On part à l'extrême ouest. J’aimais bien l’idée de ce grand écart continental après le précédent épisode situé à l’extrême Est, à Istanbul. Pour parler d'Europe, de cet ensemble supranational, on commence par le très petit, le très local, sur une île, l'île de Batz.

L'île de Batz
L'île de Batz © Radio France / Caroline Gillet

Les îles seraient « les vigies du monde qui change » ?

Marie habite sur l’Ile de Batz depuis un peu plus de 10 ans. Pour elle, on se sent d’abord îlien, breton, puis français, puis européen. Elle fait partie de la nouvelle génération sur l’île de Batz, elle appartient à la communauté de jeunes actifs qui font le choix d’y vivre à l’année. Son amoureux s’appelle Jonathan.

Johnathan : il est né sur l’île, il est pêcheur professionnel. Jonathan est métis, dit sa mère. Parce que son père est de Batz mais sa mère Chantal, non, elle est arrivée là il y a 38 ans et s’y est mariée avec un pêcheur. Jonathan est le dernier d’une longue lignée d’hommes qui sont nés, ont grandi et qui ont pêché sur cette ile. Chantal n’a pas toujours vu d’un bon œil que son fils devienne pêcheur. Et puis elle a dit que c’était peut être sa façon à lui d’être libre. Il vient d'acheter un bateau avec son frère, lui aussi pêcheur sur l'île. Ils partagent le bateau et cela leur permet de moins travailler pour le rentabiliser. Pour lui l'Europe ce sont des normes inefficaces, inadaptées à la protection de la ressource et à la viabilité de son activité de pêche.

Johnathan à bord de son bateau
Johnathan à bord de son bateau © Radio France / Caroline Gillet

Chantal : elle est arrivée sur l’ile de batz en 1978, elle est née à Marseille et a grandi au Maroc dans une famille française convertie au soufisme. C'est la maman de Jonathan. A l'origine elle a rejoint une amie qui avait une maison sur l'île et elle campe dans son jardin. Et là il y a eu un choc devant la beauté de cette île. 1978, c’est l’année du naufrage de l’Amoco Cadiz, et c’est aussi pour ça que Chantal est revenue ensuite, pour apporter un coup de main. L'été suivant, elle y rencontre son mari. Elle a trouvé sa place sur Batz.

Toutes ces histoires posent la question de l’appartenance. A partir de quand peut-on dire qu’on est chez soi? Est ce qu’une communauté, une île, un village, une Nation, ça protège ou est-ce que ça enferme? A t-on le droit d’en bouger?  Et si on a une identité d’ilienne, si on a un jour créé une identité nationale, est-ce qu’il est possible de créer une identité internationale ? Une identité européenne ?

Anne-Marie Thiesse, docteur ès Lettres, Directrice de recherche au CNRS, auteur notamment de Faire les Français, quelle identité nationale ? (Stock, 2010), et de La création des identités nationales. Europe, 18°-20° siècle (Seuil, 1999)

Jacques De Certaines, Les îles, laboratoires pour une démocratie micro locale aux éditions Apogée

Programmation musicale :

William Z Villain, "Uncle Bill Goes Hifi"

L'île de Batz
L'île de Batz © Radio France / Caroline Gillet
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