En Suisse, où le service militaire est obligatoire pour les hommes, Victoria, s'est engagée à 18 ans. En Finlande, Kasperi a lui aussi choisi de rentrer dans l'armée, pour protéger son pays d'une éventuelle agression russe. En Turquie, Berk a vécu deux ans cloîtré chez lui pour échapper au service militaire.

En Turquie, Suisse et Finlande, homosexuels, femmes et patriotes rejoignent l’armée
En Turquie, Suisse et Finlande, homosexuels, femmes et patriotes rejoignent l’armée © Radio France / Claire Braud

Aujourd’hui, sept pays européens appliquent encore un service militaire obligatoire, sous différentes formes. 

Il y a l’Autriche, la Grèce,  la Suède, la Finlande, le Danemark et la Lituanie. Il dure de six mois en Autriche à un an en Grèce et en Suède. Parfois, les objecteurs de conscience ont la possibilité de le transformer en service civique, comme en Autriche. Il n’est en général obligatoire que pour les hommes, à l’exception de la Suède où la conscription concerne aussi les femmes. 

Plusieurs pays européens ont aboli le service militaire depuis le début du XXIème siècle mais certains ont depuis fait machine arrière. C’est le cas de la Suède qui a fait le choix en 2017 de rétablir un service qu’elle avait supprimé sept ans plus tôt, par manque de conscrits volontaires. La Lituanie avait fait le même choix en 2015. En général, le service militaire est obligatoire là où on se méfie des velléités d’un pays voisin, qu’il soit russe ou turc. En Belgique, le service militaire a été aboli en 1995. En France, c’était en 1996.

Dans cette émission, on va tenter de comprendre la réalité de ceux qui doivent aller au front, ceux qui en font le choix, ceux qui y échappent et ce que ça nourrit en eux. Certains se sont enrôlés, par patriotisme, comme Kasperi en Finlande ou en Ukraine, comme Viktor, face à la menace russe, ont décidé de partir s’engager. D’autres sont obligés de faire leur service et se terrent chez eux pour l’éviter comme Berk. Et en Suisse, plus près de nous, il y a Victoria, qui a décidé de faire l’armée, même si rien ne l’y obligeait, pour tester son courage de femme. 

Viktor, 33 ans, a été volontaire dans la guerre qui oppose les Ukrainiens aux séparatistes soutenus par la Russie dans le Donbass

Il fait partie des tout premiers vétérans de cette guerre, à avoir faire son coming out. Il veut utiliser son engagement dans l’armée, son patriotisme, pour faire avancer la cause LGBT dans le pays.  

J’ai toujours vécu ma vie caché, et à un certain point j’avais fini par m’y habituer. J’ai fini par croire que la façon dont je vivais était acceptable. Mais aujourd’hui, je comprends que vivre dans le placard ça veut dire ne pas être sincère avec soi même. Il y a un problème d’acceptation de soi : tu ne peux pas montrer ta vraie vie, tu ne peux pas parler de ton partenaire à qui que ce soit... Mais quand tu te finis par faire ton coming out, tu respires enfin librement, comme un être humain normal.

Viktor, Yarina et Nastia au KFC, après leur séance de sport du dimanche soir
Viktor, Yarina et Nastia au KFC, après leur séance de sport du dimanche soir © Radio France / Caroline Gillet

Viktor avait d’abord participé aux manifestations à Maidan. Il s’est ensuite engagé pour défendre l’indépendance du pays en septembre 2014 et il a passé un an et huit mois sur le front. Pour montrer qu’on peut être à la fois soldat et homosexuel, il y a deux ans, Viktor a participé à une exposition de photos. C'est par ce biais qu'il a fait son coming out.

J’étais très curieux de voir les réactions des gars de mon bataillon du Donbass. Mais 80% de mes camarades du bataillon Donbass m’ont accepté parce qu’ils me connaissaient sur le champ de bataille.

Viktor vient de terminer de monter un film, avec les témoignages de jeunes militaires ukrainiens, patriotes et LGBT.  Ils disent : "on est sur le front, et on est nombreux. Nous sommes égaux, ni meilleurs ni pires." 

Récemment, une association LGBT a rencontré  pour la première fois une délégation de députés ukrainiens. Viktor en faisait partie. Ils voudraient faire passer une loi pour autoriser le mariage homosexuel. 

