Deuxième édition de la mensuelle, avec, au programme, des heures et des heures d'auditions parlementaires, la vérité sur le GIEC, et les monnaies alternatives qui pourraient sauver le monde des dérives de la spéculation.

La mensuelle : auditions ratées, calottes glacières et monnaies locales
La mensuelle : auditions ratées, calottes glacières et monnaies locales © Radio France / Claire Braud

Une fois par mois dans Foule Continentale, on prend de la hauteur pour passer du terrain au studio, des vies de militants aux journées de travail de nos décideurs, du très local au supranational, pour raconter les coulisses du pouvoir des grandes institutions, pour comprendre comment fonctionnent les lieux de décisions et ce qui peut bouger, à cette échelle là.

Ludovic Lamant de MediaPart est là pour tout décrypter des institutions européenne, Vincent Lucchese de Usbek et Rica nous éclaire sur le monde inquiétant et lointain de la finance, et enfin avec Aude Massiot de Libération, on s’intéresse aux problématiques environnementales.

A Bruxelles, les auditions des aspirants à la Commission européenne ont viré au drame pour la France

La commission, c’est l’exécutif de l’Europe, l’institution qui s’assure du respect des fameux traités - Maastricht, Amsterdam, Lisbonne...  Elle est composée de 28 commissaires, bientôt 27 après le Brexit et la prochaine sera présidée par l’Allemande Ursula von der Leyen. 

En ce moment est en train de peaufiner son casting, et c'est tout l’enjeu de ces auditions.

Ludovic Lamant a passé des heures vissé devant son écran d’ordinateur pour suivre ces auditions, trois par jour minimum, de 9h à 21h.

Il y a eu des effets spéciaux, avec une audition d’un commissaire à la justice, le Belge Didier Reynders, plongé dans le noir au bout d’une heure.

Il y a eu cet eurodéputé allemand de Die Partei, Nico Semsrott, qui a sans doute posé la question la plus étrange de cette trentaine d’auditions. Au plein milieu d’une audition hyper technique, et très chronométré, il s’est s’est mis à ironiser sur les dons de voyance du futur commissaire à la prospective. Il lui a demandé de regarder dans sa boule de cristal pour les années à venir, provoquant l’hilarité de certains députés.

Et enfin, il y a du sang dans ces auditions. Ils sont 3 candidats sur 26, à avoir été rejetés par les députés : un Hongrois conservateur, une Roumaine sociale-démocrate, et la libérale Sylvie Goulard, la candidate française. Cette dernière a hérité d’un portefeuille colossal, incluant le marché intérieur, l’intelligence artificielle, la défense ou encore l’espace, un portefeuille dont la cohérence fait débat. Sylvie Goulard a aussi dû longuement se justifier sur son éthique, et les échanges ont été musclés. Elle fait l’objet d’une enquête qui la vise, en France mais aussi au sein de l’Office européen de la lutte anti-fraude, dans le cadre des emplois présumés fictifs du Modem au parlement européen.

Parlement qui, sur ce coup, joue à fond son rôle de contre-pouvoir. On ne voit presque jamais cela à l’Assemblée nationale, des ministres qui se feraient interroger sur des questions éthiques par des députés. Les nordiques ont l’habitude, mais nous en France, nous sommes assez impressionnés.

Sylvie Goulard a  donc été rejetée à cause de cette histoire d’emploi présumés fictif au parlement, mais il y a aussi ce travail de consultante pour l’Institut Berggruen, un think tank américain, de 2013 à 2015, et qui lui a permis d’être rémunérée certains mois à plus de 10 000 euros, en plus de son salaire d’eurodéputée. 

Elle est tombée parce qu’elle n’était pas assez exemplaire, mais elle a aussi été la victime collatérale d’un agacement  chez beaucoup d’eurodéputés, vis-à-vis de l’exécutif français. Eux n’ont pas digéré qu’Emmanuel Macron n’ai pas retenu les noms proposés par le parlement pour diriger la Commission européenne. C'est en somme une forme de vengeance politique du camp des conservateurs. Maintenant la France va présenter un ou une nouvelle candidate. Les roumains et les hongrois aussi, pour passer de nouvelles auditions. 

