France Inter Plus de mode en cette semaine de défilés des grandes maisons de couture ! Ça commence aujourd’hui, l’occasion pour France Inter Plus, de se refaire une petite histoire de la mode par celles et ceux qui l’ont créée en France.

Gabrielle "Coco" Chanel, styliste française (1883-1971), créatrice de la petite robe noire et de la maison Chanel (photographiée en 1962).
Gabrielle "Coco" Chanel, styliste française (1883-1971), créatrice de la petite robe noire et de la maison Chanel (photographiée en 1962). © Getty / Evening Standard/Hulton Archive

On ouvre la série avec Coco Chanel et celui qui aura refait vivre la marque complètement déconsidérée au début des années 1980 : Karl Lagerfeld !

On commence par Gabrielle Chanel évidemment

Elle est entrée dans le monde de la mode en révolutionnaire, et puis Chanel va se crisper, jusqu’à s’opposer au pantalon ! Une archive d’Inter Actualités du 23 juillet 1970.

Je suis contre le pantalon en dehors de la campagne. A la campagne, chez soi, on peut faire ce qu'on veut, ça n'a pas d'importance. Mais se promener dans les rues habillée en monsieur... Je ne vois pas ce que ça veut dire !

Puis, c'est son biographe Henry Gidel qui évoque Chanel dans 2000 Ans d’Histoire de Patrice Gélinet du 21 avril 2009. Il revient sur l’enfance de Gabrielle Chanel, ses premières aspirations, le fait qu’elle était mauvaise couturière, qu’elle ne savait pas dessiner non plus (ce qui en passant n’a rien à voir)… Alors finalement son succès serait lié à ces défauts dont elle aurait fait une force, en simplifiant les lignes les tissus. Cela s’appelle créer un style.  

Elle ne saura jamais coudre en fait. Elle ne dessinera pas non plus ses patrons, elle les sculptera sur ses modèles.

On peut aussi regarder la mode inventée par Gabrielle Chanel en ayant un œil sur sa vie, celle d’une femme libre et parfois trouble : une femme entretenue ayant des liens avec le nazisme… Ce que rappelle Edmonde Charles-Roux, historienne de la mode et journaliste chez Vogue. Une archive du 2 février 1998, dans l’émission Les jours du siècle.

Le Ritz était entièrement occupé. Il n'y avait pas de clientèle française en dehors d'elle. Tout cela était très compromettant.

Et maintenant le grand maître de cérémonie, celui qui a fait renaître Chanel : Karl Lagerfeld !

Mais le grand Karl a eu plusieurs vies avant de reprendre Chanel dans les années 1980. On commence par sa toute première interview le 25 février 1959. Il ne s’appelle pas encore tout à fait Karl Lagerfeld… Et il passait de modéliste chez Balmain à modéliste chez Jean Patou.

Le chic, ça ne s'explique pas très facilement et ce n'est même pas une question de beauté. C'est une question de tenue, et de savoir bouger...

Après Pierre Balmain et Jean Patou… Karl Lagerfeld va travailler pour Chloé et Fendi… Et c’est là, qu’il n’est jamais aussi fort, en travaillant les codes des autres. Quant à dessiner une mode en son nom, c’est une autre histoire, celle d’un échec. Et en 1983, c’est la maison Chanel, alors en grande difficulté depuis le décès de sa créatrice, qui fait appel à lui. 

Dans A toute allure, du 20 janvier 2000, on l’entend très admiratif de Coco Chanel… Mais quelques années plus tard, le successeur de Chanel est beaucoup plus cash… C’est au micro de Guillaume Erner, dans l’émission Esprit critique du 16 juillet 2009 : 

Quand j'ai repris Chanel, personne n'en voulait. On me disait : "mais non, ne faîtes pas ça, ne touchez pas à ça, c'est mort, etc" Maintenant c'est devenu quelque chose de sacré, alors que c'était ringard.

La mode, bien sûr, c'est beaucoup de lignes, de tissus, et de silhouettes… Mais la haute couture, comme le prêt-àporter est aussi une industrie. Lagerfeld lève le voile sur cette économie, sur les égéries… C’était en 2000, au micro de Gérard Lefort dans A toute allure.

Dans les années 1980, les journalistes se sont mis à parler de la mode alors qu'on n'en parlait jamais... 

Tout ça, c'est parce que la télévision s'est développée, les couleurs... ça fait quand même des images pas trop repoussantes. [La haute couture] c'est un phénomène visuel. Comme il n'y avait plus de stars de cinéma, les gens se sont rabattus sur les top models.

Karl Lagerfeld, businessman de la mode, mercenaire brillant dans les maisons des autres. Dans Grand Entretien, de François Busnel, le 23 novembre 2012, il évoque sa manière de travailler, l’hygiène de vie qu’il s’impose, et sa définition du bon goût…

Moi, je ne travaille qu'au pifomètre. Il se trouve que ça tombe juste.

Lagerfeld, c’était aussi un très grand esthète, qui a appris le français en allant voir Arletty au cinéma, et qui avait une passion dévorante pour les livres… C'est une archive de La vie est un je, du 15 novembre 2014.

Un des premiers films que j'ai vu à Paris c’était Les Enfants terribles de Cocteau, je commençais à 14h et je restais jusqu'à la dernière séance pour avoir le même rythme du même texte de nouveau.

Karl Lagerfeld a toujours été très cash, mais sa mère l’était tout autant avec lui. Au micro de Guillaume Erner, pour Esprit Critique, du 16 juillet 2009, il revient sur l’éducation qu’elle lui a donnée, pas toujours facile, mais il la remercie aujourd’hui.

Elle me disait des vacheries mais comme enfant, j'avais une grosse tête, c'était de bonnes choses. Pour le piano, elle disait que je n'avais aucun talent, elle avait entièrement raison. Elle disait : "dessine, ça fait moins de bruit ! "

En janvier 2019, pour la toute première fois depuis qu’il a rejoint la maison Chanel en 1983, Karl Lagerfeld est absent du défilé qu’il a pourtant orchestré. C’est Virginie Viard, son bras droit, qui le représente à la fin du show. Quelques temps plus tard, on apprendra sa mort, le 19 février 2019.

Programmation musicale :

  • Frank Ocean – “Chanel”
  • Vanessa Paradis – “Vague à l'âme soeur”
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