Une équipe internationale de chercheurs vient de publier le deuxième volet d'une vaste étude sur le génome des agrumes. Cela ouvre la porte à des sélections de fruits plus résistants aux maladies, au réchauffement climatique mais aussi plus variés pour nos papilles.

Oranges dans un compotier
Oranges dans un compotier © Getty / Merethe Svarstad Eeg/EyeEm

D'où viennent les oranges et les citrons? Une étude, entamée il y a plusieurs années par un consortium international incluant des chercheurs de l'INRA et du CIRAD, bouleverse la classification botanique des agrumes. 10 espèces parmi les 60 analysées sont issues d'une évolution vieille de 8 millions d'années. Ce travail a permis de remonter l'histoire des hybridations naturelles et de dresser un arbre généalogique. 

L'arbre généalogique peu à peu clarifié

La première étape de l'évolution, en Asie s'est produite entre 6 et 8 millions d'années. Les 4 espèces ancestrales ont produit 8 branches dont sont issus les fruits modernes. ces ancêtres sont  -les mandariniers sauvages,  -les pamplemoussiers,  -les cédratiers et  -le papeda, un agrume originaire des Philippines.  Ce sont des croisements fortuits, des recombinaisons diverses qui nous ont donné l'orange, la clémentine, le citron vert ou le pomélo, les fruits modernes.. Mais avec des difficultés pour la sélection....

L'oranger dont les parents seraient  un mandarinier sauvage et un pamplemoussier ne produit pas des orangers par voie sexuée. Il donne toute une gamme d'arbres  différents,  du mandarinier au pamplemoussier mais pas un oranger ...  Pour multiplier les orangers, les agronomes procèdent en semant une graine femelle. Elle  donnera des arbres identiques à la mère.   

Vers une sélection plus aisée

Désormais, grâce aux connaissances génétiques, les sélectionneurs vont pouvoir contrôler les choses ces hybridations. L'idée est de repartir des caractères isolés chez les espèces ancestrales pour recréer par voie sexuée un oranger aux caractères choisis:  le goût, la couleur, l'amertume, l'épaisseur de la peau, la facilité d'épluchage... La démarche sera identique pour la clémentine.  Née des amours hasardeuses entre un mandarinier méditerranéen et un oranger à la fin du XIXème siècle,  dans le jardin du Père Clément en Algérie, cet arbre a été amélioré et diversifié au XXème siècle par les agriculteurs du Maghreb jusqu'à fournir de nombreuses variétés.  

Lutte contre les parasites

Pourtant, elles arrivent à maturité pendant une courte fenêtre dans l'année. Avec la connaissance du génome, la sélection sera accélérée. Au centre de référence de l'INRA en Corse, les chercheurs vont pouvoir -du moins l'espèrent-ils- allonger la saison des mandarines...  L'idéal serait d'en avoir jusqu'à l'arrivée des fruits d'été!  Des critères seront recherchés comme l'absence de pépins et des goûts variés. A l'image de ce qui a été fait pour la pomme et qui a permis d'augmenter sa consommation.   

L'autre objectif en vue c'est la lutte contre les parasites comme Huang Long Bing, la maladie du dragon,  transmise par les insectes et qui s'attaque au limettier (l'arbre qui produit les citrons vers). Elle a décimé les champs  en Floride, en Guadeloupe et dans une moindre mesure au Brésil. L'arrachage des arbres n'a pas jusqu'ici permis d'éradiquer la bactérie.  En sélectionnant les bons gènes chez les vieux ancêtres (la lime mexicaine et le citron jaune méditerranéen), les chercheurs parviendront peut-être à mettre au point des variétés plus résistantes aux pathogènes. 

Bronzer ou manger du pomélo, il faut choisir !

Autre cible plus étonnante des travaux: la lutte contre certaines molécules produites naturellement par certains agrumes. Dans le pomélo, l'une d'elle potentialise les effets d'un médicament pour les maladies cardio-vasculaires.  Cela correspond pour l'organisme à une sorte de surdosage du médicament., avec les risques associés. Un effet renforcé a aussi chez certaines personnes pour conséquence des brûlures de la peau.  Si l'on peut éviter de manger du pomélo pour s'épargner ces rougeurs, l'idéal d'un point de vue commercial serait de ne pas avoir à choisir entre le bronzage et le jus de fruit! 

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.