Rima est une jeune militante lesbienne et féministe à Alger. De la découverte de son homosexualité à sa prise de conscience féministe, de la décennie noire aux manifestations du Hirak, son histoire et celle de sa famille racontent les changements en Algérie depuis la guerre civile des années 1990 jusqu’à aujourd'hui.

Foule continentale à Alger : La rue est à nous, nos sexualités aussi
Foule continentale à Alger : La rue est à nous, nos sexualités aussi © Claire Braud

Rima est née à l'Est de l'Algérie. Quand elle nous parle de sa famille, elle nous décrit un père un peu radical, parfois violent mais dont elle était très proche enfant, et une mère dure, enseignante, indépendante, qui ne met pas le voile. Elle comprendra plus tard, au fil de ses rencontres et de ses expériences de rue que sa mère porte en elle de nombreuses valeurs féministes qu'elle lui a inculquées très jeune, sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte tout de suite.

Mon père donnait cette image d'homme progressiste, mais c’était quelqu’un qui battait ma mère, qui lui prenait son salaire, c’était quelqu’un de violent. Physiquement, psychiquement, économiquement. Et moi je ne comprenais pas tout ça.

Une adolescence dans le brouillard

Enfant et adolescente, Rima se cherche. Elle n'hésite pas à se battre en classe contre des garçons qui insultent ou menacent des filles et elle a du mal à comprendre, pendant les Années noires, pourquoi sa mère persiste à sortir sans le voile dans la rue... Comme Thibaut dans le dernier épisode Elle découvre dans le secret le plus total, CaraMail, un site de chats en ligne, à la mode dans les années 1990.  C'est grâce à ce site qu'elle réussit à mettre les bons mots sur son attirance pour les femmes. 

Je me prenais pour une Superwoman. Je menaçais les garçons qui osaient menacer les filles. A un moment j’ai dû me calmer parce que j’avais vraiment fait mal à un garçon. Il est rentré chez lui en sang.

Ses parents veulent qu'elle fasse des études de droit ou qu'elle se marie. Rima, elle, ne souhaite pas être un personnage ou jouer un rôle. Elle décide de prendre son indépendance en quittant sa famille et en s'installant chez des amies féministes le temps de trouver un appartement. C'est le début de sa route vers le militantisme.

J’avais provoqué une dernière bagarre en famille et avant que ma mère essaie de me foutre dehors, je lui dis « écoute, là, je vais partir, j’ai trouvé un boulot à Alger. » Elle se calme, elle me dit « ok, c’est mieux pour toi. » Et je pars. Elle ne réagit pas. Elle me dit : « bonne route ».

Du Printemps arabe au Hirak

En 2011, en Algérie, c'est encore l'état d'urgence, de grosses mesures restrictives sont imposées dans l'espace public. Rima brise les interdits, se retrouve pour la première fois au poste de police mais est très loin de s'imaginer que huit ans plus tard un mouvement populaire va gonfler et prendre de l'ampleur dans le pays : le Hirak. Très vite, elle se retrouve dans des carrés féministes, à crier sur des coins de trottoirs en agitant une grande banderole « Nos droits, c’est tout le temps et partout »

C’était comme si les Algériens faisaient connaissance lors des manifestations du Hirak.  C’était bizarre de marcher, de voir beaucoup de personnes revendiquer, s’intéresser à la situation politique et économique, beaucoup de personnes avec qui on peut marcher, avec qui on se faisait des sourires.

Au début, elle est frileuse à l'idée d'accepter sa mère en amie sur Facebook. Finalement, elle est surprise de voir qu'elle partage ses idées et qu'elle approuve ses actions. Son père a mis plus de temps, mais elle a retrouvé dans ses affaires tous les articles de journaux dans lesquels son nom est cité, la preuve qu'il suit, même de loin, ses combats. 

Aujourd'hui, Rima se prépare à la "saison 2" du Hirak, qui, après une corona-pause, revient en force.

Pour aller plus loin

Du côté de Rima :

Des articles sur l'histoire du pays et le militantisme :

Le verbatim par Claire Braud

Foule continentale à Alger : La rue est à nous, nos sexualités aussi - quelqu'un qui battait ma mère
Foule continentale à Alger : La rue est à nous, nos sexualités aussi - quelqu'un qui battait ma mère / Claire Braud
Foule continentale à Alger : La rue est à nous, nos sexualités aussi - Je ne comprenais pas
Foule continentale à Alger : La rue est à nous, nos sexualités aussi - Je ne comprenais pas / Claire Braud
Foule continentale à Alger : La rue est à nous, nos sexualités aussi - Parlais à Dieu
Foule continentale à Alger : La rue est à nous, nos sexualités aussi - Parlais à Dieu / Claire Braud
Foule continentale à Alger : La rue est à nous, nos sexualités aussi - Euphorie totale
Foule continentale à Alger : La rue est à nous, nos sexualités aussi - Euphorie totale / Claire Braud

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