En Lettonie deux communautés cohabitent : les Lettons majoritaires et les Russes. Timurs est coincé entre les deux, entre Est et Ouest. Il vit dans l'ancien port industriel soviétique de Liepaja, où ce jour-là, ses parents lui rendaient visite. Eux se sentent Russes, lui pas. Le sujet reste compliqué entre eux.

Avec les russophones de Lettonie
Avec les russophones de Lettonie © Claire Braud / Radio France

La famille de Timurs est là pour le week-end, sont présents : sa mère et son père et aussi, sa tante côté paternel, tous sont russophones de Lettonie. Et il y a aussi le mari de sa tante, qui est russe. Au moment de l’indépendance de la Lettonie, en 1991, L’État n’a accordé la citoyenneté qu’aux personnes qui l’avaient avant 1940 et à leurs descendants. Mais la période soviétique avait été marquée par des vagues de migrations de russophones originaires de l’ex-URSS (Russes, Ukrainiens et Biélorusses), qui, de fait, à l’indépendance, n’obtiennent donc pas la nationalité lettone. Ces « non-citoyens » représentent aujourd’hui environ 13% de la population. Ce statut donne le droit de résider dans le pays et d’avoir accès aux services sociaux, mais pas le droit de vote, ou d’avoir accès à certains emplois, notamment dans la fonction publique. Pour ceux qui voudraient la citoyenneté, il faut réussir une épreuve de langue lettone et d’histoire du pays. Les russophones représentent aujourd'hui 30% de la population. A Riga la capitale, on trouve la plus forte concentration de russophones du pays, environ 50% de la population.

Depuis Riga, nous avons route aujourd'hui jusqu'à Liepaja,  ville portuaire au bord de la mer Baltique. C’est un peu comme le far west croisé avec un port soviétique délaissé. Quand on sort de la gare, on longe une longue avenue bordée de maisons bardées de bois, certaines mal en point, la couleur s’écaille. Liepaja, était une très riche ville de l’empire russe, d'où on pouvait partir pour New York - c'est le chemin emprunté par beaucoup d’émigrés, dont le peintre Mark Rotko. Nous avons rendez-vous avec Timurs.

Timur est letton, il a 30 ans, il a grandi dans une quartier russe populaire de Riga et vit maintenant à Leipaja depuis deux ans. Il est directeur d'une grande salle de concert, l'une des trois du pays. La salle a été construite en 2015, pour l’orchestre symphonique de Liepaja qui fête sa 137e saison, c’est l’orchestre le plus vieux des pays Baltes.

Timurs dit qu’il y a deux nations en Lettonie. Lui vient d’une famille russe, mais quand on lui demande s’il est letton il répond "oui" sans hésiter. Ses parents, également nés en Lettonie, eux, hésitent. Ses deux grand mères sont arrivées de Russie, son grand-père de Biélorussie, d’un petit village, après la seconde guerre, fuyant la disette. Des deux côtés, ils se sont rencontrés à l’usine. Il avait juste un grand-père du côté de son père qui lui était Letton. Justement sa famille est présente à Liepaja ce jour-là pour assister à un concert et nous les rencontrerons. Eux se posent moins de questions que Timurs sur leur identité. 

Timurs raconte que c'est en France, lors de ses études, qu'il a commencé à se poser des questions identitaires. Il explique avoir alors mieux compris son pays au croisement des influences européennes et russes.

Kevin Limonier est maître de conférence à l’Institut français de géopolitique, Université Paris 8. Nous lui avons demandé s’il y avait un rapport particulier des pays baltes avec le voisin russe, est-ce que c’est différent de l’Ukraine ou d'autres pays frontaliers de la Russie ? 

FC 1
FC 1 / Claire Braud / Radio France
FC 2
FC 2 / Claire Braud / Radio France
FC 3
FC 3 / Claire Braud / Radio France
FC 4
FC 4 / Claire Braud / Radio France

Programmation musicale : Aldous Harding - The Barrel

Retrouvez Foule Continentale sur Facebook

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.