En Finlande, Kasperi, qui a 26 ans, est militaire de carrière dans la marine

Le service militaire en Finlande est obligatoire pour les hommes et la majorité des finlandais estime que c’est la meilleure solution pour défendre leur grand pays, très peu peuplé. Il y a des débats en ce moment pour savoir si le service pourrait devenir universel et concerner les femmes. En grandissant, Kasperi a très vite eu envie de faire son service militaire, pour défendre son pays en cas de besoin.

A l’est de notre pays, il y a la Russie, une grande puissance. Je ne dis pas que c’est une menace actuellement. Mais depuis 2008 et la crise de la Géorgie et 2014, la guerre en Crimée, ça a changé le climat sécuritaire : on parle beaucoup plus de menace militaire. 

Kasperi a rencontré son amoureux grâce à une amie du lycée. Cela fait sept ans qu’ils sont ensemble. Il dit qu’il s’est toujours senti très accepté comme homosexuel dans la marine La seule controverse, concerne la gay pride : y aller avec ou sans uniforme.

En Turquie, Berk s'est caché pour échapper à la conscription

En Turquie, le service militaire est obligatoire et dure un an pour les non diplômés. Ceux qui sont allés à la fac peuvent réduire ce service à six mois. L’objection de conscience n’est pas prise en compte et refuser de faire son service militaire, c’est risquer deux ans de prison. Mais depuis 2014, ceux qui ont les moyens, peuvent payer une taxe pour contourner le système... 

Après l’université, Berk aurait dû faire son service militaire. Il avait demandé de retarder de deux ans son départ et avait entre temps, trouvé un travail et un appartement dans une entreprise non loin du parc Gezi à Istanbul. C’est à ce moment là qu’ont débuté les manifestations de Gezi contre un projet immobilier qui menaçait de détruire un parc. Berk participait aux manifestations tous les jours et c’est à ce moment là, pendant ces mois de l’été 2013 que l’échéance des deux ans est arrivée au bout : il fallait qu’il rejoigne l’armée, sinon, il devenait déserteur et risquait deux ans de prison.

Je ne pouvais pas manifester, c’était difficile d’aller au travail, de sortir de chez moi car la police était partout et pouvait me demander ma carte d’identité.

En 2015, une loi a été abrogé, permettant de contourner le service militaire, sous condition de paiement. Berk a alors déboursé 3000 euros pour éviter d'être enrôlé.

En Suisse, Victoria s'est porté volontaire pour effectuer le service militaire, obligatoire seulement pour les hommes

Elle raconte qu'elle a toujours eu "l'esprit masculin", qu'elle a grandi entourée de garçons et que quand elle a vu qu'ils étaient appelés à une journée d'information sur le service militaire, elle a voulu en être aussi, et puis elle a signé.

Le premier jour, on apprend les grades, à faire le salut. On est hyper stressé, tout va très vite... J’avais envie de servir les intérêts de la Suisse. Avec ce qui se passe dans le monde, on a besoin plus que jamais d’une armée. Et puis passer le permis chauffeur poids lourd dans le civil c’est cher. On peut le faire gratuitement avec l’armée, c'est génial !

Victoria, au volant de sa voiture, à Genève
Victoria, au volant de sa voiture, à Genève © Radio France / Caroline Gillet

L'un de ses meilleurs souvenirs de caserne, c'est la marche finale à l'école des sous officiers. Les marches, c’est 40 km avec le gros sac le harnais et tous les kilos à faire en moins de 12 heures :

Quand on a terminé la marche on est tellement fiers, c'est un accomplissement. Je me souviens qu'on s’est tous pris dans les bras, une élève avait une grosse cloque, son pied était en sang. 

Lorsqu'on l'a rencontré, Victoriaavait fait 18 semaines à l'école de recrue, quatre semaines à l'école des sous officiers et 19 semaines où elle a” payé ses galons en tant que sergent”. Il lui restait 200 jours de service.

En Turquie, Suisse et Finlande, homosexuels, femmes et patriotes rejoignent l’armée
En Turquie, Suisse et Finlande, homosexuels, femmes et patriotes rejoignent l’armée © Radio France / Claire Braud
En Turquie, Suisse et Finlande, homosexuels, femmes et patriotes rejoignent l’armée
En Turquie, Suisse et Finlande, homosexuels, femmes et patriotes rejoignent l’armée © Radio France / Claire Braud
En Turquie, Suisse et Finlande, homosexuels, femmes et patriotes rejoignent l’armée
En Turquie, Suisse et Finlande, homosexuels, femmes et patriotes rejoignent l’armée © Radio France / Claire Braud
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En Turquie, Suisse et Finlande, homosexuels, femmes et patriotes rejoignent l’armée © Radio France / Claire Braud

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