Patrick Cohen et Patrice Bertin
Patrick Cohen et Patrice Bertin © Yohav Oremiatzki / Yohav Oremiatzki

Retour sur l’étape nordiste d’un week-end festif et itinérant pour France Inter. La station avait posé ses micros samedi sur la scène du Théâtre du Nord à Lille où cinq grandes voix de l’info étaient réunies autour de Patrick Cohen.

Texte et photos : Yohav Oremiatzki / Vidéo : Magali Judith

"La radio est éternelle. À chaque fois qu’un nouveau médium émerge, on dit qu’il va la détrôner. Mais ça n’arrive pas, et c’est plutôt sympa même de voir cette bonne santé au bout d’un demi-siècle". Pour Patrick Poivre d’Arvor, révélé par France Inter en 1971 à la faveur d’un concours de reportages, il suffit de voir le Théâtre du Nord bondé, au cœur de la Grand Place illuminée, d’écouter ces gens qui "adorent leur radio, et qui l’ont dans les oreilles" pour se convaincre de cette vitalité.

La salle se remplit en quelques minutes. Elle met plus de temps à se vider après deux heures de direct. Chacun tenant à glisser son petit mot ou à prendre une photo avec son animateur fétiche. Certains sont simplement venus pour "mettre des visages sur des noms". Jean-Marc n’est pas un auditeur de France Inter mais de France Bleu Nord. À 21 ans, il se voit journaliste. Il est venu "pour « l’histoire radiophonique et pour Jean-Pierre Elkabbach". Francis, quant à lui, tient à ce que la radio reste un média de proximité, un service public.

On ne fête pas seulement le cinquantenaire d’Inter"

Patrick Cohen
Patrick Cohen © Yohav OREMIATZKI / Yohav OREMIATZKI

Revenir à Lille, c’est aussi important pour Patrick Cohen, Sophie Bécherel ou Jean-Pierre Elkabbach. Les deux premiers sont des anciens de l’ESJ (École Supérieure de Journalisme de Lille). Le dernier a été formé à France Inter "à la dure", dans les années 70, en particulier par Jacqueline Baudrier, première femme PDG de Radio France, et Pierre Fromentin. Il garde en mémoire des émissions réalisées dans la région quand il était "interdit de politique". "Il y a une triple raison de ma présence : d’abord j’aime Lille et le Nord [...]. Et puis il y a cette forme de nostalgie et de tendresse ; j’étais là quand le général de Gaulle était venu écouter l’équipe qui faisait le journal à l’époque. Enfin, c’est une forme de soutien à la création de France Inter et à tous les médias radios pour qu’ils s’adaptent et évoluent avec Internet."

"On ne fête pas seulement le cinquantenaire d’Inter, mais on fête la radio tout au long de ces trois jours", commente l’animateur du 7/9 à la fin de ce show radiophonique, soulignant le côté "œcuménique" des grandes stations sur le plan de l’information.

Autrement dit, célébrer les 50 ans de France Inter, c’est revenir aux origines. C’est aussi réfléchir à ce que la deuxième radio généraliste pourrait devenir dans les prochaines années. Pour Patrice Bertin, son ancien directeur de la rédaction, pas de raison de "faire du catastrophisme, [car] c’est l’inverse du journalisme". Il n’y aura pas d’ombre au tableau tant que les journalistes continueront de "donner d’eux-mêmes" et d’"être clivants", estime l’actuel chroniqueur de France Info. Une illustration : le 8 novembre 1986, Patrice Bertin n’hésite pas à faire dans l’ironie lors de la disparition de l’homme politique soviétique Viatcheslav Molotov. Il ouvre alors son journal avec le commentaire : "plus rouge que lui tu meurs, et justement il est mort". Cette archive sonore fait s’écrouler de rire le public du Théâtre du Nord. "On est bien moins insolent aujourd’hui", constate néanmoins Sophie Bécherel.

Si Patrick Cohen se pose lui aussi souvent la question de l’évolution de France Inter, il ne voit pas venir de "révolution" : "Inter a vocation à rester comme elle est : une fenêtre ouverte sur le monde, sur toutes les formes de cultures. […] Je pense qu’il n’y aura pas de Grand Soir, et qu’on va continuer à être le plus divers et le plus ouvert possible".

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