France Inter Plus de mode en cette semaine de défilés des grandes maisons de couture ! Ça commence aujourd’hui, l’occasion pour France Inter Plus, de se refaire une petite histoire de la mode par celles et ceux qui l’ont créée en France.

Paco Rabanne, grand couturier espagnol à Paris (1er novembre 1975)
Paco Rabanne, grand couturier espagnol à Paris (1er novembre 1975) © Getty / Francois Lochon/Gamma-Rapho

Haute couture, création et prêt à porter, aujourd'hui deux créateurs qui commencent dans les années 1960, tous deux passés chez Balenciaga, et liés par une certaine idée de la modernité et du mouvement… André Courrèges qui invente en 1967 la couture future et Paco Rabanne qui signe en 1966 : sa première collection de “12 robes importables en matériaux contemporains”.

André Courrèges, celui qui invente la couture future en 1967

André Courrèges, architecte de formation qui privilégient des lignes structurées, une mode dynamique qui n’entravent pas le mouvement. Premier ensemble pantalon 1962, petite robe blanche 1965, Courrèges c’est l’épure, avec à la base le blanc pour faire éclater les autres couleurs traitées en monochrome. Il présente sa nouvelle collection sur France Inter, le 1er septembre 1967 : un défilé révolutionnaire où il demande aux mannequins de défiler vite, de marcher vite… Courrèges c’est le mouvement en route pour le futur. 

J'ai voulu donner le dynamisme à mes mannequins, qu'on trouve dans la rue. 

Avec ses inventions, Courrèges va dessiner une femme moderne, active et libre de ses mouvements. Mais ce modernisme n’est pas encore au goût de tout le monde dans les années 1970. Les avis étaient encore mitigés dans ce micro-trottoir tourné à la sortie d’un défilé Courrèges

J'aime pas beaucoup, l'orange avec le vert, ensuite avec le noir, et puis avec un peu de violet par-dessus... non.

Toujours en 1970, cette année-là André Courrèges se confie au micro de Claude Archambault dans l’émission À cœur ouvert… Comment lui, architecte de formation est-il arrivé à la mode ? Ses années chez Balenciaga, moine-soldat de la haute couture. Et puis son départ de la maison, pour créer la sienne…

Je me suis toujours intéressé à voir comment mes amis étaient habillés, je les trouvais souvent pas dans le coup et alors j'ai commencé par leur dessiner des choses.

C’est Courrèges qui aurait inventé la mini-jupe… A moins que ce ne soit  Mary Quant, créatrice de mode britannique. Le débat fait rage, au point d’énerver Mme Courrèges, Coqueline Courrèges, au micro de Patrice Gélinet dans Les jours du siècle, le 29 octobre 1996.

Je crois que là, je vais vous révolutionner votre micro, pour une fois pour toutes entériner l'histoire sur le problème de Mary Quant et d'André Courrèges. Je ne prononcerais plus le nom de cette personne. Une fois pour toutes, je le dis, parce que c'est vécu, c'est nous qui l'avons fait et non pas elle. 

Grand prêtre des Radioscopie, Jacques Chanel reçoit le 13 juin 1972 Courrèges surnommé « le couturier de l’an 2000 », un surnom qui ne lui convenait pas car pour lui c’était le monde qui avait un train de retard. Il n’aimait pas non plus être considéré comme un « créateur »… Car il n’y a que la nature qui crée. Et sur un autre autre plan, Courrèges prônait les vêtements roses et blancs : 

Vous savez pourquoi les gens sont venus au noir ou au foncé ? Parce que ce n'est pas salissant. Alors ils vont à la douche tous les matins, et ils remettent leur saleté. 

Paco Rabanne, celui qui commence par “12 robes importables en matériaux contemporains”

Après Courrèges, son contemporain, Paco Rabanne. Et il est intéressant de pointer que l’un comme l’autre dans ces années 1960 arrive à la mode après des études d’architecture et qu’ils sont tous deux passé chez Balenciaga, considéré comme Le véritable architecte de la haute-couture. Paco Rabanne, s’intéresse aux matériaux avec lesquels il a élaboré des accessoires pour les maisons des autres : le rhodoïd, les sequins, le métal. Tout ce qu’on retrouve appliqué à ses robes qui font "tchic tchic".

Paco Rabanne se considère comme un anti-Chanel… Un peu dépassée à l’époque par la modernité de la mini-jupe. Pas de jersey pour lui, mais un travail sur le plastique qui repense le rapport au corps et éloigne la mode du confort. Dans Rendez-Vous à cinq heures, le 26 janvier 1966, il prend la parole à l’occasion de la sortie de sa toute première collection, un “Manifeste” : “12 robes importables en matériaux contemporains”.

