Après les drones chasseurs de moustique les moustiques OGM. Une promesse pour lutter contre les maladies qu’ils transmettent comme le paludisme, le chikungunya ou Zika.

Des moustiques génétiquement modifiés pour combattre certains virus
Des moustiques génétiquement modifiés pour combattre certains virus © Getty / Victor Moriyama

Le moustique n’a pas d’amis, sauf Erik Orsenna, auteur de "La géopolitique du moustique"… Et c’est le plus grand tueur de la planète avec 1 million de morts chaque année à cause des virus ou parasites qu’il transmet à l’homme.

Trouver un moyen de s’en débarrasser, de l’exterminer, c’est l'une des stratégie envisagée parce que les efforts fournis jusqu’ici semblent avoir atteints leurs limites. Moustiquaires imprégnées, insecticides, assèchement des zones humides … on fait beaucoup et cela donne des résultats puisqu'en 15 ans, la mortalité due au paludisme a chuté de 60% mais les progrès marquent le pas.

Des résistances aux insecticides se développent, il n'existe toujours pas de vaccin et à cause du changement climatique, les insectes étendent leur territoire.En France, le moustique-tigre, responsable du Chikungunya est désormais présent dans un tiers des départements. Dans les zones où il est déjà présent, l'insecte a tendance à monter en altitude, exposant des populations qui ne savent pas s'en protéger.

Moustiques devenus stériles

L'idée est donc de "fabriquer" des moustiques génétiquement modifiées. C’est ce que fait Oxitec, une société britannique née en 2002 et issue d'un laboratoire de l'université d'Oxford. Elle produit des moustiques mâles dont elle modifie le génome pour les rendre stériles. Comme la femelle ne s'accouple qu'une fois, elle n'a pas de descendance. On fait ainsi chuter la population de moustique.

Le premier lâcher a eu il y a 8 ans aux iles CaÏman , financé par la fondation Bill et Melinda Gates. Puis d'autres essais ont eu lieu en Malaisie, au Brésil , au Panama et en Floride. Des essais pour valider la technique. car, il ne faut pas oublier l'obligation à chaque espèce de moustiques de développer un OGM spécifique.

Une autre stratégie, non OGM, vise à infecter le moustique avec une bactérie, le wolbachia, pour rendre là encore incompatible la reproduction. La Polynésie a testé. La Nouvelle-Calédonie s'apprête à le faire.

Pour quels résultats?

Ils sont variables c'est pourquoi certains pays ont abandonné les essais. Certes le nombre de moustiques diminue , mais l'évaluation sanitaire complète reste à faire. Y a t-il moins de malades au bout ? On ne sait pas. Quelles conséquences plus globales sur l'homme et l'environnement ? on ne sait pas plus. C'est ce qui a conduit cette semaine, dans l'avis qu'il a rendu, le Haut Conseil des Biotechnologies (HCB) à se montrer très prudent.

Ce n'est pas une solution miracle

Pour le HCB, il reste beaucoup d'incertitudes à lever. Notamment pour les impacts sanitaires et environnementaux. Ensuite, selon cette instance, ces moustiques génétiquement modifiés ne devraient être pensés que comme l'un des outils de lutte. Il met en garde contre une vision erronée des nouvelles technologies. Il faut veiller à ce qu'elle ne conduise par à une dés-appropriation du sujet par les populations qui , s'en remettant au nouveau moyen de lutte, abandonneraient les réflexes traditionnels, lesquels restent efficaces.

Le HCB souligne que ce n'est pas un moyen adapté aux situations de crise comme Zika l'an passé. Ce nouvel outil dans la lutte s'inscrit dans le long terme. De même qu'il faut veiller à ce que la réglementation soit strictement appliquée et les autorisations demandées. Dans le cas du Wolbachia, le flou juridique qui demeure mériterait d'être levé selon le HCB.

Impliquer la société

Enfin, il est indispensable d'impliquer la société dans les processus de décisions et de suivi. La réticence des Européens vis-à-vis des OGM végétaux montre que sans débat, inutile d'espérer le succès de ces moustiques.

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