Elles sont quatre. Quatre jeunes femmes de Pologne, d'Albanie, de Belgique et d'Angleterre. Elles ne se connaissent pas mais ont fait un même constat : leurs corps, leurs manières d'aimer et leurs pratiques sexuelles sont contraints par l'histoire de leurs pays. Alors elles veulent changer ça.

Dessin de Claire Braud
Dessin de Claire Braud

Iva, Areta, Kis et Dalia, sont imprégnées, involontairement, par la grande histoire et revendiquent plus de fluidité dans la manière de vivre amour et sexualité.

En Pologne, dans un pays où, à l'école, c'est le cours de "Préparation à la vie familiale" qui fait office d'éducation sexuelle et où, poids de l'Eglise oblige, la contraception est encore tabou, Areta organise des "Pussy Parties". Dans des bars de Cracovie, qu'importe les regards inquisiteurs, elle organise des ventes de sex toys et discute librement de plaisir, d'avortement et d'homosexualité. "On ne parle pas de sexe à la maison et en cours ces questions sont abordées par des prêtres !"

Iva habite à Tirana, en Albanie où l'application de rencontre Tinder a fait son apparition l'année dernière. Elle dit des garçons de son pays qu'ils sont pas tellement "gentils" sans même s'en apercevoir. Alors au travail, Iva porte une bague pour brouiller les pistes sur son célibat, par peur, aussi, de passer pour "une fille facile". Sur Tinder elle a même développé une technique bien à elle pour éviter les machistes. Difficile de libérer les corps et la parole dans un pays qui a connu des décennies de langue de bois. Les tabous pénètrent toujours les corps.

Dessin de Claire Braud
Dessin de Claire Braud

À Londres, Dalia Gebrial a décidé de consacrer ses recherches universitaires sur les différents rapports à l'amour en fonction des origines. Elle est née de parents égyptiens et son expérience personnelle du racisme se lit aussi dans ses rapports amoureux. Elle se sent "invisible" des comédies romantiques au cinéma et à la télévision tout en étant souvent "érotisée" par des partenaires qui l'envisage comme un tiret à cocher sur une liste de course ("j'ai couché avec une orientale"). Dalia est victime de stéréotypes qui lui échappent : "l'amour n'est pas involontaire. Les personnes sont codées différemment pour aimer de manière différente" conclut-elle. 

📖 Son article 'Decolonising desire : the politics of love' est à lire ici.

🎧 Ecoutez aussi le podcast 'Nawal El Saadawi on feminism, fiction and the illusion of democracy'

Kis Keya raconte que lorsqu'elle assiste à des événements culturels, elle se surprend parfois à compter les personnes de couleur. Vieux réflexe de minoritaire, "on est tellement peu". Belge de parents haïtiens et congolais, elle met à l'image dans sa série Extranostro des homosexuels afro-descendants. Elle aimerait que les choses bougent et que cette série afroqueer dépasse les frontières belges pour toucher un public africain.

-
-
L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.