Au début des années 1970, l'ORTF commande une série sur la guerre 1914-1918 à un quasi-débutant : Maurice Pialat, qui deviendra quelques années plus tard un grand nom du cinéma français.

Le réalisateur Maurice Pialat ici en 1961. Il venait de recevoir le Prix Louis Lumière pour son film "L'amour existe"
Le réalisateur Maurice Pialat ici en 1961. Il venait de recevoir le Prix Louis Lumière pour son film "L'amour existe" © Getty / Keystone-France

Cette série en sept épisodes décrit la vie d'un village pendant la Grande Guerre

La chanson du générique, signée Maurice Ravel, date d'ailleurs de 1915.

La plupart des hommes sont au front, alors, on s'intéresse ici à ceux qui restent : les enfants, les femmes, les handicapés, les personnes âgées. 

Albert Picard est garde forestier. Avec sa femme Jeanne et leurs deux enfants adolescents, ils forment une famille d'accueil

Dans cette "maison des bois" vivent en effet aussi trois jeunes enfants, dont les pères sont soldats et les mères travaillent à Paris. 

Parmi eux, Hervé, un gamin tourmenté et très attachant, véritable héros de la série.  

Cette série marque les débuts du réalisateur Maurice Pialat  

Le cinéaste n'avait alors réalisé qu'un seul long métrage : L'enfance nue.  Le thème de la jeunesse est aussi au cœur de La Maison des bois. Il traversera ensuite toute l'œuvre de Pialat. 

Maurice Pialat qui joue d'ailleurs ici le rôle de l'instituteur du village… tout un symbole. Autre thème qui sera ensuite présent dans l'œuvre de Pialat : la religion. Dans La Maison des bois, le curé et l'église sont au centre de la vie du village. 

Le rôle d'Albert, ce garde forestier rondouillard, a été confié au comique Pierre Doris.

La gouaille, l'argot, les accents, les intonations qu'on entend dans cette série sont vraiment des marqueurs d'une époque aujourd'hui révolue, et c'est l'un des nombreux charmes de La Maison des bois

Petit bémol, les gags potaches qu'on retrouve dans certaines scènes semblent parfois très datés, et d'une certaine lourdeur, ce qui jure un peu avec le très haut niveau artistique de l'ensemble.              

Car ici, la mise en scène est absolument somptueuse, avec d'audacieux mouvements de caméra, et des scènes qui s'étirent pour laisser une vraie place à l'improvisation, notamment chez les jeunes comédiens. 

La passion de Pialat pour la peinture se ressent dans la plupart des séquences

Le futur réalisateur de Van Gogh filme la nature avec virtuosité, et certains plans évoquent directement des toiles impressionnistes, on pense notamment au Déjeuner sur l'herbe.  

Autre grande réussite de La Maison des bois : parler de la guerre autrement

La Première Guerre Mondiale est ici omniprésente, mais elle reste pourtant hors cadre.  Les champs de bataille sont … hors champ. Le parti pris, c’est de nous immerger avec ceux qui sont en deuil, ceux qui attendent désespérément des nouvelles de leurs proches, tout en continuant à vivre, tant bien que mal. 

La Maison des bois montre aussi la fin d'une époque. La vieille France rurale qui entre progressivement dans le modernisme. La perte d’influence de la noblesse, aussi, et c'est donc tout sauf un hasard si la série débute par la mort d'une jeune marquise.

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