En Espagne, on parle d'une "révolution des petits-enfants" : Maria Dolores et Pablo ont décidé de lutter contre 'La loi de l'oubli' et d'ouvrir les fosses du franquisme ainsi que de tenter de faire juger les bourreaux de leurs arrières grands-parents.

En Espagne, on ouvre les fosses du franquisme
En Espagne, on ouvre les fosses du franquisme © Radio France / Claire Braud

En Espagne, le temps passe et rien ne bouge pour les victimes de l'arbitraire franquiste. Une loi d'amnistie, un pacte de l'oubli, votée en 1977 après la mort de Franco et 40 ans de dictature, interdit de poursuivre les crimes franquistes. Tout a été balayé sous le tapis, au nom de la concorde nationale. Pourtant, dans toute l'Espagne, des familles cherchent la vérité, les corps de leurs disparus et souhaitent une justice. Et ils se battent pour cela depuis des années. Depuis 2010, des associations et des citoyens ont saisi pour crime contre l'humanité, un tribunal argentin. 

C'est leur lutte que raconte un film documentaire Le silence des autres, de Almuneda Carracedo et Robert Bahar en salles ce 13 février 2019, tourné pendant 10 années aux cotés de ses femmes et ses hommes victimes, descendant.es de victimes, avocat.es qui cherchent la vérité et la justice, le film a obtenu un Goya en Espagne. On parle d'une "révolution des petits-enfants" car ce sont eux aujourd'hui à qui le flambeau est transmis pour continuer à agir.

Pablo Moll de Alba a 25 ans. Il a grandi en Catalogne, étudié la philosophie à Rome et Paris. Il est aussi musicien avec son groupe Les mondains. Il a travaillé à la distribution du film Le silence des autres. Pour lui, il y a trois générations : l’une qui a vécu les choses, l’autre qui a oublié, la dernière "c’est la mienne", qui veut se rappeler. Parce que finalement, il ne connaissait pas grand chose à cette histoire qui n'est pas enseignée en Espagne. Le peu qu'il connait, ce sont les récits toujours répétés de sa grand-mère maternelle. Il n'a jamais trop posé de questions car, dans sa famille comme dans toutes les familles espagnoles, il y avait des gens de tous les bords et beaucoup de silences.

"Mon grand père est décédé quand j’avais un an et demi... Du coup, on vivait ensemble avec ma mère et ma grand-mère jusqu’à mes 15 ans. Ma grand-mère était une femme très apolitique. Moi, je posais des questions, j’étais curieux. Ce qu’elle me disait, c’est que si tu ne mettais pas le nez dans la politique, tu t’en sortirais mieux. C’était sa phrase. Mais il y avait une chose qu’elle me racontait très souvent : quand elle devait aller au commissariat de police pour refaire sa carte d’identité, elle avait toujours des frissons. Pour elle, entrer là ça voulait dire entendre les bruits des personnes torturées. Pendant le franquisme, ses parents avaient une pension dans le centre de Barcelone, et comme il y avait plein de touristes... C’était elle qui devait apporter le registre des gens qui séjournait là... Et c’est là qu’elle entendait tous ces cris. Ils étaient dans des chambres loin, mais elle les entendait. Du coup, maintenant quand elle va refaire sa carte d’identité, elle a peur… et ça c’est une histoire que j’ai entendue plusieurs fois, mais bon ma grand-mère raconte toutes les histoires plusieurs fois."

Horacio Sainz Olero était étudiant en sociologie en 1973. Arrêté à cause de ses activités politiques, il a passé 5 ans et demi en prison. Pour lui, rien n'a changé en Espagne, les policiers haut gradés sont restés en place à la mort de Franco. 

Maria Dolores vit en Andalousie. Il y a quelques années, elle avait alors 25 ans, elle a enfin retrouvé après des années de recherche la fosse où était enterrée son arrière grand-mère, violées, torturées et exécutée avec 16 autres femmes parce que soupçonnées d'être républicaines. Il avait fallu beaucoup se battre, faire toutes sortes de démarches pour obtenir les autorisations de fouilles. 

Elena Garju est avocate et enseigne le droit franco espagnol à la Sorbonne. Elle aussi a des membres de sa famille qui ont été brisés par la guerre civile. Elle nous explique comment cette loi d'amnistie votée en Espagne a ensuite inspiré de nombreux pays en Amérique Latine comme le Chili ou l'Argentine. Et finalement, ces pays là sont revenus en arrière, sous la pression internationale, ces lois ont été abrogées et des poursuites ont été engagées contre les bourreaux. En Espagne, ce n'est toujours pas le cas.

En Espagne : déterrer la mémoire
En Espagne : déterrer la mémoire / Claire Braud / Radio France

La programmation musicale : 

MERCURY REV/Hope SANDOVAL, Big boss man

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