Déjà utilisées pour réparer la pierre ou consolider des sols, ces petites bactéries affronteront bientôt un milieu plus difficile : les fleuves.

Des bactéries
Des bactéries © Getty / KTSDESIGN/SCIENCE PHOTO LIBRARY

La nature fait bien les choses. Et nombre d'innovations s'en inspirent. La Compagnie Nationale du Rhône, EDF et Soletanche Bachy mettent actuellement au point un procédé qui utilise les pouvoirs d'une bactérie naturellement douée pour jouer les bâtisseuse. "Sporosarcina Pasteurii" fabrique naturellement des cristaux de calcite entre les grains de sable, ce qui les agglomère et forme ainsi une sorte de squelette rigide. On appelle ça la biocalcification. Le spécialiste mondial des fondations Soletanche Bachy avait déjà mis au point un procédé remarqué, Biocalcis, capable de renforcer la résistance des ouvrages au risque sismique notamment.  Les travaux actuels vise à adapter ce procédé pour des ouvrages dans lesquels l'eau s'écoule, les digues fluviales. 

Renforcer les digues fluviales en amont des centrales

Ces digues fluviales ont été construites par l'homme pour dompter les fleuves, en  particulier en amont des centrales nucléaires.  Sur le Rhône, le Rhin, la Durance, elles sont constituées de sédiments, pas de béton. Elles sont donc poreuses. L'eau qui s'écoule au travers, ne pose en temps normal pas de problème mais elle peut parfois être responsable d'une érosion interne. Une fragilité semblable à celle des pâtés de sable, qui engloutit chaque année des millions d'euros pour la consolidation.  

Afin de vérifier le potentiel de la bactérie, des essais sont actuellement menés en laboratoire par la Compagnie Nationale du Rhône.  Essais qui consistent à remplir une grande boite de sable mêlé de graviers, à y ajouter une solution de bactéries nourries d'urée et de chlorure de calcium puis à faire circuler de l'eau. Au bout d'une journée, on ouvre la boite et on regarde si le tas de sable a durci!  

Essais prometteurs

Les ingénieurs font varier la vitesse d'écoulement de l'eau, un critère essentiel pour garantir la durabilité du procédé. Au moment de passer au terrain, il faut éviter l'effet lessivage . Les bactéries doivent donc réaliser la réaction de calcification suffisamment rapidement.  Une densité  et une réactivité suffisante des micro organismes envoyés dans le sable sont donc indispensables. Le milieu dans lequel baignent les bactéries quand elles sont injectés par des tuyaux plongeant dans le tas de sable est savamment dosé. Toutefois, ce mélange d'urée et de chlorure de calcium fabrique au passage du chlorure d'amonium, un composé que personne ne veut voir relarguer dans la nature. Là encore, chaque étape du procédé de biocalcification doit être maitrisé avant d'être implanté en milieu naturel. 

Sur les cinq essais financés dans le cadre de ce projet baptisé BOREAL, les partenaires en sont au quatrième avec variation de la granulométrie et de la vitesse d'écoulement de l'eau. Les résultats sont très prometteurs. Restera ensuite à passer au terrain, ce qui semble envisageable d'ici 1 an.  En revanche, pour renforcer des digues de mer - ce qui n'est pas exclu puisque Sporosarcina Pesteurii ne craint pas le sel-, il faudrait recommencer les études car d'autres paramètres entrent en jeu comme la marée ou le vent par exemple.

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