La première centrale nucléaire flottante a pris la mer cette semaine pour gagner son port d'attache dans l’Extrême nord de la Russie. C'est un projet unique au monde qui entrera en fonction en 2019.

La Russie est un acteur incontournable aujourd'hui dans le nucléaire. Une centrale sur deux dans le monde est basée sur la technologie russe. Autant dire qu'il n'est pas étonnant que ce soit Moscou qui  se lance dans ce concept nouveau: un réacteur installé sur une barge qu'on déplace au gré des besoins.  Car c'est bien de cela qu'il s'agit. l'Akademik Lomonosov est une barge équipée de 2 petits réacteurs. Elle a quitté Saint Péterbourg où elle a été fabriquée pour être remorquée jusqu'à  Mourmansk en mer de Barents où le combustible nucléaire sera chargé. Ensuite, un autre long voyage l'attend pour gagner, à l'été 2019, Pevek, une ville de Sibérie à l’Extrême orient de la Russie.  

Une technologie issue des brise-glace nucléaires

La technologie développée par Rosatom n'est pas totalement nouvelle.  Elle est issue des 10 réacteurs de brise-glace nucléaires dont la Russie est experte. Pour autant, la fabrication n'a pas été si facile à mener à terme comme en attestent les retards du calendrier, assez semblables à ceux de l'EPR français. 11 ans de travaux ont été nécessaires.  Il a fallu adapter la barge. Ce projet hybride allie selon Nicolas Mazzucchi, géographe à la Fondation Pour la recherche stratégique," une technologie éprouvée adaptée à un nouveau type de bateau". La barge est une coque de 144 m de long, 30 de large sur laquelle ont été installés  2 réacteurs KLT 40 C de 35  MW.  Une faible puissance comparée par exemple aux réacteurs français de 900 ou 1450 MW.  En l'absence d'enceinte de confinement, c'est la coque métallique qui est censée résister à la pression et qui devrait, en cas d'accident et d'arrêt brutal imposé absorber la puissance thermique résiduelle. Beaucoup moins importante que pour un gros réacteur, cette puissance thermique est jugée gérable par Thierry Charles le directeur général adjoint de l'IRSN, l'institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. 

Cela n'a pas empéché Greenpeace de mettre en cause la sureté d'une telle installation. L'ONG souligne l'absence d'enceinte de confinement et cite des accidents passés sur des brise-glace. Avant son départ pour sa destination finale,  forte d'une pétition ayatn recueilli  11 000 signatures , elle avait obtenur que le combustible ne soit chargé qu'à Mourmansk et non Saint Petersbourg .

Adaptée à des besoins ponctuels

Compte tenu de la faible puissance de cette centrale, l'idée n'est pas tant d'alimenter un réseau à terre, une ville que de servir d'appoint pour un chantier. Et c'est d'ailleurs pour une raison stratégique qu'elle a été développée par les russes. Pevek se trouve sur la route qui relie l'océan Atlantique et l'océan Pacifique par l'Arctique. Avec le réchauffement climatique, cette voie maritime sera libre toute l'année d'ici quelques années. Il s'agit donc pour les Russes d'alimenter en  énergie les infrastructures qui seront construites. Un peu comme un gros groupe électrogène .

"On a vu l’intérêt pour ce type de projet revenir après Fukushima" précise Thierry Charles Directeur général adjoint de l'IRSN. A ce jour, seuls les russes l'ont mené au bout.  Mais en France, TechnicAtome a aussi un projet de modules immergés  au large des côtes. Cela pourrait répondre à des besoins spécifiques en énergie type plateforme pétrolière.

On peut aussi imaginer le déplacement de ces centrales flottantes pour alimenter des zones côtières. Les pays qui n'ont pas encore d'énergie nucléaire suivent le développement de ces concepts. "L’intérêt comparé à des centrales à gaz ou charbon, c'est qu'il n'est pas nécessaire de développer une chaîne logistique pour approvisionner en hydrocarbures la centrale" ajoute Nicolas Mazzucchi.

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