Aux caisses ou aux rayonx légumes, les poches en papier ou les sacs en amidon de maïs se sont substitués aux sacs plastiques issus de la pétrochimie. Mais sont-ils vraiment vertueux?

Ce n'est pas parce qu'un emballage est bio sourcé qu'il est vertueux.  Si le maïs utilisé pour fabriquer un sac plastique a été cultivé en Chine, en compétition avec l'alimentation, cela n'a pas beaucoup de sens. A l’INRA, dans l'unité "Ingénierie des agropolymères et technologies émergentes", Nathalie Gontard cherche à produire un autre type d'emballage... 100% biodégradable,  issu de déchets végétaux et  recyclable à l'infini. 

Le plastique issu du pétrole, un héritage regrettable

Cette chercheuse alerte sur la bombe à retardement que constituent nos plastiques issus de la pétrochimie. Produits depuis un demi siècle, il faudra 100 ans minimum pour les voir disparaître.  De façon sournoise d'ailleurs car ils ne font que se fractionner en morceaux toujours plus petits, jusqu'à devenir invisibles à la vue et pourtant toujours là . Nathalie Gontard souligne qu'une fois la taille des micro et nano particules atteintes, nous n'aurons plus aucun contrôle sur ces plastiques. "Omniprésents dans notre environnement, ils finiront dans la chaîne alimentaire" prévient-elle. 

Utiliser les déchets végétaux

Pour cette chercheuse, il est donc urgent d’agir.  Elle estime que la société  s'est donnée bonne conscience avec les décharges ou même le recyclage partiel qu'on appelle recyclage en" boucle ouverte". Les vêtements en  fibre polaire issu de  bouteilles plastiques  finiront en décharge une fois jetés. Impossible de la recycler  une deuxième ou troisième  fois.  Nathalie Gontard a donc développé une technologie qui valorise les déchets agricoles. Les liquides comme les solides.  pailles de céréales, noyaux d'olive, plumes d'élevage, sarments de vigne, eaux de laiteries ou d'huilerie.... ces déchets agricoles constituent  50% de la matière produite.  

Par un procédé de fermentation, elles transforment les effluents liquides en y  ajoutant des déchets solides fractionnés . Avec des constituants divers ainsi obtenus  (polyester, fibres de cellulose , bioadditifs) elle peut produire une nouvelle génération d'emballage.  L'idée est de concevoir ces produits très en amont afin de mettre au point une "boucle fermée". Rien ne se perd, tout se transforme. 

Les industriels sont prêts

La chercheuse a mis au point un prototype avec une PME occitane. Elle affirme que les industriels sont prêts, les Chinois en particulier. Les contraintes réglementaires les poussent à trouver des alternatives au pétrole. Les chaines de production pourront s'adapter rapidement. Le défi qui reste à relever consiste à mettre sur pied une filière complète: depuis la collecte des déchets en fonction des saisons jusqu'à leur valorisation.  Pour cette innovation,  Nathalie Gontard recevra lundi le laurier du défi scientifique de l'INRA.

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