C'est sur un coup de tête que le jeune journaliste Loup Bureau est parti en Ukraine, en 2014, après avoir vu les images des révolutionnaires de la place Maidan. Ivona Kostyna, elle, faisait partie de ces jeunes gens qui avaient investi la place : elle était responsable de la cantine et elle y passait toutes ses nuits.

En Ukraine : la révolution et les tranchées
En Ukraine : la révolution et les tranchées © Radio France / Claire Braud

En 2014, place Maidan, les ukrainiens pro-européens étaient sortis en masse pour dénoncer le pouvoir en place, la corruption, et ils avaient obtenu la fuite de leur oligarque de président vers la Russie. Loup Bureau couvrait à l'époque l'actualité en Egypte où il vivait. Il suivait le mouvement Maidan de loin, puis, un peu du jour au lendemain, il a pris l'avion pour Kiev, pour découvrir ce qui se jouait là-bas, pour raconter. 

Loup Bureau dans son appartement parisien
Loup Bureau dans son appartement parisien © Radio France / Caroline Gillet

Au bout de deux jours sur place, Loup était derrière les barricades aux côtés de Dima, un jeune manifestant rencontré sur place

On a tous été choqués en tant que journalistes : les snipers et les berkouts qui tiraient à la kalachnikov sur les manifestants qui essayaient de remonter jusqu'à la Rada. Le centre ville de Kiev s'était transformé en zone de guerre. Pas comme on l'entend en France avec les gilets jaunes. Là c'était des armes de guerre qui étaient utilisées, et il y avait des dizaines et des dizaines de morts et de blessés. 

Quand Victor Ianoukovitch a fui le pays, Loup est alors allé en Crimée et il a assisté à l'annexion de la région par la Russie. 

Il y est retourné quelques années après pour filmer le quotidien des soldats sur le front dans le Donbass. Il y a découvert une guerre de tranchées, où les hommes s'ennuient, mais où chaque camp dispose d'une puissance de feu considérable et où les attaques au lance roquettes sont quotidiennes.

Ce sont des conditions similaires à la Première Guerre Mondiale, les bunkers sont en rondins, en sacs de sable, il y a très peu de moyens technologiques, tout est très rudimentaire. Il y a beaucoup de civils qui se relaient pour aider, mais sur certaines positions, il n'y a plus d’eau, plus de patates. Dans les tranchées, il y a la boue pendant l’hiver, les parois s’éboulent, il faut recreuser, re-solidifier, comme pendant la Première Guerre. Il y a aussi les problèmes de maladie, avec les rats, les hommes qui n'arrivent pas à dormir...

Quand on l'interroge sur l'avenir de l'Ukraine, Loup estime qu'il y a peu de chances que le pays récupère un jour la Crimée. Malgré les pourparlers engagés entre Valdimir Poutine et Vlodymyr Zelensky à Paris en décembre 2019.

Ivona Kostyna elle, avait 18 ans quand le mouvement EuroMaidan a commencé à occuper la place du même nom

Elle rentrait d'un été en France et l'annonce du retrait de la candidature ukrainienne pour l'adhésion à l'Union Européenne a été un choc pour elle qui s'imaginait vivre et étudier à l'étranger. Elle rejoint les manifestants de Maidan et y retrouve le sentiment de communauté auquel elle a toujours aspiré.

Moi, personnellement, je luttais pour le droit de choisir. Je n’étais pas en colère parce qu’on a changé de décision concernant l’Europe,  j’étais en colère parce que cette décision a été prise par une seule personne. J’ai trouvé ça complètement injuste. En fait on m’a forcé à choisir entre quitter mon pays ou rester sans pouvoir être en relation avec une communauté européenne à laquelle je voulais appartenir.

Yvona Kostyna dans les locaux de Veteran Hub
Yvona Kostyna dans les locaux de Veteran Hub © Radio France / Caroline Gillet

Ivona participe à la création de la cantine de Maidan, elle est en charge de nourrir des centaines de manifestants qui occupent les lieux nuit et jour. Régulièrement, les forces de police viennent déloger les jeunes gens, jusqu'à l'attaque du parc Marinski où des snipers prennent en chasse et abattent les manifestants.

Les manifestants avaient cassé les vitres du tram pour en faire des obstacles, et en regardant en l’air aux fenêtres des immeubles, on voyait soit des gens qui nous regardaient ou bien des snipers qui tiraient.Quand les policiers ont franchi les barricades, je me suis mise à courir, et je me souviens avoir vu un type qui nous regardait, son café à la main, à l'intérieur d’une cafétéria… Dans la rue, il y avait une centaine de gens qui couraient, en sang, pourchassés par des policiers en armes, et lui il buvait son café…

C'est après ces affrontements, durant lesquels un ami d'Ivona est tué, qu'elle commence à expérimenter ce qu'elle identifiera plus tard comme un "stress post traumatique".

Elle a décidé de mettre cette expérience au profit des militaires vétérans de l'armée ukrainienne en fondant Veteran Hub, un lieu de rencontre et de conseil pour les retraités de l'armée et leurs familles, mais aussi pour d'anciens prisonniers politique. Veteran's Hub leur propose une aide juridique et psychologique.

 En Ukraine : la révolution et les tranchées
En Ukraine : la révolution et les tranchées © Radio France / Claire Braud
 En Ukraine : la révolution et les tranchées
En Ukraine : la révolution et les tranchées © Radio France / Claire Braud
 En Ukraine : la révolution et les tranchées
En Ukraine : la révolution et les tranchées © Radio France / Claire Braud
 En Ukraine : la révolution et les tranchées
En Ukraine : la révolution et les tranchées © Radio France / Claire Braud
 En Ukraine : la révolution et les tranchées
En Ukraine : la révolution et les tranchées © Radio France / Claire Braud
 En Ukraine : la révolution et les tranchées
En Ukraine : la révolution et les tranchées © Radio France / Claire Braud
 En Ukraine : la révolution et les tranchées
En Ukraine : la révolution et les tranchées © Radio France / Claire Braud

Pour aller loin : 

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.