Pas de recherche sans financement. Face aux difficultés pour boucler les budgets que requièrent les grandes expéditions scientifiques, certains innovent. La Fondation Tara met à contribution l'énergie de l'océan pour financer l'expédition Tara Pacific actuellement en cours.

Océan
Océan © Getty / Emilie Drd / EyeEm

Donner pour la recherche médicale ou l'éducation ou la pauvreté, beaucoup d'entre nous le font. Demain, c'est tout autant pour l'environnement et l'océan qu'il faudra penser à donner.  Et pour ceux qui défendent cette dernière cause, le financement ne va pas de soi. Il faut donc être imaginatif à l'image de la Fondation Tara qui, avec FF Los Angeles a imaginé de miner des bitcoin.

Une campagne originale

Tara est cette goélette de 36 mètres, autrefois propriété de Jean-Louis Etienne puis de Peter Blake et qui est devenue une plateforme scientifique de haut niveau. Le voilier a à son actif 11 expéditions scientifiques. Des projets au long cours  dont la dérive de l'Arctique, l'étude du plancton et actuellement l'état de santé des coraux du Pacifique. Pour boucler cette dernière campagne, la Fondation Tara, qui détient désormais le bateau, a eu l'idée de mettre une turbine à la mer. Placée au large de la Bretagne, là où il y a un fort courant, la turbine génère de l'électricité. Elle alimente un ordinateur qui sécurise des transactions. Cela génère des bitcoin, une  monnaie virtuelle dont la valeur en cette mi-mai était d'environ 7000 euros. A chaque transaction sécurisée, un peu d'argent est reversé à la recherche sur les océans.

Au delà du symbole car la turbine génère peu comparativement aux besoins, il s'agissait d'alerter sur la nécessité de se mobiliser pour l'océan explique Stéphanie Clément-Grandcourt, directrice du développement chez Tara Expeditions."Il s'agit de montrer à montrer que l'océan, la recherche sur l'océan ont besoin de financement. C'est une cause moins connue dans l'esprit des donateurs aujourd'hui que les causes médicales ou sociales". 

Des expéditions coûteuses car de qualité

Le besoin de financement est d'autant plus important qu'une campagne océanographique, c'est coûteux. Il faut armer un navire, l'équiper pour la recherche, faire venir les scientifiques, collecter et traiter les échantillons, sans oublier dans le cas de Tara le financement du programme pédagogique. Car faire partager au grand public et aux écoliers les découvertes a aussi un coût. Tara fonctionne en partenariat public-privé. La fondation s'occupe du navire, les organismes de recherche publique du salaire des chercheurs et des analyses en laboratoire. A titre d'exemple, Tara océans, c'est 18 millions d'euros abondés par le privé, 36 par le public. 3 ans de mer et toujours actuellement de la recherche pour analyser les échantillons de plancton collectés sur 300 points du globe.

Pour Françoise Gail, directrice de recherche au CNRS et ancienne directrice de l'Institut d'écologie et d'environnement, la "méthode Tara" a fait évoluer la recherche océanographique.  "Pour la recherche académique, c'est un pari réussi: le premier exemple d'une petite goélette n'ayant pas initialement l'ensemble de l'instrumentation des navires océanographiques classiques mais qui fait une recherche de grande qualité". Pour elle, "on peut être fiers d'avoir cela au niveau français".
Contrairement aux campagnes actuelles qui durent au mieux 3 semaines pour 1 à 3 millions d'euros (difficile d'obtenir un chiffrage précis de l'IFREMER), Tara offre aux scientifiques la possibilité de venir avec une question de recherche. Son approche systémique, sa légèreté et sa maniabilité permet des expéditions au long cours très originales.

Tara fait d'ailleurs des émules. ECO, un voilier brésilien de recherche prendra bientôt la mer.  Et dans le sillage de Tara Océans est né un programme de science participative, Plankton Planet, où chaque plaisancier  peut prélever des échantillons et participer à augmenter la connaissance. Pour Françoise Gail, toute la recherche océanographique est en train de se réinventer!

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