La question devient centrale dans nos villes, alors qu’on est de plus en plus nombreux à y habiter et que les taux d'inoccupation des logements sont de plus en plus préoccupants > Rencontre avec ceux qui imaginent de nouvelles formes d'occupation des espaces dans des anciens hôpitaux et des villes abandonnées.

Occuper les immeubles et transformer les villes
Occuper les immeubles et transformer les villes © Radio France / Claire Braud

Vous allez entendre ici, quatre personnes qui se posent la question de l’occupation de ces espaces dans leurs villes, certains sont dans la théorie, d’autre dans l’utopie.

Il y a quelques années, en 2014, on avait rencontré Yannis Payanides à Chypre. Il venait du sud du pays et il avait accepté de traverser la frontière entre les deux moitiés de son île, pour rejoindre une ville, Famagouste, plus au nord, occupée par l’armée turque et utilisée comme élément de négociations entre les deux communautés turque et grecque. 

Famagouste est aujourd’hui au centre d’un grand projet de réhabilitation, un projet utopique

Est-ce que Famagouste, la ville abandonnée, pourrait devenir un espace de rencontre entre les communautés, comme le no mans land de la frontière entre nord et sud ? Un lieu remplit plutôt qu’un lieu vide?

Dans cette histoire, il y a des parents qui ont perdu leurs maisons, des enfants qui ont grandi dans la méfiance, et parmi eux, tous issus de ces deux générations, il y en a qui ont eu cette idée : faire de Famagouste, ville symbole de la guerre et de la division, une ville modèle. Un lieu de réconciliation et aussi, une ville écologique.

En 1974, les habitants grecs de Famagouste sont expulsés par l'armée turque. Nicolas s'en souvient :

L’armée turque a encerclé la ville qui était vide, avec une excuse : sauver la ville pour nous la rendre avec la solution. A l’époque j’étais en études à l'étranger, mon père, ma mère et ma sœur y étaient.  C'était un départ très temporaire, les gens ont emmené presque rien avec eux. Tout le monde espérait être de retour rapidement, ils sont partis avec l’idée de revenir dans les heures ou les jours qui allaient suivre. 

En 2004, les autorités du nord ont ouvert des points de passage et certains des anciens habitants y sont retourné. Ils s'y sont installé mais restent dans l'illégalité.

Emily et sa fille Vasia Markides veulent faire de Famagouste la première ville au monde complètement tournée vers l’écologie. Elle serait construite pour les piétons et les vélos plutôt que les voitures. Le projet prévoit aussi de rendre la ville autonome en énergie, avec de l’énergie solaire.

A Naples, des activistes du parti “Potere al Popolo” ont investi un ancien hôpital psychiatrique

“Pouvoir au peuple” est une coalition électorale qui a été créé pour les élections générales italiennes de 2018. Elle rassemble plusieurs partis politiques, associations et centres sociaux de gauche antilibérale. L’initiative a été lancée en novembre 2017 par un groupe d’activistes napolitains du centre « Je So’ Pazzo » (« Je Suis Fou » en dialecte napolitain). Ils ont monté un immense espace autogéré dans les murs d'un ancien asile. 

On a rencontré Maurizio Coppola qui a joué les guides, et Viola Carofalo, la porte parole de "Potere al Popolo". Le projet est entièrement financé par des dons, et ceux qui sont ici font du bénévolat. Viola; dans la vraie vie, est professeur d’université, Maurizio est traducteur, engagé depuis ses 16 ans en politique. 

Le centre propose tout un tas d'activités associatives, un accueil pour les personnes en situation de grande précarité et aussi une permanence médicale :

Tout est gratuit. Au début on pensait que ce serait surtout pour les migrants, et puis on s’est rendu compte qu’il y a des centaines de personnes qui passent chaque semaine. Toutes parce qu’elles n’ont pas accès à l’hôpital, ça montre l’urgence médicale dans ce pays.

Les élections de mars 2018 ont eu lieu. "Potere al Popolo" a obtenu moins de 2% des votes et le parti n’est donc pas représenté au Parlement. Ils ont par ailleurs obtenu 0,9 % des voix aux dernières élections régionales de fin octobre 2019 en Ombrie. Le centre « Je So’ Pazzo » reste occupé illégalement.

En France, à Nanterre, à deux pas du quartier de la Défense, il y a un espace occupé appelé "Vive les Groues"

C'est un espace de  9 000 m2 de friche investi pendant une semaine à la mi-octobre par l’organisation Yes We Camp

A Nanterre, derrière les immeubles de la Défense, une friche de 9000m2 est occupée par le projet "Vive les Groues"
A Nanterre, derrière les immeubles de la Défense, une friche de 9000m2 est occupée par le projet "Vive les Groues" © Radio France / Caroline Gillet

Plus de 150 festivaliers de partout en Europe se sont réunis pour réfléchir aux modes de vie alternatifs. Parmi eux, Antoine Dutrieu, qui a 34 ans, et qui veut créer un nouvel écosystème citadin.

Face au dé-tricotage des liens sociaux, de la sécurité sociale, on essaie de reconstruire des lieux ou tout ça peut se passer. On vit dans une petite utopie et on construit plein de choses.

Antoine Dutrieu, membre de Communa
Antoine Dutrieu, membre de Communa © Radio France / Caroline Gillet

Communa, le collectif bruxellois dont est membre Antoine, a été crée en 2013 par cinq étudiants. L’idée était de transformer et réhabiliter des endroits inoccupés - comme des anciennes tours de bureaux - en logements temporaires et en espaces communs, pour créer ensuite une communauté d’habitants autour du projet. 

Les lieux occupés par Communa ne sont pas des squats : le collectif fait l’intermédiaire entre, d’un côté, des propriétaires publics ou privés d’espaces vides et de l’autre, des associations ou collectifs qui ont des idées ou des besoins pour occuper temporairement ces espaces. 

Une convention, légale, est alors passée entre le propriétaire et les futurs locataires. Communa prend ensuite les espaces en gestion. 

Le squat c’est la pratique de rentrer illégalement dans un lieu, l’occupation temporaire, ca se fait avec un contrat d'expérimentation d’usages pour le long terme. 

Les locataires ne payent pas ou très peu de loyer, souvent juste les charges, et en échange, ils entretiennent ou remettent en état les locaux vides. Ce système permet à Communa de rémunérer, partiellement, une partie de ses membres qui sont en charge de la gestion administrative et concrète des espaces.

Occuper les immeubles et transformer les villes
Occuper les immeubles et transformer les villes © Radio France / Claire Braud
Occuper les immeubles et transformer les villes
Occuper les immeubles et transformer les villes © Radio France / Claire Braud

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