C'était il y a 30 ans, le mur de Berlin était détruit pan par pan et l'Allemagne réunifiée. A cette occasion, Foule Continentale passe le Rhin, avec les portraits de deux allemands qui observent et filment l’Allemagne d'aujourd’hui. Il y a Mehmet, cinéaste d'origine turque, et Romy, journaliste née à Berlin Est.

À Cologne : filmer la communauté musulmane et fêter la réunification
À Cologne : filmer la communauté musulmane et fêter la réunification © Radio France / Claire Braud

Les parents de Romy Strassenburg vivent toujours en ex-RDA où elle a grandi. Elle est installée en France depuis 11 ans, elle y travaille comme journaliste indépendante et écrit des livres, notamment sur les questions d’identité.

Avec Rémi, son compagnon français, elle s'amuse à collectionner quelques objets d’ex RDA.

Le climax de l'ostalgie, c’est le 9 novembre, anniversaire de la chute du mur, pour lequel Romy organise une fête devenue mythique pour son groupe d'amis

Ceux qui ont été enfants au moment de la chute du mur et n’ont pas du se positionner, aller à l’armée ou pas.. Moi je suis entrée à l’école en 89 avec mon uniforme et en novembre c’était terminé. C’était fini. 

Romy Strassenburg et le tableau souvenir des jeunes pionniers socialistes ayant appartenu à sa mère
Romy Strassenburg et le tableau souvenir des jeunes pionniers socialistes ayant appartenu à sa mère © Radio France / Caroline Gillet

Romy se souvient aussi du mur. Elle avait une tante qui habitait juste à côté. Elle se souvient d’avoir vu la rue, avec, au bout, le mur. La rue qui s’arrête, qui ne va pas plus loin.

Et comme ils étaient au troisième étage, ils voyaient aussi des maisons dont les fenêtres avaient été condamnées avec du béton. Et aussi les barbelés et la zone vue d’en haut. La zone entre les murs de l’est et de l’ouest qui divisaient la ville.

Pour moi, c'est un souvenir exotique, mais d’autres gens de mon âge ont vu leur région se vider et l’extrême droite progresser.

Romy fait référence à la montée de l’AFD, Alternative fur Deutschland, parti né en 2013, qui s’est construit autour d’idées libérales, nationalistes, anti-migrants et euro-sceptiques.  les scores de l’AfD sont particulièrement importants dans les lands d’ex Allemagne de l’Est.

Après de vraies percées dans la Saxe et au Brandebourg, en octobre dernier, l’AfD est arrivé en deuxième position après Die Linke, le parti à la gauche de la gauche aux élections locales de la région de Thuringe. Et son succès s’expliquerait notamment par cette stratégie : la carte de « l’Ostalgie » dans les anciens lands de la RDA.

Romy avait écrit une enquête pour Charlie Hebdo à Gelsenkirchen, ville de la Ruhr, où on compte 31 % d’étrangers, dont deux tiers d’origine turque.

Mehmet Akif Büyükatalay, jeune réalisateur turc est devenu le symbole du jeune cinema allemand, lui qui ne parlait pas l'allemand avant ses 6 ans

A 32 ans, il a remporté le prix du meilleur premier film à la dernière Berlinale. Le film s’appelle Oray, du nom du héro : jeune allemand de deuxième génération, musulman pratiquant, “gitan macédonien d’origine ottomane” comme il se décrit lui même, et qui, au cours d’une dispute apparemment anecdotique avec sa femme, s’emporte et prononce le mot "talaq", qui peut signifier la répudiation selon l’interprétation faite du Coran. Toujours très amoureux, Oray va chercher des réponses à ses questionnements religieux et existentiels dans différents endroits, auprès de différentes personnes.

Mehmet Akif Büyükatalay voulait faire un film représentatif de sa communauté car il la trouve mal représentée 

En Allemagne, par exemple quand on parle des Musulmans à la télé, on voit souvent des musulmans radicaux ou des ex-musulmans, c’est pour ça que j’ai eu besoin de faire ce film, pour balancer les choses.

Mehmet a grandi à Hagen, ville industrielle de l’Est de la région de la Ruhr, qui a eu un fort taux d’immigration, dont une grande partie, comme sa famille à lui, qui vient du Turquie. Il a mis du temps avant de se sentir allemand à part entière. Il y avait d'abord la langue, à laquelle il n'a été confronté qu'à son entrée au collège, puis la ségrégation à l'école où il était souvent le seul turc de sa classe, et puis la tentation de se replier sur son identité turque. C'est finalement l'art, et ses études à Cologne qui lui ont fait accéder à une Allemagne plus ouverte, une Allemagne europhile, où il a enfin trouvé sa place. Désormais il interroge ses différentes identités au travers du cinéma :

Les générations qui nous précèdent, elles ne se posent pas la question d’être ou ne pas être allemands, de leur place en Allemagne, parce qu’elles partent du principe que leur maison, c’est la Turquie, qu’elles vivent juste temporairement en Allemagne, et qu’une fois âgées, elles y retourneront. Mais la troisième génération, la mienne, celle de mes cousins, de mes frères et sœurs, mes amis, on sait qu’on restera en Allemagne. Et c’est pour ça qu’on s’interroge sur notre rôle en Allemagne. On se demande si on peut faire cohabiter le fait d’être turc, allemand et aussi musulman.

À Cologne : filmer la communauté musulmane et fêter la réunification
À Cologne : filmer la communauté musulmane et fêter la réunification © Radio France / Claire Braud
À Cologne : filmer la communauté musulmane et fêter la réunification
À Cologne : filmer la communauté musulmane et fêter la réunification © Radio France / Claire Braud
À Cologne : filmer la communauté musulmane et fêter la réunification
À Cologne : filmer la communauté musulmane et fêter la réunification © Radio France / Claire Braud
À Cologne : filmer la communauté musulmane et fêter la réunification
À Cologne : filmer la communauté musulmane et fêter la réunification © Radio France / Claire Braud
À Cologne : filmer la communauté musulmane et fêter la réunification
À Cologne : filmer la communauté musulmane et fêter la réunification © Radio France / Claire Braud

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