La reconnaissance visuelle est l'un des grands défis de l'intelligence artificielle. La multiplication des caméras de videosurveillance est l'un des tous premiers champs d'application.

Vidéosurveillance, plus d'un million de caméras en France
Vidéosurveillance, plus d'un million de caméras en France © Getty / Alvis Upitis

Plus d'un million de caméras de vidéosurveillance en France et cette question: qui pour regarder les images? Qui pour repérer les situations inhabituelles, les incivilités, les agressions, les vols, les abandons de bagage, les attroupements? Sauf à multiplier le nombre d'opérateurs derrière les écrans, la gestion et l'interprétation de ces images n'est pas envisageable. D'où l'utilisation de l'intelligence artificielle.  Elle va permettre un bon technologique selon Philippe Moutou, directeur du développement des études amont chez Thalès, industriel dont la surveillance en temps réel est l'un des activités. "Depuis 30 ans, l'interprétation vidéo est basée sur une image plan avec des techniques mathématiques assez classiques. L'IA, avec les réseaux de neurones, permet un apprentissage du contenu de l'image" . 

La puissance de calcul associée aux réseaux de neurones

L'une des applications désormais répandues est la surveillance de lieux sensibles comme le métro, les gares, les aéroports.  Couplée à la puissance de calcul désormais disponible, l'intelligence artificielle permet un pré tri des images.  La machine est "entraînée" sur des situations normales puis amener à la comparer à d'autres "anormales". Exemple, dans un wagon, des passagers placides qui discutent, lisent, s'assoient versus des gestes brutaux, un attroupement. Chez Thalès, le son a été ajouté pour permettre à l'IA de distinguer une troisième mi-temps de rugbymen à une bagarre généralisée.  A la manière d'un alphabet, de mots et de la syntaxe associée qu'une machine maîtrise et qui lui permet de distinguer ce qui ne correspondrait pas aux règles. "Quand des nouveaux mots inconnus apparaissent, le système les détecte et alerte" ajoute Philippe Moutou. 

Pas de risques d'être supplanté par l'IA ?

Les réseaux de neurones, si puissants soient-ils ne permettent pas à une intelligence artificielle de donner du sens à ce qu'elle voit. Aucune machine n'est aujourd'hui capable par exemple de résumer un film sur la seule base des images qui le constitue. Cette faculté reste propre à l'humain. En revanche, par les réseaux de neurones, l'intelligence artificielle peut apprendre à discriminer de ce qui est normal de ce qui ne l'est pas et alerter l'opérateur. La capacité de ces IA associée à des questions de sécurité progresse fortement. La reconnaissance visuelle notamment. Au point de craindre que la machine supplante l'homme?  Pas pour Marko Erman, directeur de l'innovation chez Thalès, pour qui il ne faut pas confondre système automatique et systèmes intelligents. "La conscience reste le propre de l'homme. On peut être supris par les résultats de l'IA car elle est complexe mais elle ne joue pas avec nous". Les réseaux de neurones sont certes plus puissants que les systèmes autonomes qui aujourd'hui permettent à des métros de rouler sans chauffeur ou à des avions d’atterrir en mode automatique  mais il n'y a pas de volonté dans la machine ajoute t-il.  

Ne pas laisser aux seuls informaticiens le contrôle

Toutefois, face aux progrès, certains pensent que les caméras et la lecture des images pourraient avoir d'autres applications. Il pourrait être judicieux selon Thalès de les installer dans les maisons de retraite pour surveiller les pensionnaires. "C'est moins intrusif que les capteurs qui doivent être portés" par exemple selon P. Moutou. Ces systèmes pourraient se compléter. La technologie, si elle ne porte pas en elle la malveillance est aujourd'hui maîtrisée par peu d'entre nous. Pour un monde choisi, pour des usages acceptés, chaque citoyen doit pouvoir donner son avis. Pour un cours de rattrapage, on peut lire de Gérard Berry, professeur au Collège de France,  l'hyperpuissance de l'informatique aux éditions Odile Jacob.

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