Pour la première fois de leur longue histoire commune, les Irlandais tiennent entre leurs mains une partie du destin immédiat de la Grande-Bretagne. Et Boris Johnson déteste cette idée.

Boris Johnson est donc parti pour sortir de l'Union européenne sans accord...Pour le faire bien comprendre, il multiplie les gestes de mauvaise volonté : il refuse de rencontrer Emmanuel Macron ou Angela Merkel avant le sommet du G7 à Biarritz fin août ou envoie un collaborateur de second rang à Bruxelles.

Mais surtout, il traite très mal les Irlandais, à commencer par le Taoiseach, le Premier ministre si vous voulez, de la république d'Irlande, Léo Varadkar. Il a six jours pour l'appeler : c'est du jamais vu pour un nouveau locataire du 10 Downing street.

En plus, la conversation téléphonique s'est très mal passée : le Taoiseach Varadkar a insisté pour que la partie irlandaise négociée par Theresa May soit appliqué à la lettre, le fameux « backstop » ; Boris Johnson lui exige précisément son abandon.

L'Irlande en position d'arbitre

C'est la première dans l'Histoire moderne de la République d'Irlande, qui je le rappelle a longtemps été colonisée par l'Angleterre, que l'Irlande peut légitimement avoir l'impression de tenir le destin de son encombrant voisin entre ses mains.

Je m'explique : personne ne veut d'une frontière – avec douaniers et contrôle des véhicules et camions – à la frontière entre République d'Irlande et Irlande du Nord. Ni les Conservateurs, ni les unionistes pro-Londres, ni même les Républicains pro-Dublin.

La solution trouvée a été de maintenir la Grande-Bretagne dans une union douanière avec l'Union européenne, le temps de négocier un accord de Brexit définitif. Boris Johnson ne veut entendre parler de cette solution, appelée Backstop.

Maintenir la Grande-Bretagne dans l'UE...

Une solution qui revient, malgré tout à maintenir la Grande-Bretagne dans l'Union. Or c'est précisément pour cette raison que Boris Johnson exige de l'Europe que ce « backstop » soit passé par pertes et profits, tout en sachant parfaitement que personne ne lui donnera satisfaction sur ce point en Europe. Ce qui veut dire un Brexit sauvage.

En fait, pourquoi cette stratégie ? Parce qu'il pense qu'à la fin, les Allemands, paniqués par la perspective d'un « no deal » plieront et abandonneront les Français en rase-campagne avec leurs principes et leur mauvaise humeur.

Ce que veulent les Allemands, pensent Boris Johnson, c'est commercer. Ce que veulent les Français, c'est humilier la Grande-Bretagne. Dans un cas comme dans l'autre, un Brexit sans accord est une catastrophe.

Parce que Londres n'a pas une seconde l'intention d'embaucher des douaniers ou de retenir des camions sur son territoire : s'il doit y avoir un Brexit dur, ce sont les Européens qui en paieront les conséquences et qui installeront les contrôles frontaliers.

Ce n'est le Royaume-Uni qui a un problème, c'est l'Europe !

Sauf que pour que fonctionne cette affaire très churchilienne qui consiste à préférer le grand large à l'Europe, encore faut-il signer au plus vite un accord commercial avec les Etats-Unis.

Histoire de compenser politiquement et un peu économiquement les pertes européennes. Or hier, l'assemblée informelle des « amis de l'Irlande » au Congrès – une association forte de 58 députés et sénateurs américains – tapait du point sur la table.

Pas question, ont-ils fait savoir, de recréer une frontière entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande. Sinon, nous bloquerons indéfiniment la ratification de tout accord de libre échange entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

En clair, retour au point de départ avec un Boris Johnson qui se retrouve à évoquer Churchill sans en avoir ni les moyens, ni la superbe.

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