Je ne suis pas vraiment un créateur de mode. Je ne veux pas être un styliste ni un modéliste. Je suis un artisan. Et je veux montrer aux grandes stylistes de Paris, les possibilités de ce matériaux, c'est à elles de jouer et de créer une mode à partir de ce matériau-là.

Touche à tout, Paco Rabanne aime jouer avec les matières, et après les vêtements en métal et en plastique… le papier ! Une archive d’Inter Actualités, du 19 septembre 1967.

J'espère que ça va peut-être influencer les autres, les mener à des recherches plus libres, car ils sont tous un peu engoncés dans les mêmes matériaux, dans les mêmes formes. Il y a actuellement une espèce de conformisme du vêtement, une convention. Il y a des interdits, on ne peut pas employer certaines matières dans l'habillement... Pourquoi ? C'est toute cette espèce d'entrave que j'essaye de démolir. 

Paco Rabanne se diversifie et quelques années plus tard, retrouve sa formation d’architecte en repensant le mobilier urbain. Direction la rue de Sèvres pour les fêtes de Noël ! Nous sommes en 1969, et le 30 novembre de la même année, il vient en parler au micro d'Inter Actualités.

J'ai conçu une chose très simple car je crois à la simplicité des choses, ce sont des sortes d'arbres, des tubes ployés en aluminium, recouverts de pastilles géantes qui vont bouger au vent, et au centre de la rue des projecteurs de voiture qui éclaireront alternativement tous les arbres.

Paco Rabanne, l’homme aux créations colorées, aux accessoires en plastique, en métal... sauf qu'en 1971 c’est terminé ! Celui qui s’opposait à Chanel, semble s’être rangé finalement, à tel point qu’on pourrait presque confondre les deux collections. Il s'en explique dans Inter Actualités, le 30 juillet 1971.

Je suis entré à la chambre syndicale et celle-ci m'impose une majorité de vêtements en tissus, en méthode traditionnelle. elle n'admet pas les matériaux comme le plastique ou le métal. Et par réaction à la rue, parce que les femmes sont allées trop loin dans le laisser-aller. Il y a eu ces modes hippies, ce côté déguisement, ce côté kitsch actuellement... Et je trouve qu'il faut réagir violemment contre ce mauvais goût, cette vulgarité du laisser-aller.

Un créateur plus rangé, qui retourne aux tissus « traditionnels », qui rejette la mode colorée des hippies… Finalement Paco Rabanne aura eu plusieurs vies, et des vies antérieures, il en parle… C’est dans Synergies de Jean-Luc Hees, nous sommes le 23 mai 1991 :

Dans une même famille pourquoi voulez-vous que les gens soient si différents alors qu'ils ont été pris dans un même contexte génétique, social, familial... et ils sont tous différents. C'est parce qu'ils n'ont pas la même réincarnation, ils n'ont pas le même nombre de vies. Il y a des gens qui sont très intelligents, sensibles, parce qu'ils véhiculent de nombreuses vies, et d'autres qui sont des animaux parce qu'ils sortent de l'animalité.

On remonte encore dans le temps une dernière fois, avec Paco Rabanne chez Jacques Chancel, dans Radioscopie, le 28 octobre 1971. Il revient sur ce métier de créateur de mode qu’il a choisi, lui qui était parti pour faire de l’architecture au départ… Comment il a fabriqué ses premières robes avec les matériaux qu’il avait sous la main, puisqu’il ne savait pas coudre… Sa recherche du scandale, le scandale pour atteindre la gloire plus tard, et sa vision des femmes françaises.

Les Françaises sont les femmes les plus mal habillées par rapport à une mode, c'est-à-dire qu'elles sont le mieux habillées du monde. Les Françaises sont complètement réactionnaires à la mode. Elles n'aiment pas la mode et ne suivent pas la mode. Les Françaises, grâce au ciel, ne suivent pas la mode, elles suivent leur personnalité, c'est pour cela que l'on travaille bien en France. Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi tous les couturiers sont en France ? On travaille très bien en France, parce qu'on a des idées, parce que les Françaises ne sont jamais à la mode.

Programmation musicale :

  • Françoise Hardy – “Le Temps de l'amour”
  • Michèle Mercier – “La fille qui fait tchic ti tchic”
L'équipe
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