Qui était Boris Vian ? Un écrivain, poète, parolier, chanteur, critique musical, trompettiste de jazz, directeur artistique français ? Et aussi un ingénieur formé à l'École centrale. Et un scénariste, traducteur, conférencier, acteur et peintre ! Bref une personnalité hors norme à l'honneur cette semaine.

Boris Vian lors de l'enregistrement de l'émission radiophonique "Bonsoir l'Europe, ici Paris"
Boris Vian lors de l'enregistrement de l'émission radiophonique "Bonsoir l'Europe, ici Paris" © AFP / LOUIS JOYEUX / INA

On commence par « Souvenirs, souvenirs », une émission à base d’archives et de chansons présentée par Marie-Pierre Planchon le 16 septembre 1989

Nous sommes au cinéma en juin 1959. Dans la salle obscure, un spectateur s'impatiente, s'irrite. Ce qu'il contemple sur l'écran ne le satisfait guère. C'est son livre qu'on a adapté sur pellicule et on l'a trahi. Tout à coup. Il n'en peut plus. Il se lève et veut se diriger vers la sortie, mais il n'en a pas la force. Il s'écroule entre les fauteuils. Une crise cardiaque l'a terrassé.

Boris Vian meurt tandis que sur l'écran du cinéma Le Marbeuf, les comédiens de J'irai cracher sur vos tombes continuent à jouer, car dans l'affolement, on est obligé d'arrêter la projection. 

La tristesse se répand dans les cafés de Saint-Germain-des-Prés. Sa mort paraît soudaine, mais pourtant, on savait. Boris était un bon copain, mais à Saint-Germain-des-Près, on ne s'appesantit ni sur les mouchoirs, ni sur les larmes. Aux lamentations, on préfère les discussions : après sa mort, qu'allait-il rester de ce Boris ? 

Né le 17 octobre 1918, Boris Vian arrive le 10 mars 1920, une date définitivement fixée par la mairie de Ville d'Avray. Le grand père laisse une coquette fortune et Paul Vian, le père de Boris, choisira l'état de rentier. 

Boris naît en plein bonheur. Il aura un frère, Alain, en 1921, et une sœur, Ninon, en 1924. Les Vian vivent dans un hôtel particulier, Jean Rostand est leur voisin. Il possède également une maison de rêve dans le Cotentin, où il passe chaque année de longues vacances. 

De l'enfant précoce à l'ingénieur

Boris sait lire à cinq ans et à huit ans, il a parcouru toute la littérature française. A 15 ans, il obtient son baccalauréat latin grec et, à 17 ans, son bac de philosophie et de mathématiques. Tout en préparant le concours d'entrée à l'Ecole centrale, il multiplie les "surprises parties" avec ses deux frères et il se passionne pour le jazz. Il se met à jouer de la trompette, mais il écrit aussi depuis longtemps et s'intéresse à la pataphysique, cette science de l'imaginaire.

BORIS VIAN : "Pour vous donner un détail personnel, je suis venu à la pataphysique vers l'âge de huit ou neuf ans en lisant une pièce de Robert de Flers et d'Henri Caillavet qui s'appelle La belle aventure. C'est vraiment le dernier endroit où on peut s'attendre à en trouver quand on n'est pas physicien. Mais elle contenait notamment cette réplique qui était à la création dans la bouche de Victor Boucher et que je vous donne pour conclure ce petit entretien préalable. Je crois qu'elle peut initier tout le monde très aisément et très rapidement à la pataphysique. C'est la suivante : 

Je m'implique volontiers à penser aux choses auxquelles je pense que les autres ne penseront pas."

En 1938, à Ville d'Avray, le premier orchestre de jazz amateur auquel participe Boris Vian est créé. Il est devenu membre du Hot club de France en 1937. Deux ans plus tard, il est reçu au concours d'entrée de l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures. Nous sommes en 1939 et l'école se replie à Angoulême. 

Boris loge chez l'habitant. Il pose sur la table de nuit la photo de sa fiancée Monette, à laquelle il écrit des lettres timides, tandis que pour ses camarades, il compose des chansons dans la tradition paillardes des grandes écoles. 

Deux chansons des Pistons ont franchi le temps. Ce sont les premières œuvres connues de Boris Vian. S'il pense déjà à la littérature, il sait qu'il faut attendre : 

BORIS VIAN : "Vous savez, j'ai toujours pensé aussi qu'il était très dangereux d'écrire avant d'avoir fait beaucoup de choses. Ce qui me terrifie souvent dans la littérature actuelle, c'est de voir des gens de 17 ou 18 ans commencer par écrire leurs mémoires. Je me demande quels souvenirs ils peuvent avoir sans avoir vécu du tout. Personnellement, j'ai commencé par plus tard. J'ai commencé, j'ai commencé à avoir 23, 24 ans. J'ai attendu d'avoir fait des choses et surtout,

Je n'ai pas commencé par parler de ce qui m'était arrivé très précisément. 

Je crois qu'il vaut mieux d'abord, en même temps qu'on vit, imaginer une autre vie et le résultat de l'interférence des deux, si vous voulez, le résultat de l'influence du caractère sur l'existence, doit finir par vous donner une matière qui vaut ce qu'elle vaut, mais qui, enfin, représente quelqu'un finalement."  

Il sera ensuite de l'écriture de la rédaction de L'Ecume des jours, et de celle de J'irai cracher sur vos tombes (écrit en 15 jours) sous pseudonyme Vernon Sullivan...

BORIS VIAN : "J'irai cracher sur vos tombes date d'une époque où l'on était encore libre." 

Au menu de cette partie de l'émission : le jazz, sa famille, sa profession d'ingénieur diplomé de Centrale,  La Java des bombes atomiques, la chanson du Déserteur qui fit scandale en pleine guerre d'Algérie...

La suite à écouter...

Le 31 mai 2007, Patrice Gelinet dans « 2000 ans d’histoire », recevait l’écrivaine et journaliste Claire Julliard, spécialiste de Vian et de son livre : "L’écume des jours"

Pour compléter ce portrait de Boris, Patrice Gelinet fera parler Claire Julliard sur le jazz, mais on apprend aussi qu'il venait d'une famille apolitique, qu'il fut proche de Juliette Greco, qu'il eut de réguliers problèmes de santé.

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