Alors que les négociations sur la nouvelle Politique agricole commune (PAC) battent leur plein à Bruxelles, Ludovic Lamant et Caroline Gillet tentent de s'infiltrer dans les locaux du syndicat agricole le plus puissant de France, la FNSEA. Mais, fait inédit dans l'histoire de PAR EFFRACTION, on les invite à entrer.

Pour ce nouvel épisode du hors-série PAR EFFRACTION, Caroline Gillet et Ludovic Lamant tentent de s'infiltrer dans les locaux de la FNSEA, syndicat agricole le plus puissant de France
Pour ce nouvel épisode du hors-série PAR EFFRACTION, Caroline Gillet et Ludovic Lamant tentent de s'infiltrer dans les locaux de la FNSEA, syndicat agricole le plus puissant de France © Claire Braud

Une fois par mois, le hors-série PAR EFFRACTION tente d’entrer dans un lieu de pouvoir, si possible lointain, inaccessible et complexe, pour observer comment il fonctionne, ce qui y bouge, ou pas, et ce que peuvent les citoyen·ne·s. Après des tentatives à l'Autorité bancaire européenne, au siège de Google France ou encore dans un restaurant de type fast-food, c'est ce mois-ci, avec Ludovic Lamant, spécialiste des questions européennes à la rédaction de Mediapart, un organe de pouvoir de l'agriculture européenne qui est dans le viseur de Caroline Gillet.

Une nouvelle politique agricole commune

La FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) est le syndicat agricole le plus puissant de France. C’est le syndicat majoritaire du secteur en France, l’interlocuteur privilégié des pouvoirs publics, mais il serait aussi, selon ses détracteurs, le relais des intérêts agro-industriels français. Cette fédération est même l’un des acteurs-clés d’une négociation énorme, qui resurgit tous les sept ans et dont la nouvelle mouture est en train d’être négociée à Bruxelles, en ce moment : la PAC. La politique agricole commune est un sujet bien connu des Européen·ne·s, mais pas forcément compris. PAC : le sigle peut sembler un peu poussiéreux et pour cause, il est aussi vieux que l’Europe et le Traité de Rome mais ses enjeux contemporains sont énormes parce qu’une fois que le nouveau texte sera adopté, on ne pourra plus y toucher pour les sept prochaines années. Or, la PAC représente le tiers de tout le budget de l’Union européenne. Pour les agriculteurs français, cela représente 62 milliards d’euros d’aides pour les sept années à venir. Compte tenu de la crise économique qui frappe le monde agricole et le mal-être de beaucoup de paysans, ces aides sont décisives pour ne pas dire vitales.

La PAC, ce n’est toutefois pas juste une histoire d’agriculteurs qui veulent s’assurer des aides directes et des revenus à peu près stables pour les années à venir, auprès de Bruxelles, c’est aussi un enjeu-clé pour la qualité de l'alimentation. La PAC détermine ce que l’on mange, ce que ça coûte, d’où ça vient et comment c’est produit. Elle pourrait aussi devenir un instrument au service de la Transition écologique, le fameux Green Deal, le "Pacte vert", qu’a promis Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, quand elle a débarqué à Bruxelles, en 2019. Ainsi, toute une génération de militant·e·s suit tout cela de près, parmi lesquel·le·s Greta Thunberg. Sur les réseaux sociaux est apparu le mot-dièse #VoteThisCAPDown, (que l'on pourrait traduire en "Faites tomber la PAC", en français) dans des vidéos postées durant les débats sur la PAC au Parlement européen en octobre dernier, juste avant le vote.

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Dans d'autres vidéos qui ont circulé, on voit des jeunes lycéen·ne·s avec des pancartes devant le Berlaymont, le siège de la Commission européenne à Bruxelles.

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À qui profite la PAC ?

Pour cette génération de militant·e·s du climat, la PAC, en l’état, ne fait que soutenir un modèle d’agriculture intensive, qui est devenu obsolète. Ce qui semble sûr, c'est que la PAC qui est en train d’être finalisée et qui sera appliquée jusqu'en 2028 ressemble terriblement à la PAC des dernières décennies : 1990, 2000, 2010. La Politique agricole commune donne l’impression d’un mastodonte, impossible à réformer, parce que plusieurs acteurs, notamment la FNSEA, ont intérêt à cette inertie. Le principe de la PAC semble gravé dans le marbre : les exploitants touchent des aides directes en fonction de la taille de leur exploitation, indépendamment de ce qu'ils produisent. Forcément, ce système incite à agrandir les parcelles et à pratiquer de l’agriculture intensive.

Ainsi l’on en arrive à cette statistique très parlante : à l’échelle des 27 pays de l'Union européennes, 20 % des agriculteurs, les plus gros, empochent 80 % des aides. À l’échelle de la France, c’est un peu moins raide : 20 % des acteurs bénéficient de 54 % des aides. En France, entre suicides, bas salaires et non-renouvellement des départs à la retraite, beaucoup d’agriculteurs sont dans une grande détresse, mais ils votent en majorité pour la FNSEA. Pour Benoît Biteau, eurodéputé écologiste, interrogé sur France Info quelques jours après le vote du Parlement sur la nouvelle PAC, il s'agit d'un syndrome de Stockholm.

PAR EFFRACTION sans effraction

Mais pour essayer de comprendre quels sont les intérêts de la FNSEA et quel rôle elle joue, à l'échelle européenne, sur la négociation de la nouvelle Politique agricole commune, Caroline Gillet et Ludovic Lamant sont allé·e·s rencontrer le Vice-Président du syndicat, en charge du dossier PAC. Il s'appelle Arnaud Rousseau, il est producteur de colza, de betteraves, descendant d’agriculteurs sur six générations et maire du village de Trocy-en-Multien, en Seine-et-Marne, où se trouve son exploitation de 700 hectares.

C'est donc un épisode du hors-série PAR EFFRACTION sans effraction aucune qui est proposé cette semaine puisque Caroline et Ludovic ont été invité·e·s et reçu·e·s au siège de la FNSEA dans le huitième arrondissement de Paris.

Pour aller plus loin

La programmation musicale du jour

Gorillaz (ft. Beck), "The Valley of The Pagans", 2020

PAR EFFRACTION est le hors-série mensuel de Foule continentale qui s'intéresse aux lieux de pouvoir où se prennent les décisions à l'échelle supranationale
PAR EFFRACTION est le hors-série mensuel de Foule continentale qui s'intéresse aux lieux de pouvoir où se prennent les décisions à l'échelle supranationale / Claire Braud
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