Ruiné par les années Mugabe, le Zimbabwe tente de retrouver le chemin de la prospérité. Il le mérite, alors qu'il a toujours été à l'avant garde des luttes - et des solutions - en Afrique australe.

Les élections au Zimbabwe se sont bien passées, avec un taux de participation à faire pâlir pas mal de pays occidentaux, dont la France : 70% selon les 1ers chiffres. Et ce, alors que le pays n'a ni les infrastructures de transport, ni même l'organisation impeccable d'un pays développé.

Le problème vient ensuite : le parti au pouvoir depuis 1980, la Zanu puis la Zanu PF, le parti de l'inénarrable Robart Mugabe, 94 ans dont une petite quarantaine au pouvoir, fera tout pour s'accrocher à ses juteuses prébendes et ses privilèges exorbitants.

Aidé par l'armée, elle a déjà renversé son vieux dirigeant, miné par l'âge, les absences et surtout ridiculisé par son épouse irascible, Grace Mugabe, dire Gucci Grace, qu'il rêvait tout haut d'installer à sa place. Exit Robert, Bonjour le « crocodile » Mnangagwa !

Mnangagwa, c'est Mugabe en plus présentable

Souvenons-nous du Guépard de Lampedusa, puis de Visconti ? « Pour que rien ne change, il faut que tout change » ! Maxime reçue 5 sur 5 par les élites zimbabwéennes qui gravitent autour de la Zanu-PF. Emmerson Mnangagwa est leur homme !

Vétéran de la guerre d'indépendance, ancien ministre de la Défense, ancien vice-président du pays, il est aussi l'homme des Chinois qui ont investi dans le pays des milliards de dollars depuis 10 ans et qui détestent les changements de régime.

En face, il y a l'éternel parti de l'opposition, le MDC. Un parti donc désorganisé par la mort de son leader historique, Morgan Tzvangirai, incapable de fédérer un front uni de l'opposition et dont le nouveau leader de 40 ans revendique pourtant la victoire.

On s'achemine peut-être vers des lendemains électoraux difficiles, voire violents...

C'est ce que tout le monde craint. D'autant que le Zimbabwe est coutumier des violences politiques en plus d'être un pays ruiné par l'incurie des deux dernières décennies Mugabe : hyperinflation, ruine des entreprises, débandade étatique.

Alors même que le Zimbabwe est un scandale géologique et d'une fertilité légendaire. Rendez-vous compte : ce pays, largement inexploité, compte cependant sur les 2e réserve de platine au monde, sur la 1ère mine de diamant de la planète et j'en passe !

Quant à l'agriculture, 20 ans après l'expulsion des fermiers blancs le pays retrouve enfin un début de prospérité agricole. Elle est encore fragile, cette prospérité, mais déjà tangible et la Zanu-PF n'a pas l'intention de se faire voler cette victoire-là !

L'expulsion des fermiers blancs avait été une catastrophe... vite surmontée

Vingt ans pour que les petits fermiers noirs acquièrent de l'expérience, puis accumulent assez de capital pour acheter des outils agricoles modernes, des intrants, puis s'organisent pour la revente, puis, enfin, égalent les rendements des blancs.

Or cette réussite est suivi avec beaucoup d'attention côté sud-africain qui n'a jamais vraiment réglé son problème de répartition des meilleures terres qui, aujourd'hui encore, sont largement entre les mains de fermiers blancs.  

C'est cela qu'il faut retenir : en Afrique australe, c'est l'Afrique du Sud qui a l'économie la plus importante, mais c'est le Zimbabwe qui est à l'avant-garde : rejetant sa version de l'Apartheid 10 ans avant son grand voisin et redistribuant les terres il y a 20 ans.

C'est pour cela que le sort électoral mais aussi l'avenir économique et social du Zimbabwe est si important : le pays est encore aujourd'hui, un laboratoire régional du pire et du meilleur, comme cette redistribution des terres aux petits paysans noirs.

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