Manon à Lausanne a perdu l'ouïe à partir de l'âge de 17 ans, elle a dû se redéfinir une identité et parmi ses nouveaux combats : le féminisme. Elle a organisé la grève de femmes. Lola, au Kosovo, appartient à un collectif qui mène des actions choc à Pristina pour alerter sur la condition des femmes.

En Suisse et au Kosovo, chanter, s’embrasser, défiler pour faire tomber le patriarcat
En Suisse et au Kosovo, chanter, s’embrasser, défiler pour faire tomber le patriarcat © Radio France / Claire Braud

En juin dernier, la Suisse a lancé une grève des femmes : la plus grande action politique dans le pays depuis 1918 

Dans les rues de toute la Suisse, on a reprit l’hymne des femmes. Sur les vidéos, on voit des femmes sur une estrade, traduisant pour les sourds et malentendants. 

On ne voit pas Manon, 28 ans, mais elle était là ce jour là... Elle fait partie du collectif qui a traduit l’hymne en langue des signes française de Suisse romande.Deux femmes ont signé en même temps le refrain. Pour debout, elles tendent les mains, paumes vers le ciel et puis les mains regroupées, comme si elles étaient enchaînées, et puis les mains au dessus des têtes se libèrent.

On a rencontré Manon à Lausanne il y a quelques semaines. Elle a 27 ans, elle a fait des études de sociologie, et elle dit qu’après avoir appris à critiquer les politiques sociales elle a voulu aller voir sur le terrain et elle est devenue éducatrice sociale. Par ailleurs, Manon est activiste féministe.

Depuis l'adolescence, elle est malentendante, alors elle s’engage à porter ses combats auprès de ceux qui n’entendent pas. Elle a participé à créer l’association Féministes LSF avec laquelle elle coordonne des actions, et elle assiste celles qui comme Sofia ou Lorette, traduisent les chants de révolte, les pamphlets et les discours politiques en langue des signes.

A Pristina la capitale kosovare, Lola s'est illustrée avec son collectif Haveit, en menant des performances de rue à mi chemin entre activisme et art 

Elles sont quatre sœurs et elles ont toutes étudié les arts.

Leur première performance, en 2011, était une réponse à un énième féminicide au Kosovo Depuis, elles défient le patriarcat, le nationalisme et l'homophobie, à coup de happening en public. Comme lorsqu'elles ont brûlé un livre fondamental de la tradition kosovare :

Ce livre traditionnel, le Kanun, est une sorte de livre de droit très ancien. Ici on en parle souvent parce que c’est comme un livre de conseils sur ce qu’il faut faire et comment se comporter. Il y a des parties qui sont belles et qui ont du sens mais aussi d’autres qui sont vraiment très sexistes. Par exemple il est écrit que quand une fille se marie, son père donne au futur mari le droit de la tuer si elle ne se comporte pas comme il faut. 

Alors on a pris ce livre, et on a inventé une recette pour le cuisiner, c’était pour le 8 mars. Il vous faut une plaquette de fluor, le bouquin, 10 bagues, un briquet et un stylo. Puis tu mets le livre sur le feu jusqu’à ce qu’il devienne noir. Ce qu’on voulait raconter c’est à quel point tout cela est indigeste et pourtant, on est obligées d’avaler ça encore aujourd’hui.

A Pristina, Lola réalise des performances en pleine rue, avec son collectif "Haveit", pour protester contre le patriarcat et les violences subies par les femmes
A Pristina, Lola réalise des performances en pleine rue, avec son collectif "Haveit", pour protester contre le patriarcat et les violences subies par les femmes © Radio France / Caroline Gillet

Il y a aussi eu leur baiser contre l'homophobie sur une place de la capitale, qui leur a valu quelques menaces de mort :

Au moment où on a pris la photo du baiser les gens étaient déjà en colère. On tremblait. Tout le monde s’est arrêté pour nous regarder en nous traitant de putes et en nous accusant de faire une gay pride. Quand on s’est embrassé, ils ont commencé à nous hurler dessus. 

A Pristina, Lola réalise des performances en pleine rue, avec son collectif "Haveit", pour protester contre le patriarcat et les violences subies par les femmes
A Pristina, Lola réalise des performances en pleine rue, avec son collectif "Haveit", pour protester contre le patriarcat et les violences subies par les femmes © Radio France / Caroline Gillet
En Suisse et au Kosovo, chanter, s’embrasser, défiler pour faire tomber le patriarcat
En Suisse et au Kosovo, chanter, s’embrasser, défiler pour faire tomber le patriarcat © Radio France / Claire Braud
En Suisse et au Kosovo, chanter, s’embrasser, défiler pour faire tomber le patriarcat
En Suisse et au Kosovo, chanter, s’embrasser, défiler pour faire tomber le patriarcat © Radio France / Claire Braud
En Suisse et au Kosovo, chanter, s’embrasser, défiler pour faire tomber le patriarcat
En Suisse et au Kosovo, chanter, s’embrasser, défiler pour faire tomber le patriarcat © Radio France / Claire Braud
En Suisse et au Kosovo, chanter, s’embrasser, défiler pour faire tomber le patriarcat
En Suisse et au Kosovo, chanter, s’embrasser, défiler pour faire tomber le patriarcat © Radio France / Claire Braud

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