Pour soigner le cancer, un nouvel outil génétique révolutionnaire a fait son apparition.Testé pour la première fois en Chine sur un patient atteint d'un cancer du poumon incurable.

Double hélice d'ADN reproduite par ordinateur
Double hélice d'ADN reproduite par ordinateur © Getty / KTSDESIGN/SCIENCE PHOTO LIBRARY

C'est dans le Sichuan précisément qu'un malade atteint d'un cancer du poumon incurable est le premier à bénéficier d'un traitement inédit, basé sur la thérapie génique. Mais une thérapie tout à fait nouvelle, certains diront révolutionnaire si elle marche. Il s'agit de Crispr-Cas 9. Derrière cet acronyme anglais barbare, se cache une technique qu'on assimile désormais au copié/collé en informatique. Crispr-cas 9, on peut le comparer à des ciseaux génétiques... Inventé par un duo de chercheuses Emmanuelle Charpentier française et Jennifer Doudna américaine dont on dit qu'elles auront le Nobel un jour, Crispr cas 9 permet de couper, d'effacer et d'insérer des morceaux de codes génétiques dans un organisme vivant, ce qui a pour effet d'activer ou d'éteindre certains gènes ou certaines séquences de gène. L'avantage c'est que la technique est ultra précise et ultra rapide.

Chez ce malade, toutes les autres thérapies ont échoué.

Et c'est ce qui a motivé l'essai de l'équipe chinoise. Lu You, du laboratoire d'oncologie de l'université de Chengdu a injecté des cellules modifiées au malade. Cellules qui vont renforcer ses défenses immunitaires et faire en sorte qu'il puisse lui même lutter contre la maladie. Car dans le cancer, quand le système immunitaire ne joue pas correctement son rôle , il n' élimine pas les cellules cancéreuses qui se mettent à proliférer. L'idée ici est donc de reprogrammer les lymphocytes défaillants, nos cellules immunitaires. Cela consiste à inactiver le gène responsable de la production de protéine qui limite la réponse immunitaire. Ces cellules modifiées sont ensuite cultivées en laboratoire pour en avoir suffisamment puis injecter au malade. Ainsi, si tout se passe bien, on augmente artificiellement ses défenses. Deux semaines après l'injection le patient se porte bien.

La guérison est en vue?

Trop tôt pour le dire. Disons qu'il est toujours en vie et n'a pas développé d'effets secondaires. Mais il faut à présent que les cellules injectées prennent le dessus sur les cellules cancéreuses.

C'est en tous cas le premier homme à bénéficier de la technique Crispr Cas 9. Annoncé en juillet dernier, cet essai clinique qui doit inclure 9 autres patients a pris un peu de retard. Faire pousser les cellules génétiquement modifiées en laboratoire a été plus long que prévu. Ce pourrait être un frein au développement de la technique. Technique sur laquelle d'autres équipes misent beaucoup. Des scientifiques américains annoncent un essai pour le début de l'an prochain avec des malades souffrant de mélanome malin, de sarcome et de cancer de la moelle osseuse. L'enjeu est tel qu'il fait dire à certains scientifiques que les ciseaux génétiques sont à la biologie ce que l'envoi de Sputnik a été à la course à l'espace lors de la guerre froide. C'est à qui réussira le premier à obtenir un succès. Alors que la puissance de ce nouvel outil biotechnologique fait l'unanimité, le cadre éthique a commencé d'être discuté . Il est exclu d'appliquer la technique à l'embryon même si les chinois s'y sont essayés en 2015. Mais pour des maladies génétiques comme la myopathie ou des maladies de l'oeil, les perspectives semblent intéressantes. Crispr-Cas 9 pourrait réussir là où la thérapie génique n'a pas eu le destin imaginé.

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