À Athènes, des "Citoyens éveillés" s'inquiètent pour leur démocratie par temps de crise sanitaire. Ils ont passé toutes leurs nuits pendant 2 mois devant le Parlement pour dénoncer une loi "anti-environnementale" passée en catimini pendant le confinement. On les accompagne dans les collines et les sit-in clandestins.

À Athènes, les policiers à moto tentent d'intimider les riverains d'une colline menacée de privatisation qui se rassemblent en assemblée citoyenne pour préserver la démocratie
À Athènes, les policiers à moto tentent d'intimider les riverains d'une colline menacée de privatisation qui se rassemblent en assemblée citoyenne pour préserver la démocratie © Claire Braud

À Athènes, comme à d'autres endroits du globe, on est en droit de se demander comment vont les démocraties, à l'heure où les états d'urgence sanitaire se prolongent, et avec eux les restrictions des libertés. À Athènes, la démocratie est née et elle est aujourd’hui malmenée dans un pays dont on dénonce les dérives autoritaires. Cet épisode de Foule continentale donne la parole à deux jeunes hommes qui, face aux menaces, résistent, en imaginant des actions muettes et immobiles dans les rues, des sit-in, des assemblées populaires, des "Nuits debout", des rassemblements clandestins.

Génération Symbiocène

Marc Delalonde est français, mais il vit depuis près de six ans en colocation dans un vieux quartier d'Athènes. Marc est arrivé en Grèce pour une histoire d’études, il était resté là, comme souvent, pour une histoire d’amour, qui s’est terminée depuis, mais qu’il ne regrette pas. Parce qu’aujourd’hui encore il est là. Pendant ses études, Marc a commencé à se documenter sur la crise climatique. Il s’est demandé comment il pouvait intervenir. Dans ses études, il avait appris l’importance du récit, les mots utilisés, les faits et comment ils sont tournés. Il a décidé que c’était ainsi qu’il allait agir : travailler sur les mots du combat écologiste, pour changer le récit et donc changer le regard et l’implication. Il s’est dit d’abord, par exemple, que ce n’était pas normal qu’il y ait un mot pour qualifier la nature, parce que cela semblerait impliquer que l'humain n'en fait pas partie. Il faudrait en trouver un autre. Ensuite, Marc a appris l’existence du mot "solastalgie". Pour l’expliquer, il évoque le chêne planté là où il a grandi, en Normandie, par son grand-père. Pour lui, cet arbre, c’est du réconfort et si on le coupait, il ressentirait de la "solastalgie", parce que ce réconfort lui manquerait. Cette notion, tout comme celle de l’éco-anxiété,  permet de mettre des mots sur des émotions vécues, largement partagées, mais dont on ne parle jamais. C’est pour cette raison qu’il a co-créé un groupe qui s’appelle Génération Symbiocène, avec lequel il mène des actions et recueille la parole.

Athènes : 12 ans de crises

Agisilaos a 24 ans. Il a connu, depuis toujours, les angoisses des conséquences de la crise de 2008. Caroline Gillet l'a rencontré devant le Parlement grec. C’est là qu'il est venu presque toutes les nuits, pendant deux mois pour protester contre la nouvelle loi de protection de l’environnement, appelée "modernisation de la loi environnementale", mais considérée par les militants comme un grave recul. Cette loi avait été adoptée en "fast track", en plein confinement. Elle est critiquée parce qu’elle serait nocive pour la biodiversité et faciliterait, sans consultation, l’appropriation par des groupes privés, d’espaces publics et naturels. Avec cette loi, le gouvernement autorise l’extraction, la construction d’infrastructures dans les zones protégées Natura 2000 et, surtout, supprime le pouvoir des autorités locales qui protègent ces endroits. Enfin, la loi donne le pouvoir aux investisseurs de choisir des groupes privés pour réaliser les études d’impact environnemental.

42 000 citoyens avaient signé une pétition contre la nouvelle loi environnementale. 24 ONG et 80 mouvements écologistes s’y étaient opposés, mais le cœur de la contestation c’était la nuit, devant le Parlement. Le mouvement des "Citoyens éveillés" a commencé le premier jour après la fin du premier confinement, c’était la veille du vote. Ils et elles avaient manifesté à plusieurs, ils et elles savaient que la loi serait votée, ils et elles ont créé une assemblée citoyenne et quelqu’un a eu l’idée de rester devant le Parlement toute la nuit, même si c’était symbolique, c’était pour montrer leur opposition et le déni de démocratie. Puis, ils et elles ont décidé de revenir la nuit suivante et puis, une chose en amenant une autre, ils et elles sont venu·e·s 62 nuits.

Finalement, au bout de deux mois, le mouvement d’occupation s’est arrêté, l’été est arrivé, les militant·e·s ont fini par se disperser, mais le groupe crée et fédéré par cette cause continue de se mobiliser, de différentes façons, pour différents combats. Ces "Citoyens éveillés" ont décidé de sauver la démocratie.

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