Qui dit vrai ? La question se pose pour Oksana qui a vécu Euromaïdan en Ukraine et Arina, jeune pro-Poutine qui travaille sur un yacht à Sotchi en Russie. Les relations entre leurs deux pays sont tendues, on a organisé une rencontre entre elles, des deux côtés de la guerre d'influence.

Arina et Oksana : quand la Russie et l'Ukraine dialoguent
Arina et Oksana : quand la Russie et l'Ukraine dialoguent © Radio France / Claire Braud

C'était les élections en Ukraine, dans ce pays en guerre à la frontière avec la Russie dans le Donbass, on continue d'être très inquiets de l’influence potentielle de la Russie, c'est ce que nous raconte Oksana. 

D'un autre côté pour Arina qui vit à Sotchi en Russie, grâce à Vladimir Poutine les gens vivent beaucoup mieux. La preuve, son petit village de Sotchi perdu entre la mer Noir et les montagnes du Caucase est devenu un lieu de villégiature luxueux.

Oksana est ukrainienne, elle a 33 ans. Elle vivait en France quand les manifestations ont commencé et que les habitants de Kiev ont occupé la place de Maïdan, dans un mouvement baptisé Euromaïdan. Elle a alors immédiatement décidé d'arrêter ses études et de rentrer à Kiev. Elle intègre l'équipe médicale et passera des semaines à soigner les blessés. Ces événements, sont encore évoqués aujourd’hui, en Ukraine et en Russie, utilisés dans une guerre de l’information qui se joue entre les pro et les anti-russes.

Arina a 27 ans, elle est russe et vit à Sotchi et travaille comme marin à bord du yacht d'un riche patron russe avec son mari capitaine. Son enfance et son adolescence ont été compliquées, avec un père vétéran de la guerre en Tchétchénie très dur et violent. Arina est pro-Poutine. Pour elle, si on n'entend pas l'opposition en Russie c'est tout simplement parce qu'il n'y en a pas, et les opposants assassinés, empoisonnés sont des fables. Pourquoi le pouvoir s'embêterait avec ces histoires alors qu'il pourrait les éliminer discrètement ? Quant aux événements se Maïdan, tout le monde sait bien que les manifestants ont été payés pour venir occuper la place...

Nous avons décidé de les faire dialoguer à distance toutes les deux, et leur discussion met à jour la guerre de l'information qui a lieu dans leur pays respectif. Une guerre de l'information et de l'influence qui pourrait aussi se jouer au moment des élections européennes qui auront lieu en Mai prochain dans tous les pays membres de la Communauté européenne. 

Kevin Limonier est Maître de conférences à l’Institut français de géopolitique et au département d’études slaves de l’Université Paris 8. Il est spécialiste des questions de cyberespace russophone, notamment. Il explique qu'il faut distinguer deux zones d'influence de la Russie : l'une dans l’ancienne zone historique de l'ex-URSS et puis l'autre dans les grands États plus à l’Ouest, comme l'Allemagne, la Suède, l'Italie. Il décrypte le softpower mis en œuvre par la Russie au travers des médias notamment Russia Today et l'agence Spoutnik mais aussi du financement de certains partis d'extrême droite dans plusieurs pays d'Europe comme Salvini en Italie ou Marine Le Pen en France.

La programmation musicale : Andrew Bird, "Sisyphus"

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Arina et Oksana : quand la Russie et l'Ukraine dialoguent 1/4
Arina et Oksana : quand la Russie et l'Ukraine dialoguent 1/4 © Radio France / France Inter
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Arina et Oksana : quand la Russie et l'Ukraine dialoguent 2/4 © Radio France / France Inter
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Arina et Oksana : quand la Russie et l'Ukraine dialoguent 3/4 © Radio France / France Inter
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Arina et Oksana : quand la Russie et l'Ukraine dialoguent 4/4 © Radio France / France Inter
Les invités
  • Kevin LimonierChercheur à l’Institut Français de Géopolitique et enseignant à l’Université russe d’Etat de sciences humaines, RGGU de Moscou
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