Ce qui se cache vraiment derrière les 4 lettres du GIEC

Les préoccupations environnementales sont sur le devant de la scène et il en a souvent été question dans Foule Continentale, les jeunes partout en Europe font la grève les jeudi ou vendredi pour exiger des actions autour des questions de climat et leur fer de lance, Greta Thunberg, n'a de cesse de brandir les rapports du GIEC pour alerter les dirigeants. Mais qu'y a-t-il vraiment derrière cet acronyme ?

GIEC signifie "groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat".

Ce groupe de scientifiques a publié un fameux rapport dont la sortie a été retentissante, en octobre 2018. Dans ce pavé de 250 pages, on peut lire à quoi ressemblerait notre monde avec 1,5°C de plus, par rapport à l'époque préindustrielle. Spoiler Alert : c'est assez angoissant.

Aude Massiot est allé fin août assister à une réunion d'étape du rapport du GIEC sur les effets du dérèglement sur les glaces, et les océans. 

Elle y a appris que quand ils travaillent pour le GIEC, les scientifiques ne sont pas payés. Seuls les déplacements et les hébergements des chercheurs des pays en développement sont pris en charge par le GIEC, et son budget plutôt limité d'environ 6 millions d'euros.

Youba Sokona, le vice président malien de l'organisation a précisé que le GIEC ne fait pas de recommandation aux gouvernements, il ne fait que présenter une palette de solutions, c’est ensuite aux politiques de faire des choix.

A la recherche de monnaies alternatives pour contrer les dérives de la spéculation

Dans la précédente mensuelle, on apprenait que 90 % de notre agent est créé ex nihilo par nos banques, au moment où nous leur empruntons cet argent. Et jusqu’à 98% de la monnaie ne servirait plus l’économie réelle aujourd’hui et tournerait en vase clos dans le monde de la finance.

Mais ces chiffres n’ont rien d’inéluctable nous explique Vincent Lucchese, puisque la monnaie n’est pas une loi fondamentale de la physique, c’est juste une création arbitraire des humains. Il y a donc plein de gens qui réfléchissent à des monnaies alternatives ou à d’autres façons de créer la monnaie.

Il y a par exemple cette monnaie hélicoptère : l’expression vient du très influent économiste Milton Friedman. Dans un article en 1969, il réfléchit à différentes manières de réguler la quantité de monnaie dans une économie et parmi les alternatives non conventionnelles, il évoque cette image qui depuis lors est restée : pourquoi ne pas survoler la ville avec des hélicoptères et larguer des billets de banques pour l’ensemble de la population?

L’idée progresse, mais elle serait compliquée techniquement à mettre en oeuvre et elle a longtemps été tabou, pour des raisons idéologiques et parce que les banques n’ont pas du tout envie d’être court-circuitées.

Pour contrer la spéculation, il y a aussi les abeilles, les pêches, les bouzouks, les euskos, les galais ou les sol-violettes... ce sont des monnaies locales et il en existe aujourd’hui une cinquantaine en France. Elles se sont multipliées dans les années 2010, en réaction à la crise financière. 

La monnaie alternative n'est bien sûr pas une monnaie souveraine, elle reste adossée à l’euro. C’est-à-dire qu’une roue, en Provence, ou une abeille, à Villeneuve-sur-Lot équivaut 1 euro. Le taux de change est fixe, il n’y a pas de cours de l’abeille, on ne peut donc pas spéculer dessus.

Les euros correspondants à la somme de monnaie locale en circulation sont placés dans une banque éthique ou servent à des projets d’économie sociale et solidaire par exemple. Si on paye son commerçant avec une monnaie locale, on est sûr que cet argent n’ira pas nourrir des circuits spéculatifs. Ensuite, la monnaie complémentaire permet de re-dynamiser l’économie locale. Parce que seuls les habitants et les commerçants locaux ont accès à cette monnaie.

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