Près du Mont Saint Michel, Emilie élève 30 vaches. Son père faisait de l'agriculture intensive, il est passé au bio. Elle observe à présent les voisins passer au bio intensif. Près de Riga en Lettonie, Alma élève 60 vaches. Ses parents et grands-parents étaient agriculteurs dans les kolkhozes, elle a renoncé au bio.

Foule continentale, génération climat
Foule continentale, génération climat © Claire Braud / Radio France

Pour préparer cette émission on a parlé à beaucoup de jeunes agriculteurs, un peu partout sur le continent : certains qui travaillent en conventionnel, d’autres en bio, d’autres récemment reconvertis. On a décidé de donner la parole à deux éleveuses de vaches, qui se démènent avec certaines des contradictions de nos temps. L’une est en Lettonie, l’autre à l'autre extrémité du continent, en Normandie. 

Emilie

Ado, Emilie se disait qu'un jour elle travaillerait avec les enfants, mais avant elle s’était fait une to do list de choses qu’elle souhaitait faire absolument : une saison de travail à la montagne, des vendanges, du woofing notamment au Canada. Après avoir complété sa liste, a fait une formation d'éducatrice et elle a trouvé un CDI dans une crèche. Mais elle s'est vite rendue compte qu'elle s'ennuyait, elle a repris une formation et a finalement décidé de reprendre l'exploitation familiale avec son frère Benoit.  Ils ont intégré un GIE, un groupement de 24 producteurs de Normandie qui font de la vente directe en région parisienne. Emilie livre de la viande bovine une fois de temps en temps, du poulet et du jus de pomme. Alors que son père militait dans les syndicats, Emilie s’engage davantage pour défendre les labels bios (et participe notamment à l'organisation de la fête de la bio et vous y invite) et comme PIG, Pisseuse volontaire de glyphosate. Pour dénoncer l’importante présence du produit, même dans l’urine des agriculteurs du bio. "Mes parents se sont installés à la fin des années 1970. Ils sont alors rentrés dans un système qui les incitait à produire un maximum et à faire du chiffre. Mais au bout de quelques années, ils se sont rendu compte que cela ne leur correspondait pas : ils vivaient avec trois enfants, ils passaient des heures sur leurs tracteurs, ils n’avaient pas de revenus, et leurs animaux n’étaient pas en bonne santé. Alors en 1998, ils sont passés en bio. A l’époque, ce n’était pas forcément bien vu. Notre famille était la « bizarrerie » du coin. Aujourd’hui, le label bio a le vent en poupe. L’enjeu maintenant, c’est plutôt de garantir ses critères d’éligibilité qui, à cause de lobbys et de grosses entreprises, pourraient s’alléger. On voit, par exemple, des éleveurs bios construire des poulaillers où vivent 12.000 animaux. Avec autant de poules, il ne faut pas rêver, elles ne vont pas toutes à l’extérieur. Il faut que nous, producteurs bios, soyons vigilants, pour préserver notre éthique. On ne veut pas se retrouver dans une agriculture biologique industrielle". 

Alma

Alma porte une jupe au dessus d’épais collants, elle a des boucles d’oreille faites de tranches d’oranges séchées.  La couleur est proche de celle de ses cheveux, arrangés en dreadlocks.  Elle est un peu plus jeune qu’Emilie, 26 ans et elle sa liste de rêves et de souhaits elle se l’ai faite tatouer sur le corps, un peu partout. Pour ne pas les oublier. Elle est par ailleurs très enceinte de son troisième enfant. Elle aussi a repris une exploitation familiale après avoir d'abord pensé devenir journaliste. Elle a aujourd'hui une soixantaine de vaches et face à la quantité de paperasse, a choisi d'utiliser des méthodes d'élevage bio, mais de renoncer au label. Elle évoque les kolkhozes, les fermes collectives de l'ex-URSS dans lesquelles travaillaient ses parents et grands-parents. Puis les années 1990 et la transition à la privatisation. Enfin l'entrée dans l'Europe, la PAC, ses avantages et ses injustices. Pour aller plus loin :La page Facebook ferme de Claire : La BinolaisProgrammation musicale : ALA.NI, DifferentlyLa page Facebook de Foule Continentale

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