Pour le lancement de l'année de la BD, des rediffusions d'émission avec des Grand Prix d'Angoulême. Aujourd'hui l'auteur de Titeuf que l'on retrouve dans les émissions Le Grand entretien avec François Busnel et un numéro d'Eclectik de Rebecca Manzoni.

Zep en mai 2018
Zep en mai 2018 © Getty / Eric Fougere - Corbis

Et même si c’est difficile à croire cela n’a pas toujours été simple pour Zep c’est ce qu’il raconte le 4 septembre 2012 à François Busnel dans son émission « Le grand entretien » à l’occasion de la sortie de l’album Titeuf à la folie paru chez Glénat 

La naissance de Titeuf racontée par Zep

ZEP : "Titeuf est né de manière assez involontaire. Je ne pensais pas du tout qu'il allait m'accompagner aussi longtemps. J'imaginais divers projets à présenter à des éditeurs parce que je cherchais du boulot. Je proposais un ou deux nouveaux sujets par semaine. Ils étaient tous refusés. On me disait : « non, ce n'est pas ce qu'on veut, c'est pas la tendance ». 

François Busnel : C'était quoi ce genre de projets ? 

J'avais envie, dans une bande dessinée, de parler aussi de sujets contemporains. J'avais 25 ans, je voulais évoquer la crise, le chômage qui frappait à ce moment-là l'Europe, ou le sida. Sans forcément rentrer dans une analyse adulte, mais avoir un regard amusé.

Je pense vraiment que c'est les sujets qui nous font peur dont on a besoin de rire. 

Je les proposais plusieurs magazines, dont le magazine de Spirou, qui est toujours une véritable institution de la bande dessinée et qui avait un côté très, très classique à l'époque.

On vous refusait vos dessins peut-être aussi parce que votre dessin n'était pas encore celui qui, aujourd'hui ? 

De la part de la part de Spirou, en l'occurrence, il y avait une volonté de rester sur les fondamentaux qui avaient fait l'âge d'or de la bande dessinée. C'est à dire une image de la famille très traditionnelle. Dans Titeuf, le papa était au chômage. On ne voulait pas tellement parler de ça. […] 

Au bout d'un moment, on s'épuise parce qu'on perd son âme à faire ça à essayer de répondre à la demande éditoriale. Et pour finir, je me rendais compte que ce que j'étais en train de faire me correspondait même plus. Je redoutais qu'on accepte mes projets, parce que  je n’avais pas d'idée au-delà de la quatrième page. 

Finalement, vous vouliez tellement travailler que vous étiez rentré dans un moule ?

C'est très facile de trouver un début d'idées, mais après de faire vivre des personnages, vraiment, c'est une autre histoire. Il faut quand même qu'on ait un lien avec eux, qu'ils nous qui nous touche. Si on les suit que l'on trouve que ce sont des abrutis ou des personnages détestables, on n'a pas envie de les faire vivre. On n'a pas envie qu'ils nous accompagnent pendant des mois, voire des années.

Donc nous sommes en 1992. Vous avez 25 ans. Vous avez déjà placé quelques planches au journal de Spirou à Fluide Glacial. Vous vous dites je prends mon train de la Suisse vers Bruxelles et Paris, qui sont les capitales des maisons d'édition de bande dessinée. 

Et à chaque fois je me fais démolir. Et puis, de guerre lasse, je me dis je vais faire quelque chose qui me plaît. Je ne vivais de toutes les façons pas de la bande dessinée, mais du dessin de presse, de la création d'affiches, ou de petits boulots dans les journaux. Dans cette bande dessinée, je mettrai tout ce dont j'ai envie, c'est à dire parler de tous les sujets qui me semblent être des sujets importants et je le traiterai avec le regard que j'ai envie de porter. Assez naturellement, je suis retourné à mon enfance puisque c'est à l'âge de Titeuf que je m'étais promis de devenir un dessinateur de BD. 

J’ai pris un grand cahier blanc. J'ai commencé à écrire ces histoires sans jamais avoir jamais prémédité ça. Je ne m'étais jamais dit que je ferais une histoire sur l'enfance, parce que mon enfance n'était pas si loin, et j'avais surtout envie de plus en entendre parler. J'ai envie de faire un truc "de grands".

Puis j'ai commencé à raconter. J'ai dessiné mon école, mon quartier et mes copains de classe...

Et à un moment j'ai dessiné ce petit bonhomme avec une mèche sur la tête que j'avais trouvé pour un autre projet. Et il avait une tête d'oeuf. Les copains se parlaient : salut, Manu, moi, c'est Titeuf… Je n'ai pas réfléchi plus que ça et j'ai commencé à écrire une page de pages, cinq pages, dix pages et je vois que les pages arrivaient toutes seules, beaucoup plus facilement que tous les projets que je faisais pour essayer de coller à une demande. 

Là, j’avais trouvé ce que j'avais vraiment envie de faire, mais je me disais que forcément, personne n’allait me le prendre. Au bout d’une vingtaine ou trentaine de pages dans mon coin je trouvais que c'était quand même vachement bien, et je l'ai proposé au à tous les éditeurs que j'avais connu et fréquenté jusque-là. 

Tout le monde l'a refusé pour toutes sortes de raisons : trop petit, trop grand, pas assez de décor, trop de personnages… Bref, et j'ai publié quelques quelques pages de Titeuf dans un fanzine qui ne paraissait qu’à Genève. 

Et un peu par miracle, un exemplaire de ce magazine s'est retrouvé à Paris chez un directeur de collection qui travaillait chez Glénat. 

C'était le seul grand éditeur de bande dessinée à qui je ne l’avais pas proposé parce que c'était à l’époque un éditeur de BD exclusivement adulte et plutôt à tendance historique. 

Quand il m’a appelé j’ai cru à une blague."

La suite à écouter...

On retrouve également dans cette émission Zep, le grand prix Angoulême 2004, cette fois il est au musée d’Orsay. Entre les tableaux de Lautrec et de Courbet, il se raconte au micro de Rebecca Manzoni dans son Eclectik du 22 septembre 2013.

Comment j'ai dessiné Titeuf, la leçon de dessin de Zep

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