Le concept a été validé en laboratoire, au moins pour ce qui est du nickel. Cela peut sembler farfelu : produire des minerais avec des plantes !

L'allysum murale, une plante connue pour sa capacité à stocker les métaux contenus dans les sols
L'allysum murale, une plante connue pour sa capacité à stocker les métaux contenus dans les sols © Getty / DEA / A. MORESCHI

Mais rendre deux services à la terre: dépolluer les sols et produire du métal qu'habituellement on extrait du sol justement. A la base de ce principe qu'on appelle l'agromine : des plantes hyper accumulatrices. Des plantes aux super pouvoirs : elles résistent à des sols très chargés en métaux : nickel, zinc, plomb, cadnium mais aussi terres rares... Ces métaux, les plantes les aspirent par leur racine pour les stocker ensuite dans leurs feuilles.

Si on veut tirer partie de ces super pouvoirs, et passer en culture, il faut commencer par identifier les plantes concernées. Ça, c'est le travail des botanistes. En Albanie, on trouve des sols avec cent fois plus de nickel que des sols normaux. D'une manière générale, les Balkans en sont riches, comme Cuba, la Nouvelle Calédonie, l'Indonésie, le Brésil...

A ce jour, on connait 400 hyper accumulatrices, rien que pour le nickel. Et on continue d'en découvrir, y compris dans les herbiers !

Une fois ces plantes repérées, on passe donc à la culture : deux laboratoires lorrains se sont mis au travail : "Réactions et génie des procédés" du CNRS et de l'université de lorraine, "Sols et environnement" de l'université de Lorraine et de l'INRA.

Comment ils ont procédé

Pour commencer, ils se sont focalisés sur l'alyssum murale, une plante à fleurs jaunes très présente en Albanie sur les terres non cultivables. Elle accumule 100 kilos de nickel par hectare. Depuis un partenariat a été noué avec l'université de Tirana, sur place.

Les scientifiques ont mis au point toute la chaîne de production. Ils ont fait la preuve du concept et sont en mesure de produire 2 kilos de nickel par semaine. Ces chercheurs sont sont donc agriculteurs et chimistes, puisqu'une fois dans les champs, il faut récolter la plante. La faucher, la sécher la brûler. Des cendres, on extrait le minerai.

Pour obtenir de la poudre de nickel

L'étape ultime consiste à isoler le nickel avec des procédés chimiques. On obtient une poudre, des sels de nickel. Parce qu'ils croient à l'avenir de leur idée, les scientifiques ont créé une jeune pousse qui devra prouver qu'il est possible de passer au stade industriel. Il faut aussi démontrer l’intérêt économique de cette production : ces sels de nickels n'ont pas grand chose à voir au nickel Calédonien. Ce minerais-là sert à rendre inoxydable l'acier fabriqué pour la construction, tandis que l'usage des sels de nickel est réservé aux peintures, teinture de verre, à la céramique ou pour le traitement de surface afin d’empêcher la corrosion.

Surtout, si cela fonctionne, on aurait une plante 2 en 1 : capable de détoxifier des sols et d'apporter une ressource. Après le nickel, pourquoi ne pas s'attaquer à d'autres métaux plus rares comme le lithium ou l'indium . Et pourquoi ne pas essayer autre chose que l'alyssum murale, là où les minerais sont trop dispersés pour qu'une extraction classique soit envisagée, l'agromine pourrait tirer son épingle du jeu.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.