C’est à l'ouverture du 47e festival d’Angoulême que l'année de la BD sera lancée l'opération "BD2020 la France aime le neuvième Art" c'est son nom. Cette semaine nous mettons donc en lumière quatre dessinateurs emblématiques de la BD qui ont tous reçu le grand prix de la BD du Festival d’Angoulême.

Moebius en 1994
Moebius en 1994 © Getty / Francis Apesteguy
  1. On démarre l'émission par la rediffusion d'un numéro d'Eclectik présenté par Rebecca Manzoni avec Jean Giraud dit Moebius. D'un coté Giraud, le créateur de Blueberry, le western réaliste et Moebius, l'inventeur d’un univers de science fiction qui a débordé sur le cinéma puisque des réalisateurs comme Ridley Scott ou James Cameron ont fait appel à son imaginaire. Cédant à la formule, on pourrait dire que cet homme-là est le Picasso du dessin. Il le sait et c’est tant mieux. 
  2. José Artur dans son Pop Club du 15 janvier 2003 recevait Jean Giraud. L’accent y était mis sur Blueberry et sur sa collaboration avec le prolifique Jean-Marie Charlier premier rédacteur en chef du magazine Pilote et auteur de près de cinq cents récits pour la BD, la radio, la télévision, ainsi que des romans et des livres historiques.

Extraits de l'entretien au micro de Rebecca Manzoni (30 janvier 2011)

  • Au mitan des années 1970, il invente le personnage d’Arzach

C'est un guerrier extra-terrestre mutique qui parcourt sa planète sur un oiseau qui a un cœur et un moteur. Arzach est une balise majeure dans l’histoire de la bande dessinée et du dessin. Moebius en a publié la suite, c’est Arzach l’Arpenteur et un nouveau volume est en cours. 

Rendez – vous chez Jean Giraud dit Moebius à Montrouge dans le Sud de Paris au deuxième étage d’une maison où il a installé son atelier : 

Dans sa documentation, on trouve un livre des jardins. Et si on trouve beaucoup de déserts dans ses livres, c'est parce qu'il est flemmard dit-il, mais aussi parce que ca apporte la scène. C'est une scène qui va vers l'infini. "J'ai mon horizontale, elle me fait du bien, me satisfait, elle me stabilise physiquement, psychiquement, elle stabilise mon dessin, elle amène la paix, je fais un petit nuage, un oiseau qui passe et c'est parfait, je me sens bien. Le personnage est tout seul dans le monde. Il est pas embêté par les badauds qui passent. Il n'y a pas aucun magasin de vêtements, c'est formidable. Donc c'est ça que j'adore. Et ça, ça éjecte les personnages de l'anecdote. Ça les replace dans un sentiment d'éternité et d'infini. " 

  • La recherche d'un souffle

Dans ses images, il y a une sorte de souffle. On se demande si est-ce-que quand il dessine il se sent comme ça ? Moebius : "C'est ce que je recherche. J'aime bien me projeter dans les dessins. Je ne dessine bien que quand je me projette dedans. Voyez quand je fais un arbre. J'essaye d'être végétal dans ma main, dans la sensation, de façon à ce que ma main génère des courbes, des cubes, des complications qui sont purement végétales, qui peuvent être végétales. 

Le minéral, c'est pareil. J'ai tout un registre comme ça de minéralité, que j'essaye toujours de d'enrichir d'expanser, mais qui m'amène dans un certain état de communion avec l'élément. Par exemple, si je dessine un personnage qui est souriant, un observateur clandestin va voir un sourire se peindre sur mes traits. Si, par contre, il est en colère, je vais prendre tous les signaux de la colère sur le visage. Je me projette dans le dessin."

  • Du dessin vers la transe

"Il m'arrive de beaucoup réfléchir [pendant que je dessine] : _ç_a peut aller des courses que je vais faire pour le repas du soir. Il y a des moments dans le dessin, il faut prendre des décisions. On est complètement tendu. Puis à d'autres moments, on est un peu dans le temps des choses un peu répétitives, l'esprit peut vagabonder. Ça induit une sorte de transe légère : la main travaille, l'esprit survole la chose. Et puis vagabonde".  

  • Moebius à Hollywood : Alien, Abyss

Il y a comme ça des dessinateurs français comme Philippe Druillet, Jean-Claude Mézières ou Moebius, qui ont nourri ou qui ont parfois été très largement pompés par les films de George Lucas, Spielberg, Ridley Scott et plus tard, Luc Besson. 

Moebius fut contacté pour le premier _Alienen 1979. Dix ans plus tard, il dessine les créatures sous marines d'Abyss de James Cameron. Et entre les deux, il y eu Tron_: premier film à utiliser l'informatique pour concevoir des séquences de cinéma (la souris d'ordinateur venait à peine d'être inventée), Moebius a travaillé sur les costumes et les décors. 

"[A partir de 2001 de Kubrick] la science-fiction a été abordée avec un peu de sérieux et ça supposait la mise en place d'un univers cohérent au niveau des décors, des costumes, etc. Et le personnel de décorateurs du cinéma traditionnel étaient très bons pour faire de l'historique, du contemporain, des contes de fées, etc. Mais dès qu'on est entré dans la science fiction, il n'y avait plus personne. Dans le meilleur des cas, on arrivait à un truc comme La Planète interdite, avec le robot un peu ridicule".  

Il ne faut pas oublier que Métal Hurlant, ça a été vraiment un évènement mondial. Audaces formelles, plastiques, scénaristiques. Tout. C'était vraiment formidable. Pendant dix ans, ça a été très, très chaud. On était sur la pile des magazines de référence. Et, étant sur la pile, c'était statistiquement obligé qu'à un certain moment, on fasse appel à moi"

  • Un virtuose du dessin

"Je suis très plastique avec le dessin. J'y rentre, j'en sors, je le tricote, je peux dessiner dans le noir. Il m'est arrivé de faire des dessins en voiture (pas au volant quand même), pour bénéficier des soubresauts, des chaos, pour avoir un dessin inattendu, pour essayer de générer des formes que je n'avais pas voulues. Et après, je me stabilisais et je regardais ce que j'avais fait. Et j'essayais d'en tirer quelque chose avec en utilisant tout le savoir faire [...] Je prenais des dessins de mes enfants et je travaillais dessus, en y mettant tout mon savoir faire adulte."

►►► Ecouter l'émission Eclectik de Rebecca Manzoni du 30 janvier 2011 

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