Spécialiste de la locomotion chez les primates et les petits mammifères, une doctorante a inventé un capteur innovant pour ses recherches. Des industriels pourraient aussi l'utiliser.

Séverine Toussaint au Parc Zoologique de Mulhouse
Séverine Toussaint au Parc Zoologique de Mulhouse © Séverine Toussaint

Curieuse dès son enfance, Séverine Toussaint s'est intéressée lors de ses études supérieures à l'éthologie, l'anatomie, la paléontologie... De fil en aiguille, c'est la locomotion des singes - les lémuriens en particulier- qui l'a intéressée. Elle a aussi cherché à la comparer à celle d'autres animaux grimpeurs comme les écureuils par exemple. Les premiers utilisent leurs mains et pieds pour grimper aux arbres, les seconds leurs ongles.   

Aujourd'hui étudiante à l'université Paris Diderot,  la doctorante mène ses travaux au centre de recherche sur la paléodiversité et les paléoenvironnements du Muséum National d'Histoire naturelle. Faute de trouver les outils d'études dont elle avait besoin, Séverine Toussaint a imaginé un capteur de force et de pression.  Etudier les primates en laboratoire est différent de les observer en milieu naturel. D'un parc zoologique à l'autre, elle passe beaucoup de temps à les observer et surtout à analyser leur locomotion.  

Du bricolage au prototype

Au début, elle a "bidouillé" ses capteurs puis, repéré par la SATT Lutech, elle a pu améliorer son matériel et mettre au point un prototype plus sophistiqué. Il s'agit d'une matrice de cellules aux allures de papier à bulles.  Dans chaque bulle en polymère souple, une bille réflectrice. Une fibre optique envoie de la lumière dans la bulle et 3 autres fibres la captent et la réfléchissent en fonction du mouvement de la bille. Suivant que vous appuyez plus ou moins fort, la lumière va se réfléchir plus ou moins intensément , suivant l'orientation de la force exercée, telle ou telle fibre est activée.  Un peu comme si l'on  marchait sur une moquette lumineuse et qu'en fonction des forces et des pressions exercées par le corps vos pieds, la moquette renvoyait des mesures. 

Adapté aux petites mains  des lémuriens - 4 cm de long- ces capteurs sont particulièrement sensibles. Pour les besoins de la recherche de Séverine Toussaint ,ils sont disposés sur les branches d'arbres dans les parcs zoologiques où évoluent les lémuriens. Mais modifiés, ils pourraient servir à d'autres secteurs d'application.  Leur intérêt est de fournir deux informations,  la force et la pression. 

Vers d'autres usages

Pourquoi par exemple ne pas les adapter aux robots afin de leur permettre d'attraper des objets fragiles comme des oeufs ou des biscuits secs sur une chaîne d'emballage?  Dans le domaine médical, ces capteurs sans métal peuvent être utilisés lors d'une IRM ou d'un scanner ou bien rendre des services pour étudier la marche d'un individu et ses troubles. 

Brevetée, ce capteur innovant attend maintenant que les industriels s'en emparent. Repérée pour ses recherches, Séverine Toussaint a été sélectionnée par le programme international l'Oréal-UNESCO pour les femmes et la science. Elle est l'une des 30 jeunes chercheuses récompensées cette année.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.