient vraiment flagrante à partir, allez, de la saison 5, Dexter reste une série incontournable.

La puissance du concept suffit à faire de cette œuvre imparfaite, un monument de l'histoire récente des séries télé.

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