À Cracovie, Weronika a fondé une coopérative café-librairie militante avec des amis. Pour prendre les décisions, ils ont imaginé un système démocratique inspiré de l'époque communiste. Mais en pleine crise sanitaire, dans un contexte politique difficile, il a fallut quitter les lieux. Wero a tenu un carnet sonore.

Épisode 71 - Pologne : Du communisme au corona, se rassembler par temps de crise
Épisode 71 - Pologne : Du communisme au corona, se rassembler par temps de crise © Claire Braud

Dans ce nouvel épisode de Foule continentale, on part pour l’Est, parce que, souvent, dans cette émission, c’est là-bas que l’on va pour trouver des idées. C’est ainsi en Pologne que l’on a fait la connaissance de Weronika Śmigielska. La jeune femme, militante, a participé à créer, à Cracovie, un lieu collectif qu’elle gère en coopérative, avec, au centre, un système démocratique pour prendre les décisions. Ce modèle économique reprend une structure d’entreprise coopérative, populaire pendant l’entre-deux-guerres et jusqu’à la chute du Mur, qui impliquait les travailleurs et les travailleuses dans les décisions. 

L'idée, c'est que les employé·e·s puissent avoir un vrai pouvoir sur l'endroit où ils et elles travaillent. Nous, on a un café-librairie, on y organise des rencontres avec des auteurs et des autrices, parfois des concerts... Mais ce qui est important, c'est qu'à l'intérieur, notre organisation et les prises de décisions sont démocratiques. On essaie que ce soit plutôt le consensus et pas le vote qui soit l'outil dominant.

Grande inquiétude

Weronika, qui se fait appeler Wero, que ce soit avec sa coopérative ou au quotidien, dans sa vie de jeune Polonaise, se pose la question de l’héritage de l’époque communiste et de l'état de la démocratie dans son pays. C'est en effet sur ce sujet précis que Wero et Caroline Gillet ont commencé à parler il y a quelques mois. C'était en mai dernier, alors que, dans son pays, le Covid-19 arrivait et que les élections présidentielles se préparaient. Weronika a commencé à enregistrer son carnet sonore intime, en envoyant régulièrement des messages vocaux, tandis qu'elle traversait une période de grande inquiétude, pour les élections à venir et pour les conséquences de la crise sanitaire sur sa coopérative. La coopérative s’appelle Ogniwo, ce qui veut dire « maillon ».

Sur son site (en polonais), il est indiqué qu'il s'agit d'une « librairie-café et d'un espace pour les organisations non gouvernementales de Cracovie et les initiatives indépendantes soutenant la tolérance au sens large, la lutte pour les droits des femmes et des minorités ».

Weronika avait raison de s'inquiéter. Le 25 mai dernier, elle envoyait, non sans émotion, un enregistrement sonore du déménagement d'Ogniwo. L'entreprise ne pouvait plus payer son loyer et a dû quitter les lieux. Quelques semaines plus tard, le Président conservateur polonais Andrzej Duda était réélu.

Pour mémoire, le parti Droit et Justice (connu sous son acronyme PiS) a été élu au gouvernement polonais en 2015. Depuis, en Pologne, la démocratie s’effrite : le gouvernement attaque sans relâche les droits des personnes LGBTQI , étouffe la liberté d’expression, menace l’indépendance de la justice. La Norvège a accueilli officiellement le 30 septembre dernier le militant polonais pour les droits humains Rafał Gaweł, au même titre que celles et ceux qui fuient des pays en guerre. L’accord de l’asile politique à un citoyen polonais symbolise une nouvelle étape du recul de la démocratie en Pologne.

Ce jeudi 22 octobre 2020, le Tribunal constitutionnel polonais a donné son feu vert à un nouveau durcissement de la loi sur l'avortement, déjà très restrictive. Wero a envoyé un message quelques heures après le vote. Elle écrit juste :

Parfois, je hais ce pays.

De Cracovie à Bucarest, composer avec son héritage communiste

À Bucarest, un autre collectif, Funky Citizens, se préoccupe aussi des questions de démocratie et se demande comment se rassembler, faire société, quand on appartient à des générations différentes. Funky Citizens a été fondé en 2012. Dans un article de Ouest France daté de 2017, on peut lire que la créatrice du projet, Elena Calistru « veut, avec sa sœur et leur meilleure amie, dépoussiérer les pratiques des ONG avec un activisme plus connecté et plus branché, qui fait le suivi en ligne des dépenses publiques et des pots-de-vin grâce à l’utilisation d’outils modernes ».  Durant les manifestations de 2017 contre le gouvernement et la corruption, plus d'un million de personnes utilisèrent leur plate-forme de vérification des faits politiques (en roumain).

Caroline Gillet est entrée en contact avec l'un des membres de Funky Citizens, Andrei Bulearca. Il présente un projet qui lui tient à cœur : l’ONG organise des ateliers d’éducation civique. Il dit : « On est le seul ancien pays communiste à ne pas avoir de musée de la vie sous le communisme. Rien n’est fait à l'échelle nationale. »

C’est compliqué de faire des généralités à propos du communisme, de dire que l’ensemble du communisme était mauvais. Ce qu’on essaye de faire, ce n’est pas de partager une opinion, de dire si le communisme était bon ou mauvais, on veut plutôt présenter les choses telles qu’elles étaient.

Escape game pédagogique sous l'œil de la Securitate

Alors, Funky Citizens a imaginé pour les scolaires un atelier de type escape game. Les élèves sont emmenés dans un appartement reconstitué, en l’état, comme dans les années 1980, et ils ont une série de missions.

Par exemple, on peut les mettre dans une situation dans laquelle ils ont deux informations différentes, contradictoires, à propos du même événement, et ils ont pour objectif de trouver la vérité.

Le moment le plus important de toute la visite, c’est la fin de celle-ci, quand on s’assoit et qu’on leur demande comment ils et elles se sont senti·e·s. Qu’est-ce que ça leur a fait que leurs droits soient bafoués ? Que les choses ne se passent pas comme ils l’entendent ? Que les choses ne se passent tout simplement pas bien…

La programmation musicale du jour

Fantastic Negrito, "Chocolate Samurai", 2020

Les dessins de Claire Braud

Épisode 71 - Pologne : Du communisme au corona, se rassembler par temps de crise
Épisode 71 - Pologne : Du communisme au corona, se rassembler par temps de crise / Claire Braud
Épisode 71 - Pologne : Du communisme au corona, se rassembler par temps de crise
Épisode 71 - Pologne : Du communisme au corona, se rassembler par temps de crise / Claire Braud
Épisode 71 - Pologne : Du communisme au corona, se rassembler par temps de crise
Épisode 71 - Pologne : Du communisme au corona, se rassembler par temps de crise / Claire Braud
Épisode 71 - Pologne : Du communisme au corona, se rassembler par temps de crise
Épisode 71 - Pologne : Du communisme au corona, se rassembler par temps de crise / Claire Braud

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