On parle souvent des parcours de ceux qui arrivent à l’Ouest pour travailler, moins des lieux qu’ils ont quitté. Or en 30 ans, la Bosnie a perdu 20% de ses habitants, la Lettonie 25%. On a voulu y aller, entendre ce que ces départs impliquent pour ceux qui restent derrière. Comme Stefan Blagic, 27 ans.

Foule continentale en Bosnie
Foule continentale en Bosnie © Claire Braud / Radio France

L’exposition Mobile/Immobile qui se tient aux Archives nationales à Paris nous montre comment la mobilité n'est pas toujours affaire de choix, comment elle est aussi subie, que ce soit à cause du travail, des guerres, des problèmes écologiques. Christophe Gay, co-directeur du forum Vies mobiles nous fait visiter l'exposition qui se tient jusqu'au 29 avril. Une exposition qui nous permet de réfléchir à nos mouvements, et ceux des autres. La tension qui existe aujourd'hui entre la valorisation de celui qui ne cesse de se déplacer, l'insécurisation et la précarité que qui peut animer celui qui est contraint de bouger, et la nécessité ressentie par de plus en plus de personnes de ralentir le mouvement. 

On peut voir dans cette exposition des photographies de Vincent Jarrousseau et son "Voyage à Denain" dans le Nord de la France, une ville qui a accueilli des ouvriers venus de l'Europe entière depuis le début du XXe siècle, une ville qui vote aujourd’hui majoritairement FN. 

Parmi les œuvres exposées, figurent aussi celles de Tim Franco, artiste franco-polonais qui a vécu 11 ans en Chine et photographié le mouvement des paysans vers les villes Chine. Peut-être que s’il photographie les migrations c’est aussi parce qu’il les a observées dans sa propre famille.

Il existe en Europe un phénomène massif, celui qui vide actuellement les pays des Balkans, une sorte de mouvement perpétuel de l'Est de l'Europe vers l'Ouest. Un article récent du Monde.fr titrait ce mois d'avril 2019 : En Europe de l'Est, l'angoisse démographique. On y apprend que les 10 pays risquant de perdre le plus d’habitants d’ici la moitié du siècle sont la Roumanie, la Bulgarie, la Croatie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne la Moldavie, la Serbie et l’Ukraine.  Un tel déclin démographique est sans précédent en temps de paix dit Thomas Sobotka de l’Institut démographique de Vienne, en Autriche. Le déclin démographique dans ces Etats d’Europe centrale s’apparente désormais à une menace existentielle. La tendance est d’autant plus frappante qu’elle opère une division nette entre l’est et l’ouest de l’Europe. L’impact des flux migratoires est en passe de reconstituer une sorte de “rideau de fer démographique”. Une crise démographique sur laquelle les populistes prospèrent...

Laurent Geslin, est journaliste et rédacteur en chef du Courrier des Balkans et auteur avec Jean-Arnault Desrins de "Là où se mêlent les eaux, des Balkans au Caucase, dans l’Europe des confins. Il arpente les pays des Balkans depuis des années et observe de près les départs massifs de population, diplômées ou non, qui laissent des régions entières désertes, vidées de leurs forces vives. Il nous explique les multiples raisons de ces départs massifs et nous raconte aussi le bouillonnement que vivent ces pays actuellement secoués par des manifestations et des mouvements sociaux. 

C’est vraiment effrayant, tu ne vois personne dans les rues

_"Les seuls endroits encore vivants sont les grandes villes : Sarajevo, Banja Luka, peut-être Mostar et Tuzla. C’est vraiment triste, ça me brise le cœur." Q_uasiment tous ses amis ont quitté le pays entre 2015 et 2017. Ils sont partis pour la Slovénie, l'Autriche, l'Allemagne, pour travailler, trouver un meilleur salaire, de meilleurs services de santé, d'éducation, et surtout des institutions qui fonctionnent de manière plus démocratique et moins corrompues. 

"Aujourd’hui, vous pouvez travailler mais votre salaire est tellement bas que vous ne pouvez pas nourrir votre famille ou vos enfants. Et c’est terrifiant.  Il y a plus de classe moyenne. Aujourd’hui, il y a 80 ou 90 % de la population sont très pauvres, et 1 ou 2% qui sont extrêmement riches". 

Stefen a monté l'association Re-start Srepska - comme pour rebooter sa région, son pays. Une de leurs premières actions a été de concevoir un mur des lamentations au centre de Banja Luka, un mur où chacun est venu inscrire le nom d'un parent qui est parti, qui n’en pouvait plus d’attendre un hypothétique avenir meilleur. Et le mur a été complètement couvert de noms en deux heures."

Cette action a eu un tel impact que ça faisait peur à voir

Stephen dit que la Bosnie Herzégovine n'a pas besoin d'intégrer l'Union Européenne, c'est pratiquement déjà fait. 

Razvan est roumain, il vit à Timisoara, il a 28 ans. La Roumanie aussi bouillonne depuis quelques mois. De grandes manifestations ont eu lieu cet été. Certains notaient qu’elles s’étaient déroulées en été notamment parce que les expatriés roumains étaient alors en vacances dans leurs pays d’origine. Ils se mobilisent contre la corruption pour que leur pays change et qu’ils puissent enfin retourner y vivre. Razvan a participé aux manifestations dans un pays qui selon lui vit toujours dans un système féodal.

Parallèlement un autre mouvement existe : celui d'étudiantes et d'étudiants qui partent étudier notamment la médecine, dans des pays de l'Est membres de l'Union européenne comme la Roumanie ou bien plus au nord comme en Lettonie où de nombreux étudiants allemands qui n'ont pu intégrer le cursus dans leur pays viennent dénicher un diplôme. C'est le cas de Keshia, 24 ans et Anna 21 ans, de Berlin toutes les deux et étudiantes à Riga. Elle savent que cet afflux d'étudiants bouleversent le marché immobilier de la ville. Elles n'ont pas l’intention de s'attarder dans le pays à la fin de leurs études, elles veulent voyager et savent que l'Europe leur permettra cela. 

La programmation musicale : PONGO - Kuzola

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