Et si on réussissait à étudier les animaux sans les voir? Uniquement avec les traces qu'ils laissent derrière eux, un peu comme le fait la police scientifique.

Requin-léopard dans le lagon de Nouvelle Calédonie
Requin-léopard dans le lagon de Nouvelle Calédonie © Getty / Xavier Desmier/Gamma-Rapho Image

Que fait la police sur une scène de crime ou d'effraction ? Elle cherche des indices. Empreintes, cheveu, ongle, gouttes de sang... Tout est bon pour dénicher de l'ADN et donc confondre un coupable. Sur ce principe, les biologistes pourraient à l'avenir mieux évaluer la biodiversité. Ce ne sera pas la fin des méthodes traditionnelles d'observation  de la faune mais ils auront à leur disposition un moyen puissant et rapide pour compter les individus et mesurer l'état des populations animales. Dans un écosystème aussi vaste que l'océan, ce sera bougrement utile.  Ces traces d'ADN retrouvé de-ci de-là, c'est ce qu'on appelle l'ADN environnemental et  une équipe internationale a réussi à montrer sa supériorité par rapport aux méthodes traditionnelles de suivi dans un exemple précis: les requins de  Nouvelle Calédonie.  

Un échantillon d'eau de mer donne l'ADN environnemental

Les requins comme les autres animaux de l'océan urinent, défèquent, bavent , éjaculent, se battent, meurent même parfois. Ces "activités" laissent dans l'eau des traces biologiques , des cellules qui contiennent l'ADN.  Cet ADN résiste quelques heures, parfois quelques jours dans l'eau de mer et si on le collecte, il est donc identifiable. C'est ce qu'on fait les scientifiques de cette étude publiée dans Science. L'ADN recueilli dans des bouteilles d'eau de mer prélevée a été comparé avec l'ADN des bases de données des catalogues sur la foi de connaissance antérieures.  Et la supériorité de l'ADN environnemental est apparu. 

Une méthode plus efficace 

22 échantillons d'eau de mer prélevés sur 2 semaines ont été comparés aux contact visuels obtenus à la suite  de centaines d' heures de plongée et de films vidéo. Sur 3 ans pour les recueils d'images, sur 28 ans pour les plongées. Le suivi des requins est réalisé en continu depuis longtemps par les équipes de l'IRD notamment. Grâce à l'ADN environnemental, les scientifiques ont identifié 44% de requins en plus qu'avec  les 2 autres méthodes. Mieux: 6 espèces sur 13  n'ont pu être détectées que grâce à l'ADN. Des requins cachés en somme. C'est d'autant plus important parce qu'il s'agit d'un groupe en danger.  Et la question est de savoir si le classement sur la liste rouge des espèces menacées de l'UICN est conforme à la réalité? N'y a t-il pas sous estimation?  les requins ne développent-ils pas  des stratégies de camouflage pour échapper à  l'homme?  c'est un animal particulier discret, difficile à repérer et en plus, sa densité dans l'océan est faible !   Selon l'étude, dans certains site de Nouvelle Calédonie où il n'était plus observé, son ADN a montré que certaines espèces étaient bien là! En dépit de la gène générée par la présence de l'homme, il a donc su s'adapter.  Les mesures de conservation ne sont donc pas vaines. L’intérêt de l'ADN environnemental a montré d'autres résultats  encourageants.  Avec la grenouille taureau. L'évaluation des populations a été  2,5 fois plus rapide et 2 fois et demi moins cher que lorsque les biologistes cherchaient à les voir le jour , à les entendre la nuit. Idem avec l' apron, un petit poisson du Rhône difficile à repérer dans son milieu mais trahi par son ADN.  Cette méthode ne remplacera pas les autres totalement. Elle est complémentaire. Car elle ne dit rien de la taille du requin, son âge et son comportement.    